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 {* Courrier de Nuit../SHARWYN/

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Dallveig E. Johansen
ADMINISTRATEUR*



Féminin
{ AGE }: 17
{ CONNEXIONS }: Tous les jours.

CHARACTER'S CARD
PRENOM*: Dallveig Elweard
AGE*: Vingt et un an.
NATIONALITE*: Scandinave..Français.. ?

MessageSujet: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Ven 14 Nov - 1:47

SUITE DE "EMBRASEMENT FLAVESCENT " PV SHARWYN-DALLVEIG

Musique




    Etincelante d'infimes petits éclats argentés incrustés dans sa peau blême, sa main glacée effleura subtilement le capot rutilant de la berline noire encore fumante où s'écrasaient de gros flocons. L'immense nuit enveloppait cette gracieuse silhouette dont la peau livide miroitait à la pâleur de la lune et les yeux flamboyaient dans l'obscurité, perdus au loin, désorientés. La neige le mordait au visage, s'agrippant à ses mèches cuivrées, à la commissure de ses fines lèvres vermillons, à l'extrémité de ses cils noirs qui cachaient deux yeux magnifiques, dont les iris d'un violet soutenu s'embrasèrent d'or. Quelques pas maladroits esquissés dans l'épais manteau neigeux, puis un frisson glacial qui lui parcourut l'échine et déchira ses yeux lorsque les lanternes bleutées, au loin, vinrent se refléter dans l'éclat de ses yeux. Violent. Brutal. Un flash brusque qui vint planter ses canines reluisantes dans la gorge de l'Ange, striée de fines veines violacées, vermeil et bleutées. « Du sang noir coule à la commissure de ses lèvres et de son nez aquilin, traçe d'obscurs sillons sur sa peau d'Ange divin. Sa vision est brouillée et ses muscles brisés tremble tandis qu'il pose un pied sur le bitume froid, le front appuyé à la carlingue. Une bourrasque de vent siffle à ses oreilles et manque de le renverser. Mais il ne s'effondre point car ses yeux fixés sur la lanterne bleue brillent, il sent son souffle céleste qui le ramene à la vie. Le Petit Prince boite mais marche avec une confiance absolue pour elle, avec cet étrange sentiment qu'il ne ressent que dans son paradis, dans les airs.. L'Ange déchût grogne et chasse de son regard de glace tout ceux qui tentent de s'approcher de lui, portant des regards inquiets sur ses blessurres. Il ne voit qu'elle. Son souffle. Son odeur délicieuse en dépit du sang. Elle grelotte, enveloppée dans une maigre toile de parachute et son visage baigné de larmes a pris la teinte bleutée de la lanterne contre laquelle elle est appuyée. Elle le regarde venir, secouée par les sanglots et maladroitement tente d'esquisser un sourire. Leurs corps se joignent, leurs peaux se lient, il embrasse ses larmes en souriant, murmurant des paroles qu'elle seule est capable d'entendre et de comprendre tandis qu'elle s'abandonne dans ses bras. "Je ne pleure pas..Je ne pleure pas.. Je savais que tu reviendrais.. Je savais.. " La lumière bleue de la lanterne les enveloppe tout entiers, les baignant dans une douce chaleur réconfortante.»

    Ses canines reluisantes claquèrent violement dans l'air de glace, si épais... Un grognement sourd monta de sa poitrinne et ses griffes se plantèrent dans ses paumes glacée. Il haletait, se cramponnant au capot de la voiture, sans jamais quitter de ses yeux resplendissants l'horizon argenté. Dans ses iris violacées passa un voile de douleur, de brisure, de solitude insoutenable. Ses yeux flamboyants apostrophèrent la voûte étoilée avec ce regard empleint de méprise pour Eux qui avaient créé un vide atroce dans sa poitrine. La brise fraîche vint, du bout de ses doigts parfaits, effleurer ses joues, l'extrémité de ses fines lèvres, son front brûlant, lui apportant la paix, à nouveau. Il soupira en fermant les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il les tourna lentement vers elle, la louve dans l'habitacle sombre. Deux pupilles violettes, incandescentes le fixaient sans détours. Dans cette nuit trop sombre, trop lugubre, un être aux traits d'Ange, statue de marbre, détonnait par l'éclat de sa peau lactescente. Mais c'est sans doute son regard qui brillait le plus dans l'obscurité. Un si étrange regard... Iris violacées marbrés d'or qui se liquéfia pour embraser ses yeux. Deux fines cernes violacées soulignaient ce sublime regard. Mordoré. Brûlant. Envoûtant. Méprisable. Anihilé. Mystérieux. Sublime. Un regard qui longtemps resta plongé dans celui de la Louve sans qu'il n'entrouve ne serait-ce que l'once d'une seconde, ses lèvres carmins.
    "Pose tes pas dans les miens. Ne trébuche pas." Gracieusement, félinement, il virevolta et l'Ange blême disparût dans la pénombre, suivant le sillon dilué de lumière bleue qui provenait des deux hangars qui trônaient dans la plaine déserte, obscure.


    Le vent glacial foutait son visage, le brûlant à chaque nouvelle bourrasque, cependant, le petit Prince inspirait avec délice chaque goulée d'air glacé. L'appel se faisait plus fort et il était si proche de son Eden, frémissant à chaque foulée dans la neige molletonée. Une folie. Crainte. Emerveillement. Joie. Douleur. Angoisse. Fascination. Redemption. Liberté. Frôler la Vie et la Mort. S'ils l'apprenaient, ils le tueraient pour avoir commis un acte rigoureusement prohibé. Mais il ne les craignait pas, Bientôt, il goûterait au parfum des étoiles, déployant ses ailes de grand oiseau blessé. Il vivrait, enfin, l'espace d'un instant volé à l'éternité. Sa respiration se fit plus saccadée lorsqu'il fût enfin à proximité des hangars qu'il ne connaissait que trop bien depuis qu'il avait volé avec quelques grands oiseaux sous l'oeil rieur et impressioné du 'sergent caporal', le même qui, quelques heures plus tôt, avait manifesté son désir de le compter parmis ceux de son escadrille. Il lui avait arraché un sourire, un seul instant, un de ceux qui avaient disparu de ses lèvres depuis tant de temps.. Permission spéciale. Un matricule dont le métal froid glaçait à chaque pas, son coeur prisonnier. Il désirait tant s'élever de ce bas-monde, trop immonde à ses yeux qui le retenait avec ses griffes qui tailladaient sa chair.

    Sur le toit du hangar, fait d'une grossière tôle rongée peu à peu par la rouille, se dressaient fièrement deux drapeaux qui claquaient au vent; l'un, français, le second, crème, s’emmêlaient et ondoyaient voluptueusement à chaque souffle de vent, le plus infime soit-il. Deux lourds batants de tôle refermaient le premier hangar capable d'abriter trois avions de petit gabarit, de type Chasseurs ou Leica. Deux militaires étaient postés non loin de là, chargés de garder les précieux avions. Elweard se tapit dans l'ombre, seuls ses yeux percaient l'obscurité et détaillaient les hommes. D'un mouvement prompt, il bondit vers la porte et s'y cramponna de toutes ses forces, tirant sur le levier. Ses crocs se plantèrent dans ses sombres lèvres tandis qu'il tendait ses muscles à l'extrême afin de faire ployer le levier. Enfin, il céda et la porte glissa doucement tandis qu'il s'évertuait à la faire céder totalement. Dans un fracas de tôle, elle gémissait laissant peu à peu la lumière blafarde de la lune déposer son reflet sur les grands oiseaux rutillants. Avec agilité, il se faufila dans le hangar et se laissa glisser contre la paroi, le front luisant et les battements de son coeur qui bourdonnaient à ses tempes. Ses ongles grattèrent la tôle lorsqu'il reconnut la Louve qui promenait un regard inquiet sur ce grand habitacle sombre qui leur était défendu. Du moins pour le moment. Il ne quitta pas des yeux tant qu'elle restait dans la pâleur maladive de la lune qui se reflétait sur ses poignets osseux et sa nuque. Le Grand Loup Gris se redressa avec beauté et esquissa quelques pas vers les deux ombres qui dansaient sur le sol gris. Le regard à erre, c'est elles qu'il gracia d'un regard menacant. Un grondement s'échappa de ses lèvres tandis que majestueux, le Grand Loup fit face aux deux gardes, deux jeunes militaires un peu fluets qui reculèrent d'un pas surpris, présentant leur canon à l'abdomen de l'Ange. Ses iris flamboyantes étincellèrent, méprisantes, tandis qu'il marchait sans crainte vers leurs fusils. Eux, ne cessaient pas de poser des questions quand à son identité, incapables de percevoir les traits angéliques et superbes de Dallveig plongés dans l'obscurité. Seule sa main blafarde, éblouissante, surgit de l'ombre pour enserrer fermement le canon de l'arme d'un des militaires. Puis il esquissa un pas en avant et ses traits se définirent à l'éclat de la lune, il les couvrit d'un regard glacé et lâcha froidement, d'une voix grave :


- Pas de bavures.,
Comme l'autre s'évertuait à lui demander son nom, il grinca entre les dents :
- Silence ! Utilisez votre hardiesse à préparer la piste pour l'envol de 'Bingo Crépuscule'. Ordre de Mission. Maintenant.


    Les deux gamins s'apprêtaient à ajouter quelque chose mais il leur tendit deux documents et son matricule dont la chaine enserrait finement sa gorge. Il les saisirent puis après les avoir parcourut du regard, s'excusèrent en regardant d'un autre oeil le matricule 4218. Ils hochèrent la tête et se mirent à ses ordres brusquement avant de déguerprir pour préparer le décollage du grand Albatros. Elweard eût un soupir satisfait, sentant ses muscles frémir et secoua joliemment la tête. Il tourna les talons et s'approcha de 'Bingo Crépuscule'. Les fins du Petit Prince effleurèrent le métal glacé où se dessinaient de petits halos de vapeur formés par sa respiration tiède .. Bientôt, le métal ruisselerait de vie, vibrant, bouillonant, fendant l'épaisse couche glacée et les nuages effilochés, il étincellerait, rutillant, au firmament.. Tous deux se donneraient une once de vie, mutuellement. Les prunelles flavescentes de l'Ange resplendirent dans la pénombre tandis qu'il promenait ses doigts sur le devant du 'chasseur', où était gravé le nom de Bongo Crépuscule. Il présentait quelques larges entailles sur flanc qui zébraient l'argent rutillant de la carosserie. Mais déjà, l'avion roulait dans le faisceau des phares, dirigé par les deux gars. Le jeune homme suivit à pas lent la manoeuvre tout en contemlant le grand oseau noir, si brillant qu'il en semblait neuf.


    La lanterne projettait une lumière bleuie si diluée qu'elle ne le colorait à peine. Cependant, Elweard aurait pût tracer de mémoire, du bout des doigts les lignes de l'appareil, les courbes, son habitude à virer facilement et sa grande sensibilité à chaque courant d'air dense, chaud, qui le portait vers le haut où l'entraînait sans ménagement vers le bas. Ainsi qu'il faisait un peu partie de lui-même, l'Ange se servant de ses grandes ailes, lui qui avait froisé puis brisé les siennes, et lui grand Albatros se servait de sa vue et de son agilité, pour que tous deux s'élevent loin, au dessus d el'épaisse couche nuageuse trop étouffante... 'Bingo Crépuscule' avait fière allure, tout de noir tirant sur le bleu sombre rutillant, parcourut d'une estafillade blanche sur son flanc et son hélice noire aux ourlets rouges qui fouettait rageusement l'air. L'Avion de Chasse avait tout du Hawker Hurricane , si ce n'est qu'il avait la finesse et la souplesse que ne possédaient pas les gros chasseurs blindés. Plus mince, plus effilé, plus petit également, sa taille n'en demeurait pas moins considérable pour un biplace : environ 3 mètres de hauteur pour accéder à la carlingue, mais les puissantes ailes du grand aigle, à environ 1 mètre 90 du sol, soutenaient vaillement le poids de plusieurs humains qui s'y hissaient avant de pénétrer dans le 'cockpit'.

    On donna les feux. Les lampes rouges du balisage définirent la piste et le solide hangar. Il mûrissait. L'aube lointaine ourlait l'horizon d'un rouge soutenu, tranchant sur le ciel violacé. Il frémit sentant les flocons caressait ses joues de marbre. En cet instant, il avait presque ressentit un sentiment humain.. Ironie ! Il humait l'air glacial, lorsque son odeur lui parvint.. Celle de la Louve. Il marchât à pas lents et mesurés vers le hangar, ses yeux famboyants aux couleurs châtoyantes luisaient dans la pénombre, iréels, mystérieux. Le Petit Prince se débarassa de son manteau de velours, laissant un instant sa peau blafarde au contact de la lune incandescente et du froid mordant. Mais qu'étaient les douleurs extérieures par rapport à celle enfouie au plus profond d'un être, derrière une peau de marbre, un sang de glace, trop sombre pour être humain, trop sombre pour être divin. En silence, ses yeux ardents, brûlants, farouches, brisés en leur centre, là où la flamme dévore l'iris violacée. Ses fines lèvres vermillons vibrèrent tandis que son regard restait planté vers l'écarlate de l'horizon. Une promesse. Une parole. La même. Avant de voler. Pour eux tous. Pour lui. Pour ceux de leur race qui avaient droit à un instant d'éternité, loin de la haine et la folie humaine. Etres absurdes et splendides. Une aberration.

    Enveloppé dans son épais manteau de cuir molletoné, son écharpe crème nouée maladroitement autour de sa gorge, un paquet sour le bras, il sortit avec grâce vers l'oiseau, face à la piste, non sans avoir irradié de son regard la pénombre qui baigait le hangar. Si elle était là..' Je t'attends, ne crains plus..'. Il marquat un arrêt, la respiration sifflante éccorchait régulièrement sa gorge à chaque bouffée d'air. Il attendit et puis, d'un bond, félin, à une rapidité inexplicable, il fût près de l'aile de 'Bingo Crépuscule'. Souplement, il se hissa sur l'aile bleu marine, debout et s'enivra de l'air glacé. De la radio grésillaient quelques instructions quand au vol à venir et au décollage et sur l'état -excellent- de l'appareil. Perplexes, les voix grésillantes se demandaiet ce qu'il pouvait bien attendre, là, à demi-assis sur l'aile, dos aux hangars, le regard perdu au loin. Bientôt ils eurent la réponse visuellement. Le Grand Loup entendit de très légers pas qui caressaient la neige, faisant rouler quelques légers flocons. Et puis un souffle et la puissance des iris violettes qui scintillaient dans la Nuit. Loin d'eux. Comme lui. Deux êtres sublimes, trop, pour être humains. Il ne se retourna pas tout de suite, murmurant d'une voix à peine audible aux accents envoûtants bien qu'ils furent un peu rauques, sombres, comme sa personne :

- Si vous ne craignez point mon teint trop blafard, mes lèvres trop sombres, mes yeux trop brûlants, mon souffle trop glacé.. Me suivrez-vous dans ma quête aux étoiles sans fuir l'éclat du soleil ?



    Un silence. Des iris flamboyantes qui roulèrent de côté, fixant l'extrêmité de l'aile, offrant le profil marmoréen à sa vue violacée. Il se tût, s'inspirant du silence. Bientôt, il se retourna gracieusement vers la Louve à qui il fit face, le regard ténébreux, froid et embrasé d'or liquide, incandescent. Le Grand Loup se redresse et déposa sur le côté d el'aile, un second manteau molletoné, celui d'aviateurs, pour se protéger du froid de la carlingue. Il n'y jeta même pas un coup d'oeil, attendant son signal.



Spoiler:
 




_________________
              « Vous craigniez que mon souffle glacé
              ne brise vos phalanges… En vérité, c’est
              le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême,
              qui m’arrache la vie… Cessez ! »

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Sharwyn Vathanen
ADMINISTRATEUR*



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PRENOM*: Sharwyn
AGE*: 19 Ans
NATIONALITE*: Bosniaque

MessageSujet: Re: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Sam 15 Nov - 10:53

  • Ses jambes interminables se perdirent dans la laine grossière que la jeune femme frictionnait contre elle pour lui sembler sentir une once de chaleur. A la lueur blafarde de la lune, son regard prenait des aspects à la lumite du bleu iceberg, si clair et brillant qu'il est était presque phosphorescent. Elle soupira, longuement, et le nuage de buée alla s'accrocher au pare brise, alors qu'elle gardait les yeux mi clos, étincelants, à fixer le paysage sans un mot. Son coeur battait lentement, calmement, car elle se savait sauve. Et qu'importe le fait qu'elle ne savait où elle allait. Il était là, et il s'occuperait d'elle. Elle ne crèverait pas. Pas ce soir, tout du moins.

    Ils arrivèrent dans un lieu qui surprit Sharwyn. Du béton à perte de vue. Un terrain plat, complètement vide de tout. Un vieille batisse, un peu plus loin, qui semble prête à rendre l'âme. Sharwyn retient son souffle, se demandant s'il ne s'était pas trompé dans ses décisions. Non. Il semblait sûr de lui. D'un mouvement sec, il arrêta la voiture, juste devant le hangar qui semblait désaffecté. Il lui lança un regard, un de ceux qui voulait dire de ne pas se faire remarquer. Sans un mot, elle se tassa dans son siège, immobile. Dans l'obscurité naissante de ce soir si froid, elle aurait presque pu passer inaperçue. Le Grand Loup disparut dans la vieille batisse, non sans en avoir au préalable forcé l'entrée. La femme s'en contreficha. Au point où elle en était, l'irrespect de la Loi pour une énième fois, ça lui faisait ni chaud ni froid. Elle attendit patiemment, consciente qu'il finirait par ressortir. Néanmoins, elle tenta d'observer ce qui se passait alors. Deux silhouettes se distinguèrent dans le noir profond de la nuit, s'engouffrant dans le hangar à la suite de Dallveig, furtivement.

    Le coeur battant, la femme se redressa, le regard écarquillé par l'inquiétude. Ne risquait il pas gros à s'introduire ici par effraction ? Les doigts fins et blancs de la femme glissèrent avec désespoir contre la vitre coté passager. Laissant un sillage transparent dans le début de buée qui se condensait peu à peu sur le verre fumé. Aller l'aider ? Non. Elle se rappela la plaque de métal qu'il avait ceint autour de sa gorge. Une barette métallique qui lui avait permis les grâces des forces de l'ordre, alors qu'elle était aux mains avec ces derniers. Il pourrait bien échapper à la sentence encore une fois, non ?

    Le bruit d'un coup de feu irrémédiable résonna dans son crâne. Elle se prit la tête dans les mains, fermant brusquement les yeux, sourcils froncés. Rien à faire. La pensée que ces êtres étaient bien pires que de simples agents de sécurité effrayait la pauvre Louve indécise. Finalement, elle n'y tint plus. Furtivement, elle s'extirpa de la berline, et ses pieds nus effleurèrent à peine le sol, alors qu'elle s'engouffrait dans le hangar. Les deux hommes s'affairaient autour d'un des engins. Petite Louve posa son regard sur les avions, émerveillée, fascinée, et inquiète à la fois. Elle n'avait pris l'avion qu'une fois, et n'avait pas réellement apprécié. Pourtant, elle se disait que sous ces carlingues qui dataient d'un temps révolu, se cachait une âme puissante et profonde, celle d'un engin qui était loin d'être une simple machine. L'aviateur semblait ne faire qu'un avec sa Chose. C'est à cela que songea Sharwyn, voyant les doigts pâles d'Elweard toucher le métal froid d'un des avions. Elle resta coite, recroquevillée dans la pénombre du hangar, à le regarder faire. Pourtant, au bout d'un moment, il stoppa là ses caresses, et s'appreta à quitter les lieux. La laissant seule, là. Perdue.

    Cela dura quelques minutes seulement. La Louve s'était accroupie dans le hangar, dos collé à l'une des bêtes de métal, transie de froid. Et il reparut. Avec plus de prestance que jamais. Il était dans son élément, c'était un fait avéré. La femme se redressa alors, avec lenteur, sans un bruit, aussi silencieuse que la nuit qui les entourait et les inhibait. Elle voulut parler, se résigna en mordant sa lèvre inférieure avec douceur. Son regard brilla d'une flamme nouvelle lorsqu'il lui envoya le signal. Il ne l'avait donc pas oubliée. Après un petit soupir de soulagement, elle le regarda partir. Son regard à elle, iceberg, se perdit dans la contemplation des deux silhouettes qui disparaissaient dans la nuit noire. Lorsqu'elle atteignit l'embrasure de la porte, son regard se posa sur l'homme debout sur l'aile de l'engin. Il était en parfaite communion avec les éléments. Le vent semblait souffler moins fort, pour lui laisser le loisir de piloter allègrement. Au loin, les deux hommes observaient Elweard d'un oeil soupçonneux, interrogateur.

    Ce qu'il attendait pour partir ? Elle, assurément. Consciente de faire languir l'homme de par sa lenteur, elle se hâta de le rejoindre, d'un pas souple et grâcieux, ses cheveux virevoltant au gré du vent d'Est, d'un froid sans pareille. Resserrant son pull sur ses membres, elle s'arrêta à un mètre de lui, derrière. Les deux hommes la contemplèrent en silence, Elle, d'un beauté douce, envoutante, étrange. Un être au visage creusé, presque cadavérique, à la peau d'un blanc pâle et mat, presque argenté. Des cheveux qui ondulaient, encadrant un visage anguleux, aux pommettes saillantes, au nez fin. Un être presque mis à nu, des jambes d'une longueur et d'une finesse sans pareille dépassant d'un pull à peine trop ample pour sa personne. Des vraies pattes musclées, la plante de ses pieds épousant parfaitement le bitume frais, étouffant le bruit de pas qu'elle semblait à peine faire, volant presque vers Lui, telle une Ombre, une âme en peine. Elle s'effaça derrière lui, comme pour se cacher derrière sa forte carrure. Les yeux mi clos, elle le fixait, gardant un calme feint, son coeur s'emballant à la pensée même de retourner dans les airs. Il était toujours là, debout sur l'aile, alors qu'elle ne tentait même plus d'effacer son corps dans la nuit. La lumière bleuâtre l'illumina parfaitement, incandescente, alors qu'elle ne lançait même pas un regard aux hommes qui pensaient voir un mirage se profiler sous leurs pauvres yeux d'humains.

    Elle attendit, patiente. Il parla enfin, alors que le silence n'était troublé par rien d'autre que la radio qui grésillait un peu. Un sourire étira ses lèvres, alors que le son rauque et profond de la voix de Dallveig s'insinuait dans son esprit et dans son âme. Une force inhumaine sembla envahir son corps, et elle se redressa de toute sa hauteur, pour la première fois. La détermination vrillait son regard d'une lueur farouche et sauvage. Elle plongea dans les iris de l'homme dès qu'il tourna son regard vers elle. Elle s'empara du long manteau en le serrant contre elle, consciente qu'il lui serait d'une utilité certaine. Il en allait même peut être de sa survie, tant il ferait froid. D'un bond agile et grâcieux, elle rejoignit l'homme sur l'aile, sans faire bouger d'un pouce l'appareil, et, se fondant dans son dos, tout près de lui, si près, mais sans jamais le toucher une seule fois, elle sentit le souffle de l'homme contre sa gorge, alors qu'elle serrait encore plus fort la veste entre ses bras maigres. L'homme la dévisagea en silence. Elle murmura d'une voix douce et aquiline. Aussi limpide que le coulis de l'eau dans une fontaine ou une cascade.


    "Je ne vous crains pas, être à la grâce étrange. Je vous suivrai, où que vous alliez. Sans fuir. Mes phalanges seront vôtres cette nuit. Allons y."

    Elle s'assit sur le bord du cockpit, attendant patiemment qu'il s'engouffre pour entrer à sa suite, comme une Ombre, inévitablement .. Son regard brillant d'une envie folle de découvrir ce qui se cachait dans les méandres de la Voie Lactée.

    Emmène la. Emmène la loin de toute cette perfidie qui vrille le monde d'une haine et d'un chaos absurde. Emmène la dans ton paradis, pour qu'elle y jouisse d'un bonheur, éphémère, certes, mais si parfait qu'elle s'en souviendra toute sa vie. Emmène la au septième ciel. Juste ce soir. Juste un peu. Juste assez pour lui donner l'envie de vivre, survivre, dans le seul espoir de recommencer.

_________________
Crawling to pain
I know you're Broken.



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Dallveig E. Johansen
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MessageSujet: Re: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Mar 25 Nov - 19:33



    Être à la grâce étrange.

    Ses prunelles violacées, ambrées de fines incisions vermillon, plongèrent, cabalistiques, dans l'océan de ses iris éclatantes. Une expression amère se peignit sur ses lèvres, figeant ses traits d'ange blessé en Archange aux yeux brûlants. Délibérément, farouchement, il se détacha avec une certaine brutalité de ce regard, aussi profond soit-il, le consumait, il s'échappait de ses lèvres et de son doux murmure qui l'enveloppait tout entier, le submergeait, trop pour qu'il ne le supporte. Son regard brillait avec violence, flamboyant, fougueux, agrippé à l'horizon écarlate. Essoufflé, le corps et l'âme meurtris, couverts de blessures sanglantes, de longues estafilades bleuies par le temps, de profondes entailles qui s'étaient jointes pour ne former qu'une immense déchirure où ne pénétraient que le froid mordant et les souvenirs entachés par le sang immonde de l'Humain. Opprobre à l'être qui ne voit en son prochain que la domination, la haine qui alimente son cœur et nourrit ses cris, il s'abreuve de son sang noir et sourit heureux de sa conquête, de la destruction qu'il génère, fier, traître et ignominieux, les canines rouges. Tous atteints de ces maux étranges : superficialité, amaurose, vie éphémère qu'ils broyaient chaque jour un peu plus, aberrants. La destinée humaine était incompréhensible, incohérente. Juges féroces d'autrui avec ce besoin irrépressible de se mesurer, exercer sa faible force et tuer les regards, tuer la vie. Le Monde qu'ils façonnaient n'avaient plus de sens, la sombre fumée qui s'en dégageait pétrifiait toute vie, les nuages se massaient, épais et sales, pétrifiants les cœurs humains. Il avait cessé d'y croire, en eux, en l'explication démente de leur existence, en leurs regards dénués de tout. Il ne pouvait plus. Et, Paradoxe Suprême, renoncer à eux tous, sans distinction, équivalait au refus de la vie ! Mais il n'avait plus la force de croire en autrui, incapable de croire en lui-même. Où était-il,-lui, L'Angle aux boucles cuivrés et aux rires semblables aux petits grelots dans le ciel, aux joues rougies par le froid ? Et ses mains extrêmement tendres qui effleuraient avec délicatesse ses poignets, la courbe de ses lèvres, ses paupières closes, le creux de ses hanches, s'enroulant dans ses fines boucles noires ? Être haï et qui haïssait, méprisé et méprisant, envoûtant, glacial, aux regards glacés et brûlants, à la peau d'ivoire, marmoréenne, où couraient, translucides, veines bleutées, violacées, émeraude, être dangereusement sublime, beau...de cette beauté forgée par le courage, la douleur, la blessure béante d'une vie détruite, dépossédé, d'un être atteint au plus profond de lui-même, ténébreux, splendide, et qui vivait avec cette étonnante force qui lui insufflait cette grâce étrange. Etre à la Grâce Etrange. Le petit Prince était trop différent, incompris, honnis, effrayant, méprisant, insaisissable, sa peau blafarde était la terreur des humains et ses lèvres vermillons qui cachaient des dents reluisantes, crocs affilés pour quiconque esquisserait un pas de trop, accidentel, glisserait, vers cet être à la grâce étrange, attiraient et glaçaient l'être insignifiant. Un Ange, un Petit Prince qui n'était pas comme eux, pas humain, ce qu'il possédait d'humain lui avait été arraché par cette grande dame noire sournoise que l'on nommait la Vie. Ainsi, toute présence humaine lui était insupportable, il haletait, grondait, fuyait, spectre d'une blancheur éclatante dans l'obscurité, ses yeux émeraudes dissuasifs et malgré eux, occultes, étincelants, rougis par des larmes de rage, leur souffle brûlant sa peau de marbre froid, nouvelles entailles sans cesse répétées, blessure ensanglantée qui ne cessait de se délabrer à leur contact oppressant, lorsque ses pieds foulaient la terre de ce bas Monde agonisant, qui le tirait de toutes ses forces à terre, pour mieux le dévorer. Mal être profond sur cette Terre où il n'avait pas sa place, Ange déchut traqué par les Hommes et fuit par eux-mêmes. Il abhorrait les sentiments qu'il déclenchait chez eux : fascination, fatales envoûtassions dangereuses, et cette haine incommensurable. Le Petit Prince avait sa place aux coté des étoiles et du Soleil rougeoyant, des éclairs de feu et des nuages épais qui l'emportaient, le faisait tourbillonner dans le ciel déchaîné. Sa place était là, loin de la haine des Hommes dont il était las, de leur absurdité, son cœur avait cessé de battre sur Terre, il ne se réveillait qu'avec ardeur, dans son Paradis : le Ciel. La Voûte Céleste. Seul.


    Son obscur regard se détacha de l'horizon tracé par l'aube naissante, au crayon rouge vif. Ses prunelles violettes, striées d'éclats vermillon, errèrent, lointaines, évanescentes, avant de s'arrêter sur le métal argenté, rutilant de l'aile de Bingo Crépuscule. La carlingue lustrée lui rendit férocement ce regard où se mêlaient le pourpre qui embrasait le contour de ses iris, saisissant, profond, où se mêlaient une colère, le reflet de ses yeux brûlés par les larmes de rage et de déchirement, il s'infligeait sa propre impétuosité, la fougue de ce regard éclatant. Il grondait contre cet être qui se reflétait dans l'aile argentée de l'avion, contra sa peau blême et ses yeux d'une beauté imparfaite. Ses canines s'enfoncèrent douloureusement dans sa fine lèvre inférieure tandis qu'il ferait les yeux en soupirant. Soupir qui lui arracha un râle sourd. Sa peau marmoréenne, divinement polie par le souffle d'un Ange qui le retenait dans ses bras et le poussait avec une force indescriptible vers le ciel criblé d'étoile, fut parcourut de très légers frissons. Le Mal terrestre tentait de l'emprisonner dans ses bras de fer mais il était bien insignifiant par rapport à l'appel du Ciel symbolisait par cette douce brise qui parcourait sa peau, déposant parfois de très fins flocons dans ses cheveux bronze. La Vie s'était ainsi offerte à lui, lorsque le ciel l'avait emporté dans les bourrasques de vents, que le soleil mordoré avait brûlé ses yeux, que les larmes qui baignaient ses yeux, seul sentiment qui prouvait que son coeur s'obstinait à battre, même profondément enfoui dans cet être devenu statue de glace, à cette époque-là..quand il n'avait pas encore sentit l'importance de vivre, quand il l'entendit, ce jour-là, dans la carlingue, alors que l'avion, grand oiseau blessé, éraflé sur tout son long, luttait contre les éléments terrestres, piloté adroitement par un spectre, plus qu'un Homme, malgré un regard brouillé par les larmes de sa douleur infinie, ce jour-là, secoué par les rafales de vents et les éclairs blafards, il avait souhaité tomber dans une traînée de feu, embrasé avec son avion. Pour lui, il n'y avait aucune raison de vivre, plus aucune, il était d'ailleurs incapable de marcher avec souplesse, traînant sa jambe à demi broyée, raide, derrière lui, "le boiteux", esseulé, devenu personnage effrayant et incompréhensible de l'escadrille qui s'ahurissait, désorientée, de ce petit Prince du Ciel qui suppliait qu'on lui confia une mission dangereuse. Il voulait faillir, de tout son être et de sa pauvre âme qu'il trouvait bien immonde, ce jour-là, il le voulait. Mais Elle le retint, au moment où il allait enfin sombrer. Le soleil flavescent inonda le ciel de ses rayons éblouissants. Elle fut là, un court instant, contre lui, couvrant de délicats baisers sa peau glaciale. Il vivrait. Resplendirait dans ce paradis, cet Autre Monde où les humains étaient bannis. Cet Appel irrépressible résonnait à ses oreilles et les battements de son coeur s'accélérèrent, il la sentait proche. Le contour de ses iris violacés s'enflamma d'Or qui plongea dans les rainures vermillon pour les couvrir entièrement; son souffle divin effleura délicatement ses lèvres. La lueur mordorée toujours présente, intensément dans son regard glacé reprenait possession de ses yeux splendides, se mêlant au violet de ses iris, lueur sombre qui habitait toujours son regard profond. L'être était le même, mais il devint sublime, habité de cette Vie qu'il défendait avec ardeur.


    Sa voix claire, fluide, fragile et saisissante lui fit une très belle promesse. Promesse éphémère qui l'engageait pourtant dans un au-delà magique, un instant d'éternité qu'il lui ferait partager. Elle ne le fuyait pas, et, chose presque absurde, elle était à ses cotés sans qu'il ne gronda, sans qu'il l'aie mordu auparavant pour ce contact beaucoup trop proche. Sans doute, il l'aurait fait si les prunelles iceberg de la petite Louve, violettes dans l'obscurité, au seuil de la Mort, maintenant d'un bleu éclatant, ne l'avaient pas touché en plein coeur, pire, sur sa blessure.


    « Jamais ils n'auraient dut être là ce soir. Une absurdité, une folie, une promesse non-dite qu'ils inscrivent mutuellement dans leur regard pour qu'il s'ouvre à la beauté; Sur leurs poignets, pour qu'ils dessinent avec grâce sur les vitres gelées de la carlingue leurs rêves et les secrets des étoiles et du soleil; Sur leurs oreilles, pour qu'elles écoutent le chant du moteur de l'avion, celui du vent nocturne et de l'aurore, les paroles silencieuses qu'ils s'échangeraient ou leurs silences secrets de sentiments enfouis au plus profond d'eux-mêmes, les battements de leurs coeurs vivants; et ils le gravent sur leurs peaux blafardes pour qu'elles frissonnent, là-haut, bien plus hauts qu'ils avaient toujours été des êtres humains, eux, ceux qui n'en étaient pas.. Nous, nous qui n'en sommes pas. »

    D'infimes petits cristaux de glace ourlaient ses lèvres sanguines qui, pas un seul instant ne s'ouvrirent. Seul son regard, d'une subtilité extrême, profond, sombre et ardent s'ancra dans ses pupilles bleu iceberg de Sharwyn. Aucune de ces paroles ne furent prononcées, elles naquirent de ses pupilles mordorées, ainsi qu'il s'adressait à elle. A eux deux. Leurs regards se croisaient une dernière fois avant l'envol du "Courrier de Nuit". Une évanescence. Ses yeux glissèrent sur les phalanges blêmes, légèrement bleutées de la petite Louve qu'elle resserait légèrement contre son corps fragile. Elle les lui confiait, le temps d'une éternité fugace. La première et sûrement la dernière fois. Chaque infime seconde était à savourer, chaque geste, chaque souffle échappé, chaque regard se reflétant dans les vitres de la carlingue, chaque émotion peinte sur un visage devait être gardé précieusement dans un rêve d'une nuit neigeuse de Novembre, l'aurore d'un nouveau matin. Il en prendrait soin, le temps d'une envolée, il en fit le serment dans ses yeux, de même que le violet intense de ses iris sombres, obscures s'assombrit dvantage, l'or liquide de ses yeux se fît plus brûlant lorsque l'expression de son regard se figea un instant : "Marchons cette nuit sur la poussière étoilée, rêvons, baignés par le soleil d'une aurore glaciale, tous deux, dans cette carlingue où nos souffles se mêleront et nos peaux s'effleureront, se heurteront glaciales et brûlantes, nos battements de coeur, désunis, empliront de vie l'habitacle et le Ciel tout entier.. Le temps évanescent d'une éternité..pour ne jamais s'unir à nouveau, nos pas plus jamais ne fouleront le même sol... Mais nous avons l'éternité à nos pieds, nous sommes déjà si loins... Allons-y."


    Avec grâce et finesse, le Petit Prince pénétra dans le cockpit du Hawker Hurricane. La radio grésillait, parfois interrompue, puis les bourdonnements reprenaient de plus belle traduisant une incompréhension de la tour de contrôle. Sa fine main esquissa un geste d'une rapidité surprenante et brutalement, la carlingue fut emplie de silence, seulement du bruit de leurs respirations. Il sentait son souffle dans sa nuque, il secoua la tête et redressa son col épais, resserant son écharpe autour du cou. Ses doigts fébriles, dont seule l'extrêmitée opalescente apparaissait -le reste de sa main étant enfoui dans une mitaine noire faite d'une laine grossière- réglèrent l'éclairage de l'habitacle qui s'emplit d'une lumière bleutée si diluée qu'elle teintait à peine l'éclat de sa peau. Bientôt, la carlingue se mit à vibrer, en les berçant doucement, donnant vie au majestueux chasseur noir. Bingo Crépuscule s'ébranla doucement, avec une sensibilité extrême, tranchant l'épaisse nuit de glace, faisant face, farouche à la piste bordée de petites lumières rouges qui la balisaient. Elweard laissa glisser ses paumes d'ivoire sur les nombreux boutons et manettes, à peine éclairés par le fébrile rayon de lumière bleuté, gardant ses yeux rivés sur la piste. Il ne faisait qu'un avec son avion et chaque geste qu'il effectuait lui était machinal, faisait partie de lui. Le Chasseur argent, trop longtemps retenu, grognait, fougueux, impatient de partir à l'assaut des étoiles. Fine et précise, l'hélice tranchait avec toujours plus de vitesse, l'air épais de la nuit, en attendant le signal. Il vînt enfin. Le Petit Prince referma ses doigts blêmes sur le métal froid des manettes, effleura à peine quelques boutons et s'élanca avec avidité dans l'infini. Les pneus s'aggripaient au bitume verglacé avec véhémence, pénétrant dans le goudrin noir pour mieux s'en détacher ensuite. La carlingue tout entière vibrait et prenait vie, quittant avec exaltation cette Terre qui tentait de la retenir trop doucement. Rageur, le Hawker Hurricane se détacha du sol avec un siflement percant. Ils étaient enfin libres de toute entrave, eux, Anges déchûts dans ce grand Albatros. Dallveig maniait avec une évidente facilité l'avion qui était un des plus capricieux, sensible à la moindre bourrasque, s'elevant au firmament pour plonger tout aussi vite dans les abîmes, sa façon de s'inclinner, pointer, narquois, son aile droite vers la terre, danser dans les airs et montrer les dents quand il le fallait..il le connaissait par coeur et chacune de ses demandes étaient executées dans l'instant suivant, par un imperceptible mouvement de doigts, un souffle, un éclat dans ses prunelles. L'Ange blême sentait à nouveau son coeur battre tandis qu'ils s'élevaient dans le ciel, l'avion transpercant les nuages sans crainte, s'aggripant aux étoiles pour poursuivre son ascension dans le ciel. La Terre déjà disparaissait et avec elle, ces milieux d'appels lumineux qui scintillaient, trace de vie humaine qui étaient englouttis en même temps que les nuages les voilaient. Bientôt, l'hélice de Bingo Crépuscule effilocha les derniers nuages pour perforer l'ultime couche et pénétrer sous la voûte étoilée. Libre de toute entrave, les derniers cristaux neigeux aggrippés à la carlingue roulant sur le métal rutillant avant de flotter dans l'air épais, le chasseur effectua un grand virage, légèrement incliné, baigné par la lumière blafarde de la Lune et les milliers d'étoiles qui s'offraient à eux. C'était d'une beauté à couper le souffle, indescriptible par des mots trop..humains.. Elle s'offrait à leurs yeux brillants, éclatante dans les iris mordorées du Petit Prince où la violet se mêlait à l'or liquide, brûlant, intense. Lui, qui revivait, Ange déchût aux ailes brisées, resplendissant, magnifique dans son paradis sacré par le ciel d'encre et les étoiles scintillantes, chasseur d'étoiles, Chevalier..ou plutôt non, ce terme avait une sonnorité quelque peu effrayante..non, il était plus que cela, lui, être à la grâce étrange, à la peau blafarde, aux lèvres vermillons, au regard doré et à la beautée sublime, il fût sacré

    Petit Prince du Ciel.





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              « Vous craigniez que mon souffle glacé
              ne brise vos phalanges… En vérité, c’est
              le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême,
              qui m’arrache la vie… Cessez ! »

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Sharwyn Vathanen
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PRENOM*: Sharwyn
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MessageSujet: Re: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Sam 17 Jan - 2:43

[J'ai pas réussi à faire aussi bien qu'avant, j'ai perdu la main .. Navrée.]

  • L'air avait brusquement fraîchi, comme si Dame Nature avait intimé discrètement à sa protégée de mettre son chaud manteau avant de monter à bord. Cependant, cette dernière avait les yeux rivés sur la piste devant eux, un peu angoissée à l'idée de quitter terre. Une part d'elle avait peur, et l'autre semblait en totale osmose avec l'appareil. Bientôt, les regards insistants et impatients de son pilote lui intimèrent d'enfiler sa tenue sans broncher. Elle ne cilla pas, et, fixant d'un regard vide les lumières qui éclairaient le train avant de l'appareil, ainsi que la piste, elle passa ses bras squelettiques dans les manches. Refermant consciencieusement le chaud vêtement, elle inspira profondément, ses longs cheveux ambrés, légèrement ondulés, flottant au vent vigoureux qui soufflait maintenant. Les prunelles de la femme se firent bordeaux, couleur sang, et elle se mordit doucement la lèvre, en intégrant le cockpit. Il était là, parfaitement calme, juste impatient de fuir ce monde de barges. Elle respirait fort, il venait de refermer la paroi autour d'eux. Ses halètements discrets firent voler les quelques mèches de la nuque de Dallveig. Il tressaillit et releva son col, de façon à empêcher le souffle de Sharwyn de l'atteindre. La belle s'arrêta alors de respirer, levant brusquement une main jusqu'à sa mâchoire, crispée sur ses lèvres. Son regard était perdu, frustré, elle se sentait de trop. Ils étaient bien trop près l'un de l'autre, c'en devenait étouffant. Sharwyn s'écrasa vers l'arrière de l'appareil au possible, ses doigts tremblant toujours sur ses lèvres violacées crispées.

    Il était idiot d'agir ainsi. Elle finirait bien par devoir respirer à un moment ou un autre. Alors pourquoi lutter ? Sa figure était tirée en un rictus de douleur profonde, mais elle ne pipait mot. L'homme étendait ses ailes dans le cockpit, à l'aise, et l'étouffait par cette facilité à manier les commandes. Il était chez lui. Elle n'avait rien à faire là. Ses joues virèrent au rouge, ses sourcils se froncèrent, elle devint blême. Toujours aucun souffle. L'homme passait ses doigts fins et blancs sur les manettes. L'engin démarra en trombe, et Sharwyn s'accrocha instinctivement à son siège, le cœur battant, expirant violemment alors que les roues de l'engin quittèrent le sol. Tous ses maigres repères venaient d'être balayés en quelques secondes. Le haut, le bas, les cotés. Le Sud. Le Nord. Il n'y avait plus rien. Juste un cockpit, petit, étouffant, et un homme, qui prenait toute la place. Elle rabattit ses jambes nues contre sa poitrine, instinctivement, et passa ses bras autour. Elle n'était pas du tout rassurée. Elle se fichait bien de ce qu'il pouvait penser d'elle en la voyant ainsi acculée. Elle n'était plus qu'un animal complètement désorienté qu'il fallait guider pas à pas vers la liberté.

    Un instant, son regard se perdit dans la contemplation du sol qui rapetissait sous eux. Elle entrouvrit les lèvres dans une expression d'incompréhension profonde et figée, alors que ses pupilles se dilataient sous l'effet de la peur. C'était haut .. Très haut. Ça, c'était un fait. Mais ce n'était pas ça qui rendait la belle affolée. Là, tout en bas, tout petit, elle arrivait à distinguer la silhouette d'un être qui ne devrait pas être là. Sa démarche, son ombre, sa face d'Ange polie par un hiver qui semblait l'atteindre en l'embellissant de plus belle. Tony. Le cœur de Sharwyn s'emballa avec violence, et elle se fit force à arrêter de délirer. Car ce n'était en effet qu'un mirage, et rien de concret, en bas. A la place de sa vision paradisiaque, se dessinaient les silhouettes redondantes des deux idiots qui avaient aidé au décollage du Bingo Crépuscule.

    Le regard de Sharwyn remonta lentement, et se posa sur la ligne effilée des ailes de l'appareil. Elle avait l'impression que la pression qui la clouait au cockpit se dissipait peu à peu. L'homme était calme, tout allait bien. Mais elle n'arrivait pas à voir de Paradis ici. Ce n'était encore pour elle qu'une cabine de pilotage exigüe qui contenait deux êtres qui supportaient à peine l'entrelacs de leurs souffles dans l'habitacle. La belle respirait le moins possible, mais son souffle était saccadé et bruyant. Elle avait la bouche entrouverte d'extase, lorsque ses yeux se posèrent, avides, sur le ciel constellé d'étoiles toutes plus magnifiques les unes que les autres. Elle lança un coup d'œil désorienté vers l'homme, et son regard resta ancré sur la face parfaite du Petit Prince. Il resplendissait. Pire, il irradiait tant et si bien que la femme en cligna plusieurs fois des yeux. Son cœur se serra, à la vue de la courbe de sa mâchoire, identique à celle de celui qui l'avait abandonnée. Elle se concentra sur les lèvres violacées et figées dans une expression qu'elle ne parvenait à déchiffrer. D'instinct, pour tenter de comprendre ce que pensait l'Adonis, elle posa ses prunelles dans celles de Dallveig. Il ne la regardait pas, mais elle, pouvait l'observer tout son soûl. Lui aurait dû se dévisser le cou, et quitter sa ligne de mire des yeux, également. Impossible. Elle était donc tranquille. Lentement, elle prit ses marques dans l'avion, se sentit moins oppressée. Elle relâcha ses jambes, et doucement, s'avança. Son visage fin passa par dessus l'épaule de l'homme, et elle arrêta un regard d'une curiosité presque juvénile sur les commandes. Émerveillée par tant de précision. Elle voulut tester un bouton, se défila. Il fallait se résigner. Il n'y avait qu'un Seigneur du Ciel cette nuit, et elle ne pouvait qu'observer avec attention les faits et gestes du Souverain. Penchée au dessus de lui, elle sortait peu à peu du carcan de l'Ombre de l'homme dans laquelle elle s'était repliée. Elle se faufilait vers la Renaissance de son âme en évitant tous les péchés sur son passage qui feraient d'elle une Impie des Airs. Le corps tordu, le cœur serré, la femme attendait qu'on lui ouvre la porte du Paradis à Ciel Ouvert. Apparemment, ils n'étaient plus très loin du sésame.

    Sous elle, elle sentit le corps de l'homme se révulser à la sentir si près. A peine prenait elle ses aises que cela ne semblait pas convenir. Peut être interprétait elle trop vite ? Impossible d'en être certaine sans lui demander avec les yeux, mais ce dernier avait le regard rivé sur la voute céleste, et ne semblait pas vouloir s'en détacher. Elle se mordit la lèvre, un peu, puis se rassit dans le cockpit, après avoir jeté un dernier coup d'œil en bas. On ne pouvait plus voir le sol. Juste le ciel, qui les entourait. L'air fraîchissait de manière considérable, et malgré ce qu'on pouvait penser, elle était morte de froid. Se recroquevillant de nouveau, consciente de ne pas trouver sa place dans cet océan d'étoiles et de bonheur, elle força ses lèvres violacées à ne plus trembler. Même ici, elle ne trouverait pas ce qu'elle cherchait. C'est dépitée, qu'elle ne voulut même plus regarder les étoiles scintillantes. Elle cala son front à la paroi de verre, a présent calme, mais décomposée moralement. Son regard se perdit dans la contemplation peu distrayante de la condensation qui se formait lorsque son souffle atteignait le verre de la paroi. Elle laissa échapper un soupir un peu plus pressant que les autres. Un mouvement provint de l'avant de l'appareil. Elle en était persuadée. Pourtant, elle n'osa pas un mouvement, toujours les yeux rivés sur la buée, morose, consciente d'un bonheur et d'une plénitude impossible à partager, apparemment, avec l'homme devant elle. Quelque chose n'allait pas. Elle avait froid, tout semblait terne. Et le Paradis, il commençait où ?
    La vie est vraiment mal faite.

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MessageSujet: Re: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Mer 11 Mar - 21:07


COURRIER DE NUIT
PART. I


"Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place
pour la beauté. Toute la place est pour la beauté."


    Sa peau blême ruisselait de milliers de petits diamants incrustés dans sa chair glaciale, scintillants à l’éclat des astres d’argent, célestes flammèches d’or noir, sublimant ses traits d’Archange, à peine nuancés par la lumière frémissante de l’habitacle qui versait sur son visage une transparence bleutée. Le Petit Prince prenait vie, mordant et épousant avec délice les étoiles évanescentes qui s’effilaient contre le métal miroitant du Hawker Hurricane, Grand Albatros d’Argent qui tranchait la nuit de glace, fier et impétueux, tourbillonnant dans la poussière d’or des étoiles. Brûlant du désir ardent de lumière, L’Ange méprisé aux prunelles flamboyantes d’or liquide, prenait Vie, happant avec délice le parfum céleste de son éternité retrouvée, déployant ses ailes blessées, présentant ses poignets et sa gorge ambrés d’estafilades pourpres où coulaient encore le sang noir glacé de ses blessures qui lacéraient son cœur et son âme tout entière, il les présentait à la lueur nacrée des étoiles qui lui redonnaient vie. L’ascension dans ce ciel d’encre violette n’était qu’une communion entre le Chasseur qui se profilait avec finesse dans la voûte stellaire et le Petit Prince chasseur d’étoiles, être annihilé qui retrouvait sa splendeur en son Paradis, être de glace et de feu, de fascination et d’aversion, de grâce et de mépris, de beauté dangereuse… Le vent, chargé de neige et de flocons, s’agrippait aux ailes du Noble Chasseur qui s’élevait avec majesté dans les airs, narguant la Terre, cet océan d’ombres et d’éclats dorés qui déjà, tels des flambeaux tendus vers le ciel se noyaient dans la fumée noire de la nuit, ensevelis par l’épaisse couche de neige qui redonnait au monde sa pureté immaculée… Mais les canines de l’Ange aux cheveux cuivrés n’étincelaient plus pour ces hommes insignifiants, elles brillaient sous le mince sourire pourpre esquissé par ses fines lèvres, pour la beauté de l’instant présent, volé à l’éternité, volé à la vie, elles miroitaient avec la transparence violette et chamarrée de la voie lactée. L’instant était d’une beauté suprême, d’une magnificence telle qu’il ne pouvait être qu’éphémère, bientôt, l’or chatoyant et brûlant de ses yeux se glacerait en un profond violet, métallique qui figerait son regard de Petit Prince du Ciel en Archange ténébreux, brisé, dépossédé, honnis, haï , méprisé et méprisant, splendide d’une beauté insaisissable et douloureuse, d’une grâce fascinante et dangereuse, l’être blafard sentirait en lui l’incommensurable souffrance de sa blessure béante, de la faille ensanglantée de sa vie, la chute serait fatale. Sa place était ici, parmi les étoiles et le soleil rougeoyant. Les hommes avaient capturé ce Petit Prince du Ciel pour détruire ses ailes et son regard flamboyant ; ils avaient réussit avec succès, mais cet être cabalistique et insaisissable était, dans toute sa souffrance le plus bel Archange que l’on n’eût arraché au Ciel.



    Leurs souffles glacés, aux fragrances parfaites, célestes et savoureuses des êtres blêmes méprisés des hommes, s’entremêlaient sacralisant leur promesse et s’évinçaient, effrontés et blessants. Ils inondaient les vitres, se condensant sur la paroi où s’ourlaient déjà quelques cristaux opalescents qui s’effilochaient et coulaient parfois comme de grandes larmes noires. L’océan précieux d’or noir s’ouvrait à eux, dévoilant ses trésors lorsque le crépuscule couperosé se dilue dans le noir profond mettant à jour les milliers de petits diamants criblant la voûte céleste. Le croissant de lune, immergé dans la nuée d’étoiles de la voie lactée projeta son éblouissante lumière froide dans l’intimité de la carlingue le temps d’un éclair, brûlant les peaux sacrés des Anges du Ciel ; consumant l’or de leurs yeux… Le Noble Chasseur, dans un grognement plongea au dessous des nuages, fendant avec grâce et précision l’air épais, effilochant les nuages chargés de gros flocons. A présent, l’obscurité était parfaite dans la carlingue, traçant avec finesse les gracieuses silhouettes pâles dont les visages étaient faiblement éclairés par la frémissante lueur bleue qui coulait dans les cadrans des commandes. Le Hawker tournoyait avec insolence et élégance dans le ciel noir, découvrant de larges courbes, plongeant et se redressant dans l’instant même pour continuer son ascension au dessus de la Terre, libre de toute entrave, flottant avec grâce au dessus de cet océan sombre orné de poussière d’or qui tendaient leurs appels lumineux vers la nuit immense : les constellations se répondaient. Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d'une inusable lumière : elles n'en finissaient pas de rendre leur or et leur neige. Le Petit Prince, au cœur de la nuit comme un veilleur, découvrait que la nuit montrait l’homme : ces appels, ces lumières, cette inquiétude, cette brusque beauté qui brûlait ses yeux mordorés. Il sentait les lames de fond profondes soulevant et descendant l’avion qui respirait, et comme s’il eût traversé dix orages comme des pays de guerre, et, entre eux, des clairières de lune, il gagnait ces lumières, l’une après l’autre, avec le sentiment de vaincre, savourant une expérience inexplicable.


    L’Archange resplendissait dans son Eternité si chèrement acquise, au côté des étoiles qui se miroitaient sur sa peau marmoréenne et embrasaient la transparence argentée aux reflets diamantés de ses iris éclatantes ourlées d’un profond bleu céruléen. Et il régnait dans ce regard sublime et saisissant, l’extrême beauté d’une grande souffrance. Dans cette Grande nuit de glace où la Terre des Hommes, Océan d’ombres et de feu s’ouvrait, emplie d’appels tendus vers le ciel céleste, vers eux, Etres blêmes d’une grande beauté, vers lui, Archange déchu, méprisé et envoûtant, traqué et brisé par la haine et la folie des hommes dont il portait l’immense blessure ensanglantée qui déchirait son cœur et son âme, lacérait sa peau de marbre froid à chaque pas dans la Monde des hommes, ensevelit sous la fumée sombre de leur haine, de leur bêtise et de leur cécité. Ils détruisaient la Terre comme ils l’avaient détruit, lui, et sa vie passée qui n’était qu’une ombre entachée par le sang noir et perfide de l’Humain. Et pourtant, cette Terre des Hommes, il l’avait tant aimée et chérie, ces flambeaux d’or vacillant dans la nuit noire rayonnants en silence, avec simplicité, comme le fiancé s’avance paré pour la noce, calme, mais chargé d’un étrange pouvoir.

    Sa peau d’ivoire glacée ruisselait d’or, se miroitant avec les flambeaux de la nuit profonde, son teint éclatant ambré de leur flamme mordorée, sanctuaire d’or sur lequel son visage était penché, légèrement incliné, de profil. La souffrance figeait et sacralisait ses traits d’Ange blessé, beauté glacée et violente, méprisante et envoûtante, troublante et désarmante, étrangement gracieuse et subtile, intense et bouleversante, saisissante et émouvante, blessée et blessante.. Tel était le Petit Prince dont les beaux yeux gris, ourlés de fines veines violacées, à peine teintés par la pâle lumière bleutée de la carlingue, reflétaient ses sentiments extrêmes et antithétiques. Au nom de quoi l’avait-on arraché de ce Sanctuaire d’Or ?






    Contre sa nuque sombre, il sentit l’émanation douloureuse du souffle froid, violent, échappé des lèvres violacées de la Petite Louve, recroquevillée au fond de la carlingue contre le métal glacial des longerons d’acier auxquels elle s’agrippait. La fragrance parfaite de son souffle n’était plus qu’une violente brûlure sur l’ivoire de sa peau et glaçait le sang noir qui jaillissait de son poignet balafré. Le reflet de son splendide regard argenté, envahi d’une transparence violacée, descendant obliquement du fond de ses yeux qui se diluait dans la profondeur de son regard, s’esquissa sur les vitres de la carlingue, ourlées de minces cristaux de glace. Avec intensité, aversion et gravité, son obscur regard plongea dans le bleu opaque des iris de Sharwyn. Incommensurable amblyopie qui ensevelissait son cœur aux beautés qu’il lui offrait, aux regards brûlants qui ébranlaient leurs âmes, à l’immense don qu’il lui faisait, son être tout entier qui s’offrait à elle pour leur éternité fugace, pour lui redonner l’once sacrée de la vie… Il s’était ouvert les veines pour elle. Elle s’enivrait de son sang. Elle les tuait, par un soupir annihilant.


« Vous craigniez que mon souffle glacé ne brise vos phalanges…
En vérité, c’est le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême, qui m’arrache la vie… Cessez ! »


"Et ça fait mal, crois-moi...Une lame enfoncée loin dans mon âme"



    Sa belle voix, profonde, comme un murmure froid, sembla grincer sur ce dernier mot. Et voici qu’en ses yeux brillèrent les larmes rouges de colère et de douleur qui jaillissaient de l’éclat diamanté de ses iris argent. Ses canines luisantes effleurèrent ses lèvres violacées.


Dernière édition par Dallveig E. Johansen le Jeu 12 Mar - 16:19, édité 3 fois
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Dallveig E. Johansen
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PRENOM*: Dallveig Elweard
AGE*: Vingt et un an.
NATIONALITE*: Scandinave..Français.. ?

MessageSujet: Re: {* Courrier de Nuit../SHARWYN/   Mer 11 Mar - 21:11

COURRIER DE NUIT
PART. II


"Nous commençons toujours notre vie
sur un crépuscule admirable." RENE CHAR.




    Et la matière sembla se révolter soudainement, elle aussi. Il se sentit soulevé doucement, comme par une épaule. Il regarda autour de lui : des nuages lourds éteignaient les étoiles. La fumée sombre de la nuit avait éteint les lampes du soir, plus rien ne brillait dans cet océan fait d’ombres et de glace, il n’apercevait plus rien du monde que la lumière bleutée, qui coulait, diluée, dans les cadrans de la carlingue. Maintenant il apercevait en face d’eux un miroitement imperceptible au ras de l’horizon : une lueur de forge. Les premiers remous de l’orage lointain attaquaient l’avion. Doucement soulevées, les masses métalliques pesaient contre sa chair puis semblaient s’évanouir, se fondre, et dans la nuit, pendant quelques secondes, ils flottèrent, seuls. L’orage les frapperait de plein fouet, ils descendaient au cœur de la nuit. Une nuit riche, pleine de parfums, difficile à conquérir, menaçante, douloureuse et resplendissante.
    Une tête et des épaules immobiles émergeaient seules de la faible clarté. Ce corps n’était qu’une masse sombre, appuyée un peu vers la gauche, le visage face à l’orage, lavé sans doute par chaque lueur, visage dérobé à Sharwyn qui n’en voyait que la nuque sombre et ne sentait que les fragrances exquises de son souffle. Et tout ce qui s’y pressait de sentiments pour affronter une tempête : cette moue, cette volonté, cette colère, tout ce qui s’échangeait d’essentiel, entre ce visage pâle et là-bas, ces courtes lueurs, restait pour elle impénétrable.
    Elle pouvait pourtant deviner la puissance ramassée dans l’immobilité de cette ombre qui l’emportait sans doute vers l’orage, mais aussi qui la couvrait également. Sans doute ces mains, fermées sur les commandes, pesaient déjà sur la tempête, comme sur la nuque d’une bête, mais les épaules pleines de force demeuraient immobiles et l’on sentait là une profonde réserve noble.

    Le Hawker Hurricane, majestueux dans la tempête abordait l’orage, Dallveig renonçait à le contourner : la ligne d’éclair s’enfonçait vers l’intérieur du pays et révélait des forteresses de nuages. Il pesa des paumes sur les commandes pour commencer à réduire l’altitude : Le moteur vibra très fort et l’avion trembla. Il sacrifiait son altitude comme on joue une fortune. Un remous fit plonger l’avion, qui trembla plus fort. Le Petit Prince se sentit menacé par d’invisibles éboulements. Il rêva qu’il faisait demi-tour et retrouvait cent mille étoiles, mais il ne vira pas d’un degré. Penché à gauche contre la masse du vent, il essayait d’interpréter les lueurs confuses qui, par les nuits les plus épaisses, circulent encore. Mais ce n’étaient même plus des lueurs. A peine des changements de densité, dans l’épaisseur des ombres, ou une fatigue des yeux. Il se pencha encore. Il était gêné par la flamme de l’échappement, accrochée au moteur comme un bouquet de feu, si pâle que le clair de lune l’eût éteinte, mais qui, dans ce néant, absorbait le monde visible. Il la regarda. Elle était tressée drue par le vent, comme la flamme d’une torche. Il n’osait plus allumer les faibles lampes rouges, qui l’éblouissaient pour longtemps, mais tous les instruments aux chiffres de radium versaient une clarté pâle d’astres. La nuit, et tout ce qu’elle portait de rocs, d’épaves, de collines, coulait aussi contre l’avion avec la même étonnante fatalité. Elweard, émergeait à nouveau, et reprenait, appuyé à gauche, sa veille terrible. Il ne savait plus combien de temps, combien d’efforts le délivreraient de ses liens sombres. La pâle clarté promise plus loin l’engageait à poursuivre ;
    Ils seraient obligés, tôt ou tard, de couler en aveugle dans cette épaisseur. S’il avait pu gagner le jour… Il pensa qu’il était cerné. Tout se résoudrait, bien ou mal, dans cette épaisseur. C’est vrai. Il a cru quelquefois, quand montait le jour, entrer en convalescence. Mais à quoi bon fixer les yeux sur l’Est, où vivait le soleil : il y avait entre eux une telle profondeur de nuit qu’on ne la remonterait pas.

    Une sorte de houle puissante pénétra son corps lorsque ses fins doigts glissèrent des commandes : les remous le soulevaient, dans ses cinq tonnes de métal, et le basculaient. Ses mains de nouveau se fermèrent sur la houle et la réduisirent. A défaut d’une tremblante lumière, d’une lampe d’auberge presque inutile, mais qui eût prouvé la terre comme un phare, il lui fallait au moins une voix, une seule, venue d’un monde qui déjà n’existait plus.
    Une voix parfaite, capable d’embraser l’ange blême et glacé, tout entier, une chair brûlante et blessée qui réclamait son autre chair, la fusion de deux êtres dévorés par un amour fou, deux Archanges dont les âmes se mêlaient avec ardeur et adoration et les corps se fondaient l’un dans l’autre. Il sentait contre ses cicatrices translucides, traversées d’une transparence bleutée, le souffle fragile et tendre qui s’échappait de ses fines lèvres qu’ils se dérobaient et qui à nouveau s’unissaient, se donnaient frémissantes et brûlantes d’amour se cherchaient dans la pénombre où seules brillaient leurs peaux marmoréennes et leurs yeux violacés et or liquéfié à la clarté d’argent des étoiles qui dessinaient avec grâce le contour noir de leurs yeux. Mais déjà elle le savait en marche dévorant des yeux la voûte étoilée. Alors elle murmurait, les yeux brillants, sentant la brûlure des larmes :

- Tu as beau temps, ta route est pavée d'étoiles…

    Alors son rire carillonnait dans la sombre nuit et il l’embrassait, ses lèvres pourpres couvraient de baisers désespérés ses larmes noires.





    Elles existaient quelque part ces terres en paix, douces sous leurs grandes ombres de lune. Que savait-il, lui, hors des remous et de la nuit qui poussait contre lui, à la vitesse d’un éboulement, son torrent noir. Le moteur, à chaque plongée, vibrait si fort que toute la masse de l'avion était prise d'un tremblement comme de colère. Le Petit Prince usait ses forces а dominer l'avion, la tête enfoncée dans la carlingue, face а l'horizon gyroscopique, car, au dehors, il ne distinguait plus la masse du ciel de celle de la terre, perdu dans une ombre où tout se mêlait, une ombre d'origine des mondes. Mais les aiguilles des indicateurs de position oscillaient de plus en plus vite, devenaient difficiles а suivre. Elles le trompaient, et il se débattait mal, perdait son altitude, s'enlisait peu а peu dans cette ombre. Il lut sa hauteur: "Cinq cents mètres". C'était le niveau des collines. Il les sentit rouler vers lui leurs vagues vertigineuses. Il comprenait aussi que toutes les masses du sol, dont la moindre l'eût écrasé, étaient comme arrachées de leur support, déboulonnées, et commençaient а tourner, ivres, autour de lui. Et commençaient, autour de lui, une sorte de danse profonde et qui le serrait de plus en plus. Si lui-même ouvrait simplement les mains, leur vie s'en écoulerait aussitôt, comme une poussière vaine. Il tenait dans ses mains leurs cœurs battants. Cette main blême et froide qui avait caressé. Cette main qui s'est posé sur une poitrine et y avait levé le tumulte, comme une main divine. Cette main qui s'était posée sur un visage et qui avait changé ce visage. Cette main qui était miraculeuse. Il tenait encore le monde dans les mains et contre sa poitrine le balançait. Leurs vies, poussières d’or, étaient dans l’ivoire de ses paumes.


    Il aurait pu lutter encore, tenter sa chance : il n'y a pas de fatalité extérieure. Mais il y a une fatalité intérieure : vient une minute où l'on se découvre vulnérable ; alors les fautes vous attirent comme un vertige. Et c'est à cette minute que luirent sur sa tête, dans une déchirure de la tempête, comme un appât mortel au fond d'une nasse, quelques étoiles. Il vit dans l’éclat argenté des étoiles les iris iceberg, intenses, de la Petite Louve, il sentait cet être blême et son souffle cristallin qui coulait de ses lèvres violacées. Leurs regards, d’une extrême profondeur se confrontèrent, s’honnirent et brûlèrent tous deux : de larmes violentes, de sentiments extrêmes ; leurs âmes brisées s’en trouvaient troublées et touchées au plus profond, elles se méprisaient et se mêlaient dans le feu et la glace avec force et douleur.


    Il jugea bien que c'était un piège : on voit trois étoiles dans un trou, on monte vers elles, ensuite on ne peut plus descendre, on reste là à mordre les étoiles...Mais sa faim de lumière était telle qu'il monta. Pour elle. Pour eux.

    II monta, en corrigeant mieux les remous, grâce aux repères qu'offraient les étoiles. Leur aimant pâle l'attirait. Il avait peiné si longtemps, а la poursuite d'une lumière, qu'il n'aurait plus lâché la plus confuse. Riche d'une lueur d'auberge, il aurait tourné jusqu'а la mort, autour de ce signe dont il avait faim. Et voici qu'il montait vers des champs de lumière. Il s'élevait peu а peu, en spirale, dans le puits qui s'était ouvert, et se refermait au-dessous de lui. Et les nuages perdaient, а mesure qu'il montait, leur boue d'ombre, ils passaient contre lui, comme des vagues de plus en plus pures et blanches. L’Archange émergea.

    Sa surprise fut extrême: la clarté était telle qu'elle l'éblouissait. Il dut, quelques secondes, fermer les yeux. Il n'aurait jamais cru que les nuages, la nuit, pussent éblouir. Mais la pleine lune et toutes les constellations les changeaient en vagues rayonnantes. L'avion avait gagné d'un seul coup, а la seconde même où il émergeait, un calme qui semblait extraordinaire. Pas une houle ne l'inclinait. Comme une barque qui passe la digue, il entrait dans les eaux réservées. Il était pris dans une part de ciel inconnue et cachée comme la baie des iles bienheureuses. La tempête, au-dessous d’eux, formait un autre monde de trois mille mètres d'épaisseur, parcouru de rafales, de trombes d'eau, d'éclairs, mais elle tournait vers les astres une face de cristal et de neige. Il pensait avoir gagné des limbes étranges, car tout devenait lumineux, ses mains, ses vêtements, ses ailes. Car la lumière ne descendait pas des astres, mais elle se dégageait, au-dessous de lui, autour de lui, de ces provisions blanches. Ces nuages, au-dessous de lui, renvoyaient toute la neige qu'ils recevaient de la lune. Ceux de droite et de gauche aussi, hauts comme des tours. Il circulait un lait de lumière, dans lequel ils baignaient.
    Il errait parmi des étoiles accumulées avec la densité d'un trésor, dans un monde où rien d'autre, absolument rien d'autre que lui, Dallveig et Sharwyn, n'était vivant. Parmi des pierreries glacées, ils erraient sur la splendeur d'une mer de nuages, la nuit, et plus bas, l’éternité. Deux êtres blafards perdus parmi les constellations qu’ils habitaient seuls…


    La surface de sa peau fût parcourue d’infimes frissons lorsqu’il sentit effleurer sa nuque son souffle tiède. Avec grâce, l’Ange blême infléchit à demi son visage, plongeant avec gravité ses yeux métalliques, argent diamanté dans le bleu iceberg des prunelles de Sharwyn. Un regard subtil mais d’une extrême profondeur, bouleversante, troublante et désarmante. Le Petit Prince était extrêmement beau dans sa douleur. Indescriptible par des mots trop.. humains. Le liquide nacré qui ourlait ses iris embrasait son regard de glace étincelant de larmes rouges. L’éclat des étoiles reluisait sur sa peau marmoréenne, lactescente, sublimant chaque détail, traçant avec grâce et vénusté le contour noir et violacé de ses yeux dangereusement resplendissants, les fines veines effilées qui perlaient sous l’ivoire translucide de sa peau miroitante, le souffle fragile, exhalaison cristallisée, qui s’échappait de ses lèvres vermeils. L’intensité de son regard brûlant pénétra, soutenu, au plus profond de ses iris cobalt, brisant farouchement l’opacité qui voilait le regard de la jeune femme. Le grognement étouffé qui était monté de sa gorge mourût à l’instant même où ses yeux s’ancrèrent dans ceux de la petite Louve ; ses canines disparurent sous l’ourlet rubicond de sa fine lèvre violacée tandis que leurs regards et âmes brisées se confrontaient et se mêlaient avec aversion, force et émoi. Toute parole était superflue, seul son regard était le miroir de son âme. Ils avaient vaincu. Invincibles.

    Mais déjà il se dérobait brusquement de ce regard lorsqu’il sentit sous paume le métal vibrant de la manette et Bingo Crépuscule qui frémissait dans le vent du soir. L’Ange de la Nuit resserra son écharpe blanche autour de sa nuque ; déjà, une transparence écarlate perçait aux travers des étoiles, traçant au crayon rouge les prémices d’un jour nouveau…

_________________
              « Vous craigniez que mon souffle glacé
              ne brise vos phalanges… En vérité, c’est
              le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême,
              qui m’arrache la vie… Cessez ! »

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