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 > Pathétique. /PV Sharwyn/

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Tony A. Caulfield
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Féminin
{ AGE }: 17
{ CONNEXIONS }: Très fréquentes (parfois sur l'autre compte)

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PRENOM*: Tony Alexandre
AGE*: 22 ans
NATIONALITE*: Franco-Américain

MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Mer 7 Jan - 21:20

    Les doigts fins et glaçés de la jeune femme s'aggripèrent à sa nuque brûlante à l'endroit où frisaient les premiers cheveux. Son corps entier fût secoué par un frisson violent, ses muscles se contractèrent, sa gorge s'enflamma, ses lèvres embrassèrent avec plus d'ardeur encore celles de Sharwyn. Un feu brûlant le consummait; d'abord douloureux, paralysant , saumâtre et surtout odieux. Il n'était pas extrêmement difficile d'associer ces flammes indignes à ce qu'il était lui et son attitude envers les personnes qu'il aimait et qui l'aimaient d'un amour qu'il ne méritait pas et qu'il déshonorait. Que ce bûcher ardent le consumme entièrement, enfin ! Peut-être enfin cesserait-il de se mépriser et de cracher sur cet Amour qu'il refoulait à tout prix. Ses cendres se disperseraient au vent avant d'aller choir sur cette terre où il resterait à jamais car il ne méritait pas le ciel, pire, il ne le souhaitait même pas. Avait-il seulement sû un jour ouvrir son regard sur les belles choses qui ont fait ce Monde ? Oh non, il avait préféré lâchement se ranger du côté des plus forts, de la facilité et d'une terrible lâcheté. A vingt-deux ans, il n'avait jamais réelement regardé la Vie en face, il ne savait pas même ce que c'était exactement. Il n'avait pas vécu. Et, comble sûpreme, lui, l'inexistant, il reprenait la vie des autres. On n'avait cessé de la lui donner, de sacrifier des vies entières pour lui, pour son bonheur. Pour qu'il soit Heureux. Heureux... Prouver leur amour à ce petit bout d'homme riche de son seul sourire, son visage plaisant, son apparente folie que l'on pourrait nommer joie de vivre. Il n'avait plus rien, sauf une extrême lassitude qui engourdissait ses muscles, il était dans un état d'errence totale.. Voilà ce qui l'avait poussé à comettre cet acte. Pourtant, il ne pouvait nier qu'il avait souhaité cela. Cruellement. Il l'embrassait avec délice et douleur, pour aspirer tout ce qu'elle avait de bon à lui donner encore et encore avant de partir, pour ne jamais revenir à elle. Il était odieux. Pourvu que les flammes mettent du temps à s'infiltrer sous sa peau pour qu'il paie pour sa lâcheté et sa méchanceté.

    Quelques mois auparavant, il s'était offert à elles, sur un quai de Gare, par un matin éclatant. A présent, il reprenait tout. Il n'avait plus qu'à crever seul, après avoir tout brisé une dernière fois...

    Il n'osait même pas la regarder. Son regard, avili, le temps de trois infimes secondes avait glissé au sol, sur les pavés blancs qui bordaient l'Hôtel de Ville. Toutes ces pensées avaient défilé avec une extrême rapidité dans son esprit tandis que le feu le vidait peu à peu, grignotant toutes ses forces avec une lenteur exagérée. Puis une étincelle, semblable à une décharge électrique vint percuter son corps et pénétrer en lui tout entier, lui offrant cette goulée d'air, de vie, indispensable. Il sentit les lèvres de sa Colombine rejoindre les siennes, son corps se mouler dans le sien, ses cheveux caresser ses yeux fermés, leurs langues se mêler avec fougue. Il fût submergé tout entier par ce frisson, ce feu ardent qui se mua en un désir qui l'emporta. Les flammes traîtres lui parurent soudain délicieuses, le baignant dans une douce chaleur qui émanait de leurs deux corps enlacés. D'abord surpris par la réaction de sa belle, il s'était ensuite adonné à son baiser, à leur baiser. Toutes réflexions, pensées assassines, images d'un futur noirci par leurs peurs, leurs angoisses, leur attachement dangereux pour son intensité..tout..tout se brouilla pour ne laisser que leurs coeurs d'enfants s'accorder un instant où le rideau s'abaissait, où les projecteurs tournaient face vers terre pour ne laisser que dans la pénombre qui l'effrayait un peu, deux jeunes gens debout extraordinairement, seulement parce-que chacun soutenait l'autre pour éviter qu'il ne vacille et ne tombe totalement.

    Le Bonheur. Il ne dure pas, n'a évidemment rien d'éternel, seulement fait de courts instants magnifiques.. Là, en ce moment, où rien ne comptait pour lui que sa belle Sharwyn et le baiser qu'elle lui offrait, était un de ces instants magnifiques qui constituaient son Bonheur. Il se sentit sourire en sentant son souffle tiède sur son visage quand elle lui murmura en détachant ses lèvres entre deux baisers "Mords-moi, mords-moi encore..".Il effleura ses lèvres tout en goûtant à l'odeur exquise de sa peau, sentant ses lèvres se tordrent en un sourire maladroit, tiraillé entre la joie qu'il éprouvait en cet instant avec elle et la douleur, bien qu'enfouie profondemment resurgissait toujours, mêlée à un certain soulagement inexpliqué; douleur de devoir la quitter bientôt, sentir sa peau contre lui pour la dernière fois, douleur de savoir qu'il ne pourrait jamais lui offrir ce qu'elle désirait vraiment et qui lui faisait tant de mal, douleur de lui arracher ce qui la faisait vivre, lui voler son petit souffle si précieux, douleur égoïste, douleur de la perdre, douleur de la voir s'éloigner, s'échappait comme il s'échappait d'elle..Pourtant il ressentait cet étrange soulagement qu'il ne pouvait s'expliquer vraiment.. Haletant, vidé de son souffle, il chuchotta, éperdu, le regard grave quant aux 'morsures' qu'il lui infligeait :

    - Elles auront raison de toi...

    Il déposa un baiser rapide, à la volée, sur ses lèvres avant de murmurer, encore plus bas, laissant l'extrêmité de ses doigts tièdes effleurer ses poignets et son avant bras où -sans même regarder- il sentait quelques fines boursouflures causées par les piqures meurtrières..
    Son sourire maladroit mourut sur ces six mots.


    -..Si ce n'est déjà le cas...


    Son souffle régulier et tiède était pourtant si attirant..Il le huma avec délice et l'embrassa encore. Ses doigts fins vinrent prendre le visage de Sharwyn, effleurer ses joues où coulaient des larmes dont le goût salé atteignait la bouche de Tony, à la comissure des lèvres. Doucement, il se détacha d'elle, essuyant doucement les larmes de sa belle avec l'extrêmité de ses doigts. Ses yeux verts restèrent plongés dans ceux de Sharwyn avant qu'ils ne glissent à nouveau vers ses bras d'une blancheur extrême, si l'on omet les petites tâches brunes, violettes et bleues qui s'étalaient sous sa peau quasi-translucide, laissant paraître les os saillants de son poignet. La brusque réalité revint vite à ses yeux, de même qu'il sentait contre lui le corps fragile et affaiblit de Sharwyn. Il releva les yeux dans ceux de la jeune femme et la regarda longuemment, gardant les lèvres scellées jusqu'à ce qu'un soupir affaisse ses épaules et qui l'attire contre lui, enserrant son mince corps avec ses bras dorés. Sous ses mains relativement puissantes, il sentait les côtes de la jeune femme sous le tissu rouge de sa fine robe. Comment avait-elle pû arriver à ce stade-là ? Pourquoi avait-elle fait cela ? Pourquoi ? Pourquoi se tuait-elle pour lui ? Il était écoeuré, dégoûté, frémissant contre lui-même, mais révolté par son attitude.. Elle n'avait pas le droit de se faire ça, pas le droit de se laisser mourir pour lui.. Sa Vie était trop précieuse à elle... Il se savait pourtant si responsable de son état. Elle n'avait évidemment pas fait cela en vain, et ses idées macabres étaient loin de quitter sa tête même s'il la quittait. Ce serait à la fois favorable mais aussi redoutable pour elle. S'il restait, ce serait tout aussi dur puisqu'elle manquerait toujours de ce qu'ele voulait puisque ce troisième être, fantomatique, serait toujours entre eux...

    Ils avaient changé. Ils ne pouvaient se retrouver vraiment. Mieux vaalit qu'ils ne cherchent pas...

    Une voix grave émana de sa poitrinne tandis qu'il reculait pour être face à elle et la fixer de son regard pénétrant, une voix qui se fit parfois dure mais surtout suppliante, aimante tout comme ses grands yeux gris-verts :


    - Ton désir ne m’est pas inconnu. C’est mon cœur tout entier que tu voudrais. Mais jamais tu ne l’auras et tu le sais pertinemment. Même si je le souhaitais de toute mon âme, cela me resterai interdit, une part de mon cœur te restera étrangère. Tu ne l’ignores pas…Et tu veux la combler par ce poison qui te dévore peu à peu .. ??

    Son regard brûlant se posa avec dégoût sur les marques laissées par la terrible morphine, tueuse.. La plus redoutable. Sa voix était retentissante, elle ferait sûrement du mal à Sharwyn, mais il se devait de lui parler ainsi. Elle n'avait pas le droit de faire cela. Elle n'avait pas le droit de laisser à la Morphine le soin de décider de son destin. Son ton se fit suppliant, ardent :

    - Arrête, arrête s’il te plaît… Je te mordrai autant de fois s’il le faut pour aspirer ce poison de tes veines, mais arrête cela. S'il te plaît..S'il te plaît...

    Sa voix s'enroua sur ces derniers mots, il dégluttit pour empêcher les larmes de venir brouiller son regard. Il devait pouvoir la voir distinctement, voir son beau visage avec le plus de clarté possible pour maintenir en mémoire chacun des traits de son visage pour les redessiner mentalement, toujours.. Un visage qui ne serait plus marqué par la souffrance ou par les effets d'un poison destructeur..





_________________
    «Love is our resistance. They'll keep us apart and they wont stop breaking us down. Hold me. If we live a life in fear, I'll wait a thousand years just to see you smile again. »
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Sharwyn Vathanen
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PRENOM*: Sharwyn
AGE*: 19 Ans
NATIONALITE*: Bosniaque

MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Sam 17 Jan - 5:04

  • Elle même fut choquée par la propre portée de ses paroles. Elle se ré entendait prononcer ces mots qui ne semblaient pas avoir de sens. Ses joues s'empourprèrent sous l'effet de la bouffée de chaleur qui émana sur son visage avec rapidité. Elle voulut détourner son regard, fixer le sol, mais une force incroyable la fit plonger dans le regard de Tony. Elle se mordit les lèvres, interdite, regrettant déjà amèrement ses paroles. Le sourire, plus un rictus, d'ailleurs, réussit à la rassurer amplement. La réponse qu'il lui donna, entre deux halètements, comme susurrée dans un ultime souffle, lui tordit le ventre de cette sensation violente qu'elle avait ressenti au moment où sa langue avait rejoint celle de l'homme. Quelque chose de brûlant, un brasier tumultueux et dévastateur qui ne cessait de prendre de l'ampleur en elle, dominant pensées et actes. Elle laissait le désir l'envahir sans peur, trop confiante envers Tony pour se retenir. Lui aussi laissait aller son cœur, et ce n'était pas pour déplaire à l'éperdument amoureuse Sharwyn. Ses lèvres tressaillirent à peine quand elle murmura presque inaudiblement quelques mots.

    "Qu'importe .. J'ai toujours rêvé d'expier entre tes bras .."

    Son sourire s'élargit, rayonnant, puis s'effaça aussi brusquement, alors qu'elle pinçait les lèvres et baissait les yeux, tordant ses doigts dans un geste nerveux. Elle entrait maintenant dans la confidence.

    "Ça faisait longtemps que j'y songeais .. Dans mes rêves les plus fous .. Mais jamais je n'aurais imaginé que .. Ça se produirait réellement .."

    Elle put gouter encore une seconde brève aux lèvres divines de son Apollon, alors que ce dernier lui volait un tendre baiser. Son cou resta tendu dans sa direction, comme toujours affamée, pas assez rassasiée du contact brûlant de leurs lèvres et de leurs langues qui s'entremêlaient. Une seconde, c'était trop court. En silence, du regard, ses prunelles ayant prit une curieuse teinte d'un rose presque trop vif et profond, elle implorait, quémandait des baisers dont elle raffolait déjà. Peut être avait elle trouvé là une nouvelle dépendance pour se substituer à l'ancienne. Probable. Mais cette drogue là était encore plus dangereuse. Elle était imprévisible. On pouvait en manquer même si on était riche à millions. Il ne suffisait pas d'avoir de l'argent pour obtenir cette drogue là. La moindre parole de travers, et Sharwyn savait que sa dose d'héroïne disparaîtrait. Elle se mordit les lèvres, son souffle court envahissant le visage de Tony, sa nuque tendue à l'extrême dans un élan désespéré pour qu'il l'embrasse de nouveau.

    Les mains posées avec passion sur la courbe de ses reins, passèrent furtivement vers l'avant, et se stoppèrent net au niveau de ses avant bras. Elle tressaillit, et sentit les doigts effleurer ses cicatrices infimes et minimes, mais innombrables. Il termina sa phrase, qu'il avait laissé en suspens pendant qu'elle avait répondu. Son sourire mourut en même temps que celui de l'homme en face d'elle, et lentement, elle dégagea ses bras des doigts chauds de l'homme, passant une main paume à plat sur les pectoraux de Tony, l'autre allant se balader sur le visage de ce dernier. Elle plongea dans son regard avec une intensité à couper le souffle, et lentement, inspirant profondément, elle se gorgea d'amour, et sa voix fut une mélopée murmurée pour la seule personne apte à écouter ses paroles.


    "Ne sois pas triste .. Ce ne sont que les marques de mon amour caché depuis trop longtemps .."

    Elle se sentit rougir derechef à ces paroles. Comment pouvait elle dire cela ? Elle ? Sharwyn ? La femme qui ne supportât pas qu'on la touche ? Son cœur vibrait et parlait à sa place. Elle le laissait agir sans crainte. Vouant une confiance totale en son Aimé. Elle sentit le visage approcher du sien, et ferma instantanément les yeux, poussant un doux soupir tant il l'ébranlait par la tendresse de ses gestes. Il l'embrassa de nouveau, avec passion, bien que le premier baiser fut plus fougueux que celui ci. La douceur convenait parfaitement à la belle, qui était sur un petit nuage. Les doigts attendris sur son visage l'achevèrent, et elle sentit ses jambes se dérober sous sa maigre masse. Elle s'enfonça un peu plus contre le corps de Tony, dans un râle de plénitude étouffé. Il essuyait consciencieusement ses larmes, et elle rouvrait les yeux alors qu'il reculait son visage d'Ange. Lorsqu'elle croisa son regard, elle lui prouva par le scintillement qui y restait ancré que les larmes n'étaient absolument pas de tristesse. Du soulagement profond, surtout. Elle s'était libérée d'un lourd poids. Alors, lorsque le regard de son Aimé dévia vers ses bras, et qu'elle sentit son fardeau tomber sur les épaules de ce dernier, son cœur en fut meurtri, son sourire mourut sur ses lèvres, et elle tenta du bout de l'index, de relever le menton de l'homme avec douceur. Rien à faire, il restait les yeux rivés sur elle, sur sa maigreur cadavérique, sur son teint blafard, sur sa peau de porcelaine, sur ses os saillants, sur ses cicatrices violacées. Elle sentit une oppression foudroyante lui vriller le cœur d'une douleur considérable. Il rata un battement, et les lèvres de la belle tressaillirent, sans qu'aucun son ne brise le silence qui les reliait. Elle déglutit, visiblement angoissée par ce regard dépité quand il fixait son corps. Elle se maudissait d'avoir perdu tant de kilos, d'avoir tant fui la lumière du soleil. Elle se maudissait d'avoir plongé dans la drogue pour survivre, pour se forcer à garder les yeux ouverts. La douleur grandissait, et jetait un seau d'eau violent au brasier de son cœur endolori. Elle attendit un signe quelconque, et fut littéralement atterrée de ce qui se produisit. Elle se laissa aller dans les bras de l'homme qui venait de l'attirer contre lui. Le soupir qu'il avait poussé venait le briser la jeune femme en mille morceaux. Elle se voyait déjà liquéfiée et décomposée au sol, et pourtant, son enveloppe charnelle restait là, à choir et tanguer dans les bras chauds et puissants, protecteurs de Tony.

    Les larmes revinrent, brusquement, acides, piquantes, salées, pas douces et de soulagement. Non, ces larmes là n'étaient que douleur et honte. Elle se mordit violemment les lèvres en enfouissant son visage contre l'épaule de l'homme, s'empêchant de sangloter alors que sa poitrine se soulevait déjà dans un haut le cœur de douleur. Comment pouvait il lui faire ça ? L'embrasser ainsi ? Comment osait il ? Caresser sa peau blafarde et essuyer ses larmes qui brillaient sur ses cernes creusées ? Blasphème atroce et suprême. L'homme était un impie. La femme en souffrait affreusement, acculée, le cœur et les poumons soulevées dans un sanglot qui restait coincé dans sa gorge. Il allait parler, elle l'avait senti, et instinctivement, elle avait baissé la tête, laissant sa chevelure épaisse et ambrée cacher son visage ravagé de douleur et de larmes amères. Il parla avec beaucoup de douceur dans la voix. Pourtant ses mots firent l'effet d'une épée de Damoclès sur Sharwyn. Il venait de faire tomber la Lame du Destin sur elle. Il venait de la tuer.

    Elle éclata en sanglots. Ses mains allèrent brusquement cacher son visage, alors qu'elle ne retenait plus les soubresauts qui agitaient son petit corps faible et tremblant. Ses gémissement appuyaient sa douleur profonde, ancrant profondément dans l'air cette Ode à la Vie qu'on lui arrachait des entrailles. Ses tripes se tordirent, comme affligées d'êtres refroidies ainsi par un sentiment de tristesse envahissant l'être tout entier de Sharwyn. Plus rien ne la retenait à Tony, ses mains calées contre son visage ruisselant de larmes. Aussi vive que le serpent, elle se déroba aux bras de l'homme, et titubant d'un pas en arrière ou deux, elle passa une main dans ses cheveux pour dégager au grand jour la douleur qui vrillait sa face de Louve mourante.

    "J'ai vu, j'ai compris .. Comment as tu pu .. Évidemment que tu ne peux pas m'offrir ton cœur .. Il est déjà scellé pour l'Autre ! Tu ne peux m'offrir que de la pitié .. Celle qui te fait me soutenir pour ne pas que je sombre .. J'ai vu ton regard, je sais maintenant .. J'veux pas de ta pitié. Je préfère encore te perdre à jamais en gardant une image de toi aimante plutôt que subir chaque jour ta compassion devant mon corps et mes cicatrices. Vas t'en .. Je me mentais .. Je voulais croire que peut être, tu pourrais .."

    Me rendre heureuse. Me faire sourire de nouveau. M'ôter ce poids des épaules. Me faire oublier les traces qui trônent sur mes bras. M'aider à me substituer au constituant divin que réclament me veines. Ou encore .. M'aimer.
    Les mots restèrent coincés dans sa gorge. D'autres, acerbes, faibles mais colériques, devancèrent ceux là

    "Vas t'en ! Jamais j'accepterais que tu restes parce que tu te sens coupable de ce qui m'est arrivé !"

    Elle tituba encore, son talon heurta une marche, et elle se laissa tomber sur les dalles sans broncher. Elle aurait certainement des bleus aux jambes et aux bras. Elle sentait sous son jupon, le sang qui coulait d'un filin minuscule, le long de sa cuisse. Haletante, le regard d'une louve terrifiée par la douleur nouvelle, tremblant de tous ses membres, elle ne sentait même plus les larmes si affluentes qu'elles piquaient ses yeux. Ses sanglots déchiraient l'air avec violence, alors qu'elle gémissait dans un râle de souffrance profonde

    "J'aurai tout donné pour que tu m'aies volé cet instant par .. Amour."

    Le mot mourut dans sa gorge. Elle sentit le besoin de fuir ce monde ahurissant pour retrouver très vite le paradis cotonneux et doux, immaculé, de sa Morphine. Fébrile, elle se gratta les bras, ses veines s'enflammant à la demande de la drogue si douce qui lui ferait oublier cet enfer qu'elle vivait. Son regard était d'un bleu glacial, presque blanc et fantomatique, terrifiant. Elle voulait de la Morphine, dans l'instant. Elle se savait trop lâche pour se tuer directement. Mais elle rêvait d'overdose. Pour la première fois, ça ne lui aurait pas déplu de mourir tout simplement, et donc ne plus retoucher à la drogue. Pas là. Les circonstances étaient telles qu'elle espérait même que ça se produise tout à l'heure. Quand elle aurait fui. A toute vitesse. Qu'elle serait seule dans son squat. Elle volerait la 'Phine de son colocataire. Il pourrait rien faire de toute façon. Elle en mourrait. Ses pensées étaient obnubilées par son envie d'en finir, trop aveuglée par la douleur pour penser une seule seconde qu'elle faisait erreur. Il s'était mit à parler, avec douceur, un râle dans la gorge, celui d'un sanglot qui demande à sortir. Elle leva sur lui son visage ravagé, et croisa celui, brouillé de larmes, de Tony. Ses doigts fébriles lâchèrent ses avant bras qui la consumaient, pour aller agripper sa chevelure avec vivacité. Elle devenait folle. Il ne disait pas vraiment cela, hein ..

    "Pourquoi arrêter puisque c'est tout ce qu'il me reste .. Je n'ai rien d'autre .. On ne veut m'offrir rien d'autre .."

    Ses mains tombèrent jusqu'à son ventre, elle croisa à demi les bras, enfonçant ses ongles dans ses hanches sans sentir la douleur, se forçant ainsi à ne pas poser sur l'homme en face d'elle un regard accusateur. Il avait ses raisons pour ne pas pouvoir l'aimer comme il se devait. Même si cela la tuerait, elle devait respecter son choix. Jusqu'à son dernier souffle. Qui ne tarderait apparemment pas.

    Une supplication étouffée s'échappa de sa gorge. D'abord inaudible, puis répétée, gémissante, douloureuse, alors que son regard déversait des larmes intarissables. Un espoir infime, une lueur dans le regard. Elle se battait contre la mort. Et deux mots allèrent résonner en écho en s'ancrant profondément dans le silence pesant qui les habitait. Elle espérait le faire réagir. L'empêcher d'être impassible. Les mots furent suppliés avec tristesse mais douceur. Elle qui ne pouvait ni ne voulait se passer de lui. Elle qui ne souhaitait qu'une chose. Une seule.


    "Aime moi."

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Crawling to pain
I know you're Broken.



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Tony A. Caulfield
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MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Ven 13 Fév - 0:17




    L'extrémité de ses doigts caressaient le velours qui ombrait la peau blême, autrefois parfaite et pure de ses bras. Il sentait le marbre poli et glacé de ses avant-bras sous sa paume et les irrégularités qui perlaient à la surface de sa peau. Le poison qui avait créé d'infimes petites cyphoses, telles de petites écailles émeraude et violettes à la surface de sa peau, dévorant la beauté de cet être et ce qu'il aimait en elle. Ses lèvres se scellèrent tandis qu'il inspirait par le nez une longue goulée d'air pour empêcher les larmes de perler sur ses joues. Il voulait retenir contre lui cette femme qu'il aimait, si fragile, sentir les battements affolés de son petit cœur battre contre sa poitrine, effleurer de ses lèvres le bout de son nez... Il ne désirait que cela et sentait à ses pensées son cœur empli d'une ardeur nouvelle et d'un amour débordant pour sa douce. Mais il savait que chaque seconde était compté, qu'il humait son odeur délicieuse pour l'une des dernières fois, que son corps moulé contre le sien serait bientôt emporté dans le vent et leur amour, aussi fort soit-il, n'était pas de ce monde. Il était de leur Monde à eux.. Il n'avait rien de rationnel, de raisonnable, de mesuré... Il était incommensurable et donc dangereux. L'Amour que portait Tony à Sharwyn n'avait de place que dans le Monde de Pierrot et Colombine. Mais dans leurs épreuves, leur éloignement, leurs passions et leurs chutes ils avaient peu à peu effacé. Leurs pas avaient sali leur Monde Merveilleux de leurs Rêves. La réalité était apparue à leurs yeux et ils s'y étaient conformés, chacun avait tenté d'être raisonnable, de prendre les bons choix et leur idées utopiques n'étaient que poussière. Leur Amour ne pouvait perdurer dans ce Monde-là... Tony lui-même ne le désirait pas. Il savait ce qu'avait engendré cet amour: la faille profonde entre deux êtres qui en cesser de s'agrandir douloureusement, les cyphoses qui marquaient les veines de son aimée, la disparition de leurs rêves de gamins et les cauchemars qui les hantaient tous deux. Cet Amour avait-il quelque chose de positif en ce Monde ? Qui aimait-il vraiment ? Qui aimaient-ils vraiment ? Ils seraient poursuivis et hantés toujours par leurs fantômes... Il ne voulait pas la condamner. Il ne voulait pas la voir dépérir à l'instant où il s'éloignerait d'elle.
    Quel atroce déchirement en son cœur quand à la décision à prendre lorsque deux sentiments ardents brûlaient en son cœur !

    "Sharwyn, guide-moi, maintenant. Je suivrais l'ordre que tu m'intimera, quel qu'il soit. Je m'en remet à tes mains... Un seul mot, un seul geste. Ta décision sera mienne."

    Brutalement, le marbre velouté de sa peau se mua en une violente brûlure contre sa paume. Il la sentit couler entre ses doigts, s'échapper de son étreinte et s'effondrer en sanglots devant lui. Première gifle. Il se précipita vers elle, sentent un frisson d'effroi courir le long de son échine. En un instant il fut à genoux face à elle, sur les dalles froides du parvis. Ses mains fébriles parcoururent avec affolement son doux visage, sa nuque, s'enroulant dans les fines boucles blondes qui frisaient à ses tempes, la courbe de sa mâchoire, la commissure de ses lèvres. Il l'écoutait, haletant, sourcils arqués, bouche entrouverte, se sentant expirer peu à peu. Luttant contre son désir de l'embrasser pour voler ses paroles destructrices mais hélas véridiques. Il ne put résister à cette première gifle, atteint en plein coeur. La seconde, plus violente, plus acide le frappa en plein coeur encore mais d'une autre force, le déstabilisant totalement. "Va-t-'en". Deux gifles. L'une après l'autre. Sur chaque joue.
    Son visage se ferma, son expression se glaça et il se releva, très lentement, comme un automate, ses yeux verts profondément ancrés dans ceux de Sharwyn. La réalité. La voici. Tu l'a méritée. Elle te l'a dit. Tel est son jugement, son choix. N'est-ce pas celui que tu désirais au fond de toi-même ? C'est plus simple après tout... Et surtout, c'était tristement vrai. Il le voulait car c'était le choix le plus douloureux mais le plus sensé également.

    Brusquement, il sembla se glisser entre eux un mur de glace, imbrisable. Tony reculait à pas lents d'elle, lèvres fermées, le regard sombre, indéchiffrable. Il déglutit et hocha la tête lentement, disant dans un souffle rauque, à peine perceptible :

    " Tu as raison... C'est le meilleur choix.. ".
    Il se sentit fondre, les sanglots nouant sa gorge. Il s'essuya brièvement le visage avec l'envers de ses paumes. Doucement il reculait, sans la quitter du regard, voyant s'élever ce mur de glace distinctement. Peut-être était-ce une hallucination ? Il la voyait s'effacer au fur et à mesure que son coeur se resserrait. Ses paroles avaient été fort pénibles mais elle avait dit la vérité, il ne pouvait à peine la contredire, sauf sur le point le plus important : "Tu m'aimes par pitié". Certes, le jeune homme était un lâche aux aspects parfois monstrueux, mais jamais il n'aurait pu agir ainsi envers elle. Ces sentiments-là ne se maîtrisaient pas. C'est d'ailleurs ce qui l'avait conduit à la situation actuelle et à son éternel déchirement. En vérité, il était incapable de faire ses choix et la 'gifle' qu'elle lui asséna était de mise. Mieux valait en finir ainsi, ne pas gâcher les derniers instants en paroles superflues ou blessantes. Ne accentuer l'écart entre eux, leur éloignement qui s'était mué en cette terrible faille. Il la perdait..maintenant, il réalisait qu'il l'avait perdue. Leur amour perdurerait, dans cet autre Monde, mais il l'avait perdue. Tony avait provoqué cela en quelque sorte et, inconsciemment, s'était éloigné d'elle, faisant ses choix. Celui-ci était irrémédiable, ce serait l'aboutissement inévitable, qu'on le repousse ou non...

    Avec une lenteur délibérée, il tourna les talons, enfonçant ses mains dans ses poches et ferma les yeux pour s'empêcher de laregarder une longue et dernière fois. Pour s'empêcher de revenir sur sa décision, s'empêcher de craquer. Mais il entendit sa voix délicate et frêle, à elle, retentir dans son dos "Aime-moi". Il frémit, sentant son choix faillir. Il tourna à demi son visage vers elle et la regarda de ce regard intense et brillant de larmes, un regard terriblement aimant, tendre... Un regard qui ne lui appartenait pas plus à lui qu'à elle... Le seul regard qu'il était capable de lui offrir, lui qui ne pouvait prononcer aucune parole sauf un " Je t'Aime" qui se peignit sur son mince sourire qui effleura un instant ses lèvres charnues. I ferma les yeux et huma l'air, crispant ses poings pour se rendre sourd aux paroles qu'il allait prononcer :



    - Mais je ne peux t'offrir cet Amour dont tu Rêves. Je refuse Sharwyn. Je refuse. . . Ma Place n'est pas ici à te regarder mourir. Tu avais terriblement raison...


    Il recula de quelques pas, les yeux toujours fermés :

    - Mieux vaut que tu gardes l'image de cet homme monstrueux qui t'abandonne car tu ne le regreteras point, il ne te méritait pas.

    Il se mordit la lèvre pour étouffer les paroles atroces qu'il avait dites et pourtant véridique. Sa Place n'était plus ici, leurs Mondes évoluaient différement, il ne retrouvait plus la Sharwyn qui avait expiré en ses bras sur le Pont Alexandre III. Il avait esayé, mais son corps s'échappait de ses mains.. Il se savait amoureux mais il ne voulait pas comme elle, d'un amour envenimé par unpoison qui guettait sa douce pour l'emporter dans les ténèbres, il ne voulait pas de cet amour périlleux où elle risquait d'être dévorée par les prédateurs dès qu'il s'éloignerait ou ferait un faux pas.. Leurs coeurs ainsi ne s'accordaient plus. Tony ne parvenait plus à retrouver sa Colombine maintenant que Pierro avait rejoint la lune pour laisser place à Tony Alexandre, être médiocre et désabusé... Leurs routes semblaient s'éloigner mais à jamais resteraient enlacées, car il était prêt à tout pour elle en dépit de ce qu'il avait pu proférer. Il entrouvrit doucement les yeux, tentant de se rattacher au regard de Sharwyn, son étrange regard qui semblmait changer de couleur si rapidemment selon ses humeurs.. Le corps maigre de Sharwyn l'avait boulversé mais son regard et sa peau blême l'avaient profondément troublé, elle semblait si changée..si différente.... comme si certains de ses attraits humains, vitaux, avaient disparus... Etait-ce lui, le monstre qui lui avait arraché cette vie ? Donné à ses joues cette pâleur ? Tony chassa ces pensées et se tourna vers elle, murmurant à demi-mots, son regard vert émeraude mêlé au sien :

    [i]" ..Mais mon existence sera à jamais liée à la tienne. Je ne vivrais que si tu vis... "





( Désolée de ce post archi-nul, pas d'inspi. )

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Sharwyn Vathanen
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MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Dim 5 Avr - 20:52

[ A écouter en même temps : http://www.deezer.com/track/1335807 ]


  • D'impassible il était passé à distant. Sa froideur toucha la belle déjà glacée tout entière, en plein cœur. Clignant des yeux lentement, elle laissa les larmes rouler en masse sur ses pommettes creusées par la fatigue et la tristesse accumulées au cours des derniers mois. Elle entendait chacun des pas de son Ange, comme on écouterait son cœur battre, et défaillir petit à petit, alors que notre âme erre entre vie et mort sur son dernier lit avant l'au delà. Son être tout entier hurlait en chœur, ne pars pas, ne pars pas ! Mais rien à faire, la jeune femme restait prostrée sur les marches, à regarder les petits bleus formés sur ses avants bras et sur ses genoux lors de sa chute récente. Pas un regard jeté vers lui, elle feignait l'impassibilité elle même, peu consciente qu'il allait sans doute ne jamais revenir. Elle ne le reverrait jamais .. Et tout ce qu'elle trouvait à faire, c'était fuir cette image de l'homme qu'elle désirait. Cette créature aux milles défauts qui illuminaient sa personne d'une différence par rapport aux autres. Qui sublimait sa personnalité aux attraits déjà parfaits.

    Les mots vinrent d'eux mêmes, deux mots prononcés comme une évidence en ce jour si sombre. Sharwyn ne sentait même pas le froid tirailler sa peau glacée. La chair de poule sur sa peau ? Une formalité. Son regard se leva lentement vers lui, elle chercha timidement à croiser son regard. Elle rencontra celui qu'elle avait toujours rêvé de voir un jour dans l'œil d'un homme qu'elle souhaiterait garder sa vie entière auprès d'elle. Même si dans ce brasier de sentiments subsistait une part d'ombre et de déchirure, une part de froideur et de distance gardée ..

    Elle reçut les trois mots susurrés en plein cœur, et instinctivement, elle inspira une grande goulée d'air, qui embrasa ses poumons du froid mordant qui les entourait. L'expiration tira entre les deux êtres un voile fin de brume, buée qui s'insinua entre leurs regards le temps d'une seconde à peine avant de disparaître.

    Puis un flot de paroles, pire que toutes les insanités qu'il eut pu proférer dans sa vie. Des dards empoisonnés qui se fichèrent dans le corps frêle de la petite comme s'ils étaient faits de métal, et comme si le corps de la belle était un aimant. Un aimant à merdes et conneries en tout genre, apparemment.

    Sharwyn releva sur la silhouette dos à elle, un regard empli de haine et de rage. Elle userait ses dernières forces à le frapper plutôt qu'à supplier. Il osait lui faire le coup du "je ne te mérite pas" ? C'était pathétique. A s'en faire vomir. Pour ça, faudrait d'jà avoir quelque chose dans le ventre. Et pour l'instant, Sharwyn était vide, rien dans son estomac, rien dans sa tête, juste une haine naissant dans son cœur, et l'envie de remplir ses veines de cette adrénaline qui la faisait fuir de ce cauchemar incessant qu'était la vie. Une dose. Il lui en fallait une, maintenant.

    Replonger .. Ou garder la tête hors de l'eau. Choix difficile et incertain. La belle y resongerait plus tard. Pour le moment, l'heure était à la violence du désespoir. Elle voulait le frapper pour ce qu'il venait de dire. Il n'avait pas le droit .. De proférer la même chose qu'aux autres écervelées qu'il avait dû manipuler dans sa vie pour s'amuser. Le cerveau de Sharwyn carburait d'idées plus insensées les unes que les autres. Un grognement dans son âme, qui se mua en gémissement plaintif dans ce jour brumeux d'hiver, et lentement, les dernières forces utilisées pour se redresser sur des jambes monstrueusement longues et maigres. Blanches et lisses. Raides. Des muscles presque inexistants à présent.

    Où était passée la jolie Sharwyn ? Celle qui riait, souriait ? Celle qui griffait, grognait, se débattait comme une furie ? Ou était la Sharwyn dont la chevelure était une crinière de feu autour d'un visage embrasé d'une envie de vivre à toute épreuve ?

    Il avait tué cette femme là. Comment osait il partir ainsi ? Sans même tenter de la redresser un peu avant de repartir définitivement ? Pourquoi la pousser par terre violemment alors qu'elle avait mit si longtemps à se remettre sur pieds ..

    Travail sur soi long et pénible de trois mois. Annihilé en quelques secondes, quelques minutes tout au plus. Le monstre. Il était atroce. Sharwyn était furieuse. Furieuse contre elle même. Car rien d'autre en son âme ne venait, que l'amour indécent qui régnait pour lui. Ce n'était pas réciproque cependant. Alors, elle devait le laisser s'en aller ..

    Il fit quelques pas hésitants pour s'éloigner encore un peu plus d'elle, avant de tenter de rattraper son idiotie dite plus tôt. Elle eut un sourire triste, jaune, presque une grimace. Quel con. Mais qu'est ce qu'elle pouvait l'aimer. Masochiste ? Non, juste conciliante à un point inimaginable. Y'avait il des limites à cela ? Cherchez des limites à l'amour, et vous comprendrez que non.

    L'amour pousse à faire bien des folies. Mais rend il les gens plus puissants que les autres, ceux qui se substituent à l'amour ? C'est une question que se posa Sharwyn une minute plus tard. Mais revenons en à la scène qui se déroulait là, maintenant ..

    La femme sentit son regard se brouiller, elle sentit ses iris la piquer, devenir d'un rouge vif et piquant, translucide, profondes. Avalant avec peine sa salive, elle eut juste le temps de murmurer, une énième larme glissant sur sa joue blême.


    "Alors meurs."

    Car oui, elle aussi savait sa mort proche. Elle savait aussi leur amour impossible ici. Alors pourquoi ne pas abréger ses souffrances maintenant ? Elle avait la certitude qu'il la rejoindrait là bas un jour ou l'autre. Et là bas ils pourraient vivre ce qu'il avait été impossible ici bas. Alors, pourquoi attendre plus longtemps ? Sharwyn baissa les yeux sur sa robe de soie, si fine, qui ornait son corps maigre d'un blanc encore plus prononcé que celui de sa peau blafarde. Elle voulut mourir dans l'instant. Elle voulut qu'il meurt lui aussi. Que tous deux se retrouvent ailleurs, pour pouvoir tout recommencer à zéro. Sans aucune bavure.

    Un sifflement lui perça les tympans. La belle n'eut que le temps de lever brusquement la tête, avant d'entendre les gens hurler et courir, pour fuir un danger dont ils ne connaissaient même pas la provenance. Bizarrement, lorsqu'elle entendit le tintement du métal qui roule dans son dos, elle sourit. Le tireur était derrière elle. Et le coup de feu lui était destiné.

    Un Don Du Ciel.

    Le visage baigné de larmes, un sourire béat au visage, telle une gamine devant un étal de confiseries, voila la petite Sharwyn qui se met face à son meurtrier. Elle lève les yeux vers la fenêtre d'où ce dernier est juché. Il écarquille les yeux à travers sa cagoule, surpris sans doute, mais bientôt l'appât de sa paie qui l'attend se fait plus pertinent que les envies idiotes de suicide de son gibier. Il remet la femme en joue, fermant un œil, la visant en plein cœur. Quant à elle, elle se contente de lever les bras en croix, tendant ses poumons et sa gorge sèche à celui qui cherche à lui ôter la vie.

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MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Lun 27 Avr - 18:34

«Marcher ensemble, Rêver ensemble, Tomber ensemble, Mourir ensemble, C’est parfait. »




    L’osmose qui les unissait, mêlait leur sang et confondait leurs chairs était comparable à un anneau de cristal. On ne pouvait détruire ces anneaux enchevêtrés, ces alliance à jamais liés ou il eût fallut détruire les amants, les époux, pour en récupérer le précieux anneau. Mais on ne pouvait prendre cet anneau, cet amour scellé au corps des deux êtres qui ne formaient qu’une entité. Un anneau d’or perdurait sans jamais s’oxyder, sans jamais se déformer, le temps n’avait pas cet effet annihilant sur lui, il ne connaissait pas la fragilité ; l’anneau en cristal résistait au temps et aux intempéries, il était précieux mais fragile, on pouvait le briser et, à l’instar de l’alliance d’or, s’il se brisait, c’est l’être tout entier qu’il brisait, donc les deux époux qui ne formaient qu’une entité, ils vivaient en un. La mort d’un entraînait la mort de l’autre, indéniablement, ils se brisaient lentement, avec une étrange douceur puis expiraient, sans jamais s’être oxydés. Mais que se passait-il si c’était l’un des époux qui brisait cette alliance de cristal ? Que se passait-il s’ils étaient tous deux coupables de leur débâcle ?

    Qui mourrait le premier ?



    Elle, sa fragile aimée, recroquevillée sur elle-même ployant sous la douleur de l’alliance qu’elle venait de briser par un mot fatal ? Elle dont le violet des iris s’était fondu en vermillon pour n’exprimer que cette grande douleur, cet appel à la mort et cet amour puissant ? Elle qui exigeait son bien, son extrême nécessité, ce réel besoin, elle qui l’exigeait, lui ? L’amour ainsi les conduisait à la mort, pouvait-ce être également la mort qui les conduirai à l’amour véritable, éternelle, d’où sa douloureuse sentence ?

    Lui, qui expirait dévoré par le feu brûlant ses poumons et s’insinuant dans sa gorge ? Lui qui avait voulu reprendre son anneau, enchevêtré dans le sien, sans comprendre qu’en voulant cela, il briserait l’autre assurément ? Lui qui avait jeté la première pierre ? Lui, le condamné à mort ?

    Et revenait la pérenne question : Que voient les morts des vivants ? Que verraient-ils l’un de l’autre ? Pourrait-il être son guide, son ange gardien sans cesse à ses côtés, pourrait-il être l’ange qu’il avait toujours rêvé d’être ? Pourrait-il lui donner une part de cet infini bonheur qui emplit le paradis ? Et elle, d’en haut, elle verrait derrière la surface polie et vernie de son visage les pensées tumultueuses et névrosées qui secouaient le bel enfant, elle verrait à quel point il l’aimait, elle verrait qu’il l’avait toujours aimé ; il serait trahi, mais ce serait une belle trahison.

    Elle était coupable, elle les avait entraînés dans leur chute. Il était coupable, il les avait entraînés dans leur chute. L’anneau, ils l’avaient brisé tous les deux, seulement, il fallait en retrouver les morceaux pour qu’il ne fasse qu’un dans cet au-delà. Mais il lui semblait tout à coup que certains morceaux étaient perdus à jamais, ou volés pour toujours, ainsi la voix des cieux semblait fermer ses portes à Colombine et Pierrot et leur amour condamné. Pour gagner cet au-delà rêvé, ils devaient retrouver chacun des morceaux pour les sceller à nouveau, créer de nouveaux, plus beaux, pour remplacer ceux qui avaient été volés : le travail de toute une vie, l’essence même de leurs vies. La mort ne voudrait pas d’eux tant que leurs alliances ne seraient reconstituées, scellées et soudées, lorsque le cristal serait devenu or.



    Le bruit fût affreux, pétrifiant le jeune homme. Un long sifflement qui déchire l’air avant d’exploser en touchant terre, tel un obus. C’est le coin d’un parapet de pierre, à quelques mètres d’eux qui se brisa en l’occurrence, avec fracas. Les yeux emplis d’effroi, Tony regardait les gens qui couraient en tout sens, paniqués, cherchant à se mettre à l’abri à tout prix. Un dingue, un tueur en série, qui était assez fou et déséquilibré pour tirer sur la place de l’Hôtel de Ville à midi, un jour ensoleillé ? Qui, sinon un terrible traqueur qui cherche sa proie et tire dans un but précis, où était la proie ? Tony roula des yeux fous, sentant son cœur s’affoler, il lui semblait que le temps s’éternisait, en réalité, seulement quelques secondes, assez pour secouer le jeune homme de tremblements convulsifs. Sharwyn. Instantanément son regard se posa sur son aimée et il crut voir une vision d’horreur : l’enfant souriant, les bras en croix, prête à accueillir la balle en plein cœur, les yeux levés vers le démon, un être encagoulé, épaulant son fusil, à une fenêtre, plein sud. Il allait lui prendre Sharwyn, tuer sa moitié. La peur céda soudain place à la rage, il bondit devant la jeune femme, tremblant de colère et d’angoisse : jamais il ne laisserait le monstre la lui prendre, peut-être était-il un agneau face au lion qui pointait son arme, mais ce ne serait pas la loi du plus fort : qu’il l’abatte s’il le faut, il ne lui laisserait pas sa belle.


    Tony fit dos à la fenêtre et attrapa les poignets de Sharwyn sans lui laisser le temps de réagir, il les maintint fermement, peut-être un peu trop fort même, mais il ne la laisserai pas glisser car c’est le gouffre qui l’attendait. Placé derrière elle, sa main gauche se referma sur les poignets squelettiques de la jeune femme, il lui couvrit la bouche de la droite et la garda contre lui, l’empêchant de bouger –il savait qu’elle cherchait la mort, elle ne croyait qu’en cet ultime but, qu’importe s’il n’était pas encore son ange gardien au sens divin, il remplirait sa mission sur terre. Il courut le plus vite qu’il pu, trois foulées le séparaient de la fontaine derrière laquelle il voulait plonger afin qu’elle fasse obstacle au tireur, ils ne pouvaient aller plus loin. Le temps semblait s’éterniser, il sentait la main tremblante de l’homme sur la gâchette, prêt à tirer ; c’était affreux cette sensation de savoir que l’on peut mourir à tout instant, canardé par un dingue, on disait d’ailleurs que les gens dans leurs cas voyaient le film de leur vie passer sous leurs yeux, Tony ne le vit pas, n’eût pas le temps de le voir. Etait-ce parce-que le temps passait à une vitesse incroyable, trois secondes tout au plus pour rejoindre l’autre point, ou parce qu’il ne devait justement pas mourir ce jour-là ? Il ne restait plus qu’un pas, il la sentait raide, alors il lui dit, la bouche collé à son oreille, sentant les cheveux de sa belle se coller à ses lèvres :


    - Je laisserai pas à ces saloperies de balles le privilège de t’avoir.

    L’instant d’après ils plongeaient derrière la fontaine dans une déflagration tonitruante, le gars venait de tirer à nouveau. Elle était au sol, sur le dos, et lui sur elle, il se laissa rouler sur le côté avec un immense soulagement, ils n’étaient peut-être pas tirés d’affaire, mais ils avaient échappé à la seconde balle, quel ange gardien les avait protégés ? Etait-ce son père, devenu son ange gardien ? Peut-être était-ce le hasard. Il loua les deux. Ses mains se refermèrent à nouveau sur les poignets de Sharwyn, il la prit tout contre lui pour l’empêcher de s’échapper, avec cette grande force mystérieuse qui semblait lui redire les tous premiers mots qu’il lui avait dit lorsqu’il l’avait empêché de se jeter à l’eau, après la tempête : « Je suis là. »Il l’entourait de ses bras et lui dit à l’oreille d’une voix grave et sourde :

    - Mourir est un luxe que nous ne pouvons nous permettre actuellement.

    Il se sentit trembler, la colère mêlée à la terrible angoisse et la grande peur lui rendait les jambes en coton. Il porta ses yeux verts vers la fenêtre entrouverte, d’où il devinait l’assassin planqué, une immense inimité habita son regard brillant, il fixa l’ombre noire de cette fenêtre, ce gouffre et il se jura, tremblant, les muscles tendus à l’extrême, sentant le feu pénétrer dans ses tendons :

    « Je t’abattrai avant que tu n’effleures l’un de ses cheveux ».

    Jamais il n’avait sentit une telle colère ni une telle volonté en lui, ni une telle force aussi. Mais il aurait à la fois tant voulu pleurer, libérer ses angoisses et poser sa tête dans le creux entre le coup et l’épaule de Sharwyn , sur sa fine peau et entendre les battements de son cœur…

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MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Jeu 21 Mai - 12:51

« Parfait ? Nan. C'est trop facile. Beaucoup trop. »



  • Il était doux, de mourir. C'était paisible. On y reposait, sans craintes, sans douleurs. On y stagnait, plus beau que jamais, dans le cœur de ceux qui nous chérissaient. On ne tremblait plus, le froid n'atteignait plus nos os fragiles et nos poignets contusionnés. Devant le tireur en face d'elle, la belle éplorée avait une soudaine pensée pour le Loup. Dallveig. Celui qui était déjà mort. Ses sourcils se froncèrent, elle eut une hésitation. Lui, mort .. Ne semblait pas se reposer. Il n'avait pas trouvé le repos parce qu'Elle n'était plus là. Comment pouvait elle espérer reposer paisiblement avec .. Cette solitude qui l'anéantirait ? S'il ne venait pas la rejoindre ? Et s'ils ne pouvaient faire ce qu'ils voulaient là haut ? Et si elle se retrouvait prise au piège des enfers ? Avec tout ce qu'elle avait vécu, il était probable qu'elle n'aille dans le monde des Merveilles. A quoi bon alors mourir maintenant ? S'attacher la chaine autour de la cheville ? Le doute s'empara de la belle, son regard devint vitreux, elle était déjà ailleurs. Pas de craintes. Non. Elle regrettait déjà son geste, O combien mal pensé. Mais elle savait qu'il était trop tard, déjà, il visait sa poitrine sans vergogne. Elle eut un sourire amer, résignée, lasse de tout. Ses bras retombèrent un peu le long de son corps, mais pas tout à fait.
    Il était temps.

    Une ombre passa furtivement dans son dos. Elle ne se débattit pas. N'osa le regarder lorsqu'il lui fit face avec une rapidité déconcertante. Ne broncha en rien. Même lorsqu'il écrasa ses poignets de ses mains puissantes et brulantes. Pourtant, ça la dévorait, la consumait de douleur. Elle aurait voulu dire "lâche moi", mais ce qui vint ne fut qu'un léger grognement réprobateur. Un instant, elle crût entrevoir un autre visage à la place de celui de son aimé. Celui de son bourreau d'enfance. Son visage se tordit d'effroi, et elle resta tétanisée alors qu'il s'emparait d'elle. Il se saisit d'elle avec la plus grande délicatesse que l'aurait permit l'urgence de la situation. Encore une fois dans ses bras, elle se sentit plus faible que jamais. Il ne lui permit aucune contestation.

    Le temps s'éternisait, s'étirait, infiniment, au gré des envies du tireur qui pouvait leur arracher la vie d'une balle bien placée. Le cran de sureté sauta, la belle eut un arrêt, en plein effroi. La fontaine était loin, trop loin ! Jamais ils ne l'atteindraient vivants ! Fallait qu'il dégage, elle ferait diversion. Quitte à en payer de sa vie. Sa tentative pour se débattre fut brève et si vaine, qu'elle décida de laisser faire Tony. Avant qu'ils ne plongent en avant, elle sentit l'homme, puissant, protecteur, faire barrière de son corps aux balles meurtrières qui pourraient atteindre sa maigre carcasse. Elle le sentit tout contre elle, et un instant il n'y avait plus les balles, le tireur, les cris d'effroi des passants, l'hotel de ville, Paris, la Tour Effel en arrière plan. Il n'y avait qu'eux et ils étaient invincibles. Le sang tourbillonnait en elle, ses tempes battaient, un bourdonnement sourd, celui qui suivait le départ d'une balle dans un coeur, montait à ses oreilles. Elle écarquilla les yeux, et sentit les lèvres du mâle approcher, et se coller avec détermination au creu de son oreille, tout contre sa nuque. Il murmura dans un ahanement de peur, et il sembla à la femme qu'elle renaissait. D'un violent coup de reins ils furent à terre.

    Le coup partit, meurtrier sûrement. Les passants hurlèrent, courant dans tous les sens, alors que les deux êtres étaient immobiles. Le temps semblait toujours aussi long. La femme fixait Tony juché sur elle avec espoir. Pourquoi ? Pourquoi faisait il tout ça ? Pourquoi ne la laissait il pas crever comme la première fois, près du train ? Pourquoi ne la laissait il pas une seconde fois se dépêtrer avec ses vieux démons d'antan ? Pourquoi il était là, sur elle, tout contre elle, à vouloir la protéger de la mort à tout prix alors que mille autres hommes autour d'elle se fichaient éperdument de sa vie et pensait égoïstement et par instinct de survie à la leur ? Elle était atterrée et émerveillée à la fois. Puis elle eut peur qu'il ait prit un coup. Vivement, il roula, se retrouvant à ses cotés, sur le dos également. Le silence autour d'eux. Les passants étaient tous partis. Seuls eux restaient là. Le tireur, eux, la fontaine. Leurs souffles saccadés et leur corps convulsés de terreur. Ils étaient passés si près de la mort, si près ..

    D'instinct elle chercha les doigts de Tony, les entremêla aux siens alors que les larmes coulaient abondamment sur ses joues. Elle revoyait ce jour où il avait eu tant de rage contre elle, elle revoyait ce jour où il l'avait anéantie à peine avait elle posé un pied sur le sol Français. Et maintenant qu'elle voyait toute cette hargne opposée au tireur, pour LA protéger ELLE, cela la terrifiait. Il ne semblait pas faire cela à contrecœur.

    Il fixait d'un air anxieux et coléreux à la fois, la fenêtre d'où le tireur jurait, disparaissant dans la pénombre de la pièce. Dix secondes, éternité volée à leur paradis, apparut alors. Sharwyn reprit son souffle avec lenteur, balayant d'un revers de bras maigre les dernières larmes sur ses joues. Plus le temps de geindre. Chaque seconde leur était comptée. Encore quelques instants elle observa le regard hargneux de Tony, déterminé, et quelque chose se tordit de bien être dans son coeur. Elle était protégée. Elle ne risquait rien tant qu'il était là. Mais s'il lui arrivait malheur ..

    Un bruit violent, strident, les ramenant à la lourde réalité. Sharwyn se redressa tant bien que mal sur son séant, ne pouvant encore se relever, et regarda au loin ce qui se profilait. Ils étaient là. Gyrophares allumés, encerclant le bâtiment. Des Monstres eux aussi. La belle se releva lentement, effrayée par leurs uniformes qu'elle abhorrait, et avec délicatesse elle s'empara du bras de Tony. Ses yeux parlèrent mieux qu'elle n'aurait pu le faire.

    * Viens *

    Il fallait aller dans les faubourgs. Ici, il était trop facile d'être repérés. Fallait se cacher. Ouais. Fallait retourner là où elle avait juré ne plus jamais remettre les pieds. Son Antre Infernale. La belle marchait vite, malgré les tremblements dans ses jambes frêles. Elle devrait tout lui expliquer, elle le savait. Mais il fallait d'abord se mettre à l'abri. Même si l'abri en question était une cachette de fortune ..

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MessageSujet: Re: > Pathétique. /PV Sharwyn/   Mar 9 Juin - 18:59


    Le vent sec et mordant griffait de ses ongles acérés le verre des vitres entrouvertes qui battaient régulièrement contre les battants, battues par l'étrange force de la brise. L'obscurité épaisse, mystérieuse et dangereuse semblait avoir gardé l'empreinte de la figure du monstre brusquement volatilisé. Monstre, il ne l'était pas dans l'apparence mais dans l'âme, une âme déformée, tronquée ou absente : un monstre intérieur, bien pire et plus dangereux. Celui qui avait voulu toucher à sa petite Colombine qu'il retenait contre lui et son coeur emballé, prisonnière de ses bras tremblants et de sa peau frémissante, brûlante. Toute son obstination, sa colère, sa rage semblait perler à la surface de cette peau de velours, rassurante, enivrante, étrange paradoxe.. Mais l'émeraude de ses yeux brillait de larmes, expiration de la peur et de l'angoisse trop longtemps retenues, dans la folie et l'absurdité de l'instant, cette gravité immense qu'il portait en lui, ses pupilles restaient figées, vrillées en direction de cette fameuse fenêtre où se profilait encore la silhouette de l'assassin. Son visage était gravé dans sa mémoire, il en était presque devenu une effigie haïssable que l'on eût moulée dans le cuivre des balles de son arme et chauffée dans le feu des enfers. Tony lui avait fait une terrible promesse à laquelle jamais il ne faillirait : il le retrouverait, quitte à en crever. Qu'importe d'ailleurs la mort, si il s'agissait de la mort par amour, un sacrifice pour sa Colombine, si forte et si fragile. Sa petite aimée aux yeux noirs, brillants dans l'obscurités, intenses, farouches et indestructibles, sa peau blafarde laissant transparaître son poignet délicat, striés de fines veines bleutées et de "morsures", ses lèvres frémissantes, capables de sacraliser les paroles les plus simples, les plus belles comme de proférer les sentences les plus abjectes. C'est elle qu'il aimait, c'est sa petite Sharwyn qu'il désirait, c'est son âme qu'il avait au creux de ses mains, là, dans sa paume tremblante; c'est à elle qu'il avait lié son être, son sang, son souffle, sa bouche, son âme et son coeur. Jamais il ne laisserait quiconque profaner, même par son souffle, le sanctuaire sacré que représentait Sharwyn. Jamais. Voilà pourquoi il s'était juré de trouver cet homme suintant de poison pour planter ses crocs dans sa nuque.



    Quand elle mêla ses doigts glacés aux siens, il sentit comme une déchirure se faire en lui et les larmes couler abondemment sur ses joues. Il sentait son pouls contre sa paume, la vie fragile et splendide qui frémissait en Sharwyn, elle était là, il ne l'avait pas perdu. Il n'eût pas besoin d elui porter un regard pour savoir qu'elle l'aimait aussi.. La bouche humide, les yeux ravagés mais brillants d'une étrange force qui le poussait à se croire invincible, immortel à ses côtés, comme s'ils étaient dans leur éternité, il murmura :


    - Sharwyn, je n'ai jamais cessé de t'aimer, je te le jure...

    On eût pu l'abattre d'une balle dans le dos, qu'importe, il avait dit l'essentiel et cette terrible et magnifique vérité. Et c'est justemment cet amour qui le poussait, qui les poussait à se joindre, vivre l'un dans l'autre et ne jamais délier leurs fins doigts entremêlés qui se serraient si fort l'un et l'autre que leurs phalanges déjà blanchissaient. Qu'ils se fondent l'un dans l'autre, qu'ils deviennent ces alliances de fer et d'or, indestructibles; le cristal bientôt s'enrichirait, se forgerait dans l'or.



    Mais déjà le cri strident des sirènes de police déchiraient l'air; elles n'avaient rien d'apaisant, ni de rassurant, elles semblaient annoncer un mauvais présage : les sifflets, les interrogations et bien pire, la capture de Sharwyn. Les flics étaient tout aussi dangereux que le monstre à l'âme tronquée et leurs griffes semblaient maintenant former un barrage mortel, appât sinistre qu'ils devaient éviter à tout prix. L'éclat bleu et rouge des girophares déjà éclatait dans les iris émeraude du jeune homme. Les yeux de Sharwyn vinrent apaiser cette brûlure, elle l'enjoignait à le suivre, elle les sauverait. Il se laissa emporter, guidé par ses mains aggrippées à son bras. Ils fuyaient. Il ignorait où, mais cela avait quelque chose d'ennivrant et de terrible à la fois. Et tandis qu'il courait, il sentit un frisson glaçé parcourir son échine ; en fuyant ainsi, ils fuyaient leur expiation, l'odeur de poudre et de poison, mais Tony fuyait aussi sa vie passée. Et dans cet instant, il eût la certitude que sa vie ne serait plus comme avant. Paris se brouillait à ses yeux tandis qu'ils galopaient sur les trottoirs, se faufilant entre les passants avec adresse, se frayant un chemin parmi la foule. Les facades se succédaient, les visages n'avaient plus de traits, il n'était question que de fantômes, ombre de sa vie qui se dérobaient rapidemment, trop même. Il avait l'impression que le sol d'argile sur lequel il reposait venait de s'effondrer, le propulsant dans un gouffre immense où il n'avait nul repère. Un gouffre inconnu, incomparable et bien plus dangereux que les autres. Mortel peut-être. Et pourtant, il n'aurait pour ien renoncé à ce gouffre, car Sharwyn était à ses côtés, et elle semblait illuminer dans l'obscurité et consummer le froid pour en faire une tiédeur envelloppante. A vrai dire, c'est leurs deux corps qui formaient ces émanations tièdes et parfaites, si rassurantes qu'elles leur donnaient l'impression d'être invincibles, là, tandis qu'ils fuyaient et que Paris n'était qu'images brouillées. Une descente aux enfers pour deux anges invincibles, aux regards sacrés, capables de gagner le combat.


    Brusquemment, Tony, au détour d'une ruelle, se déroba. Les mains de Sharwyn s'échappèrent de son bras sous l'effet de la surprise et leur alliance, leur osmose se rompit. Le temps d'une evanescence; Faisant glisser ses fragiles doigts dans sa paume qu'il referma avec délicatesse, il l'attira doucement contre lui, entre le mur et son torse. La surface de leurs mains entrelacées effleura la pierre ocre du mur, portées à hauteur de la nuque de Sharwyn. Avec gravité, le jeune homme considéra sa Petite Colombine, effleurant ses paumettes, la courbe de son nez, ses lèvres, avec l'extrêmité des doigts de sa main gauche. Il redessinait son visage et sentait contre lui la chaleur de son corps et son souffle contre sa gorge. Elle était là. Bien vivante. Tout contre lui. Elle respirait. Aucune plaie n'avait stigmatisé sa fine peau, si pâle... Ils vivaient. C'est seulement en appliquant son front contre le sien qu'il réalisa cela, qu'il s'éveilla. Les larmes roulaient sur ses joues et il sentait toute force l'abandonner. A cet instant là, dans l'intensité de son être se mêlaient un immense soulagement, une grande paix, une gravité terrible, un amour infaillible, un sentiment de fragilité et d'invicibilité tout à la fois. Il murmura alors, d'une voix humide, subtile et fragile :


    - Qu'allons-nous devenir, Sharwyn ?


_________________
    «Love is our resistance. They'll keep us apart and they wont stop breaking us down. Hold me. If we live a life in fear, I'll wait a thousand years just to see you smile again. »
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> Pathétique. /PV Sharwyn/

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