CHARACTER'S CARD PRENOM*: Dallveig Elweard AGE*: Vingt et un an. NATIONALITE*: Scandinave..Français.. ?
Sujet: {* Ansgar. Mar 25 Nov - 23:17
Des pavés froids qui bordaient les écuries de l’Ecole Militaire, s’échappait une voluptueuse fumée qui ne tardât pas se mêler à la brise glaciale qui caressait les toits d’ardoises des immeubles Hausmanniens et le bitume noir des avenues et ruelles parisiennes, avant de monter dans le ciel à la verticale. Quand venait l’époque des feuilles rousses et de l’odeur constante du feu de bois échappé d’on ne sait où, Paris se réveillait inondé par le soleil doré, quelque peu masqué par un fin brouillard rendant le bleu du ciel plus pâle qu’à l’ordinaire. Un matin de Novembre, ensoleillé et pourtant terriblement froid, s’était levé, lancinant, tirant la capitale de sa torpeur et de son engourdissement dévorant qui apparaissait aux brises fraîches, quand l’hiver s’installait. Les Parisiens adoptaient très vite un certain mode de vie se traduisant aisément par la fermeture des terrasses de café au profit d’un joyeux brouhaha baignant dans une odeur de café brûlant et de cigarettes, les autres désertaient les pelouses du Luxembourg pour se presser au Châtelet, à la Comédie-Française, régaler leurs yeux et brouiller leurs pensées, un moyen de s'échapper qu'ils ne maîtrisaient pas réellement, d'autres encore rejoignaient ceux de leur espèce, pour se tenir un peu plus chaud, massés dans de grands magasins regorgeant de livres ou d'objets futiles.. L'Hiver gelait la Ville Lumière, l'étourdissant assez pour qu'elle se fige jusqu'au retour du soleil brûlant. Sans aucun doute, la période hivernale était sourdement méprisée des humains, mais elle ravissait le coeur glacial d'un être aux yeux brûlants, faits d'or liquide et de vermillon, à la peau froide et glaciale, à l'allure gracieuse et fascinante. Son aversion pour ces êtres, humains, responsables de sa douleur et de son animosité, le poussait à les fuir, sinon, à les chasser grâce à l'éclat luisant de ses canines. Il n'était pas l'un deux et ne le serait jamais plus - fallut-il qu'il l'eût déjà été..
Enveloppé par la fumée brûlante émanant des pavés glacés, l'être au teint ivoirin effleurait de ses pas souples et gracieux le bitume scintillant aux rayons opaques du soleil blanc. La pâleur de ses doigts légèrement repliés dans sa paume, tranchait avec la noirceur de la veste en velour côtelé dont il était vêtut. Elle enserrait joliement son corps sculpté dans l'ivoire avec une finesse extrême, se resserrant légèrement au niveau de la taille, fermée par quatres boutons argentés. Une épaisse capuche noir de jais flottait sur ses épaules en même temps qu'elle masquait ses joues crayeuses, emmitouflées dans l'épais tissu. Sa bouche, quand à elle, n'était pas visible puisqu'elle disparaissait derrière une mince écharpe rayée de bleu et de gris. Sa couleur était exactement celle de ses yeux luisants, froids, dignes et pénétrants où se mêlaient un gris intense, acier, les contours irradiés de bleu azur soutenu. Cet être était d'une beauté extrême, indéfinissable, égalant celle d'un Ange.. Un Ange déchût dont la peau de glace et le regard méprisant ne lui permettait pas de faire partie des divins..Il était autre..Tout aussi dangeureux et fascinant..
Il effleurait avec grâce les épais pavés fumants, se dirgeant vers l'imposante bâtisse de pierre blanche sur laquelle flotait, planté dans l'ardoise, un drapeau français légèrement décoloré. Rien de surprenant pour une académie militaire à l'esprit plus que patriotique et, impossible de s'y tromper, le monument était flanqué de quatre militaires montant la garde en permanence. Lui, être de glace au regard obscur, ne leur accorda que l'éclat de ses canines et la sourde méprise qu'ils lui inspiraient. La porte se referma derrière lui en claquant lourdement pour n'offrir à sa vue perçante qu'un lieu dénué d'hommes, comme les rues dans lesquelles son ombre s'était profilée. Il s'était attendu à ne pas avoir à chasser ou fuir quelqu'un sachant assurément qu'à l'heure où le soleil pointait à peine à l'horizon, les parisiens sommeillaient encore, six heures trente du matin les effrayant. Lui, il rôdait dans la nuit d'encre, s'abreuvant de la lumière des étoiles qui sublimait sa peau opalescente, le jour, les rayons du soleil la brûlaient mais il ne craignait pas le moindre mal..Les pires blessures étant celles faites par l'Homme.
L'écurie sentait bon le sapin verni, le cuir graissé et le foin fraîchement coupé que les chevaux mastiquaient en cadence, créant un agréable ostinato rythmique, berçant l'écurie qui s'éveillait à peine. Son ombre à peine tracée par les rayons châtoyants d'un soleil encore faiblard, oscillait sur les pavés froids de l'allée sur lesquels on avait versé de l'eau brûlante afin d'en retirer le givre. Mis à part cette pâle lueur, l'écurie restait osbcure, les contours des croupes, encolures et oreilles des chevaux se dessinait au crayon noir sur les épais murs de pierre. Cette prestigieuse écurie avait été bâtie en même temps que l'académie militaire et bien que rustique par ses épais murs de pierres, sa charpente faite de poutres de bois clair entrecroisées et ses gros pavés au sol, elle était d'une propreté impeccable, les barreaux dorés plantés dans les portes des boxes scintillaient et les chevaux étaient parfaitement bouchonnés : on reconnaissait là l'exigence d'une écurie Parisienne et qui plus est, la discipline militaire. Pourtant, Elweard n'y prêta pas la moindre attention, avancant, les yeux à demi-fermés, se fiant à son odorat et son ouïe pour retrouver un certain cheval. Moins d'une minute plus tard ses yeux turquoise metalisé se plongèrent dans ceux d'une jument nerveuse, d'apparence noire mais en réalitée alezanne brûlée qui tapait rageusement contre la porte de son box tout en secouant sa crinière humide. Elle renâcla en le regardant s'approcher, recula vivement, se jetant contre l'autre paroi de box, puis revint tout aussi vivement à lui, tendant à l'extrême sa fine encolure pour tenter d'atteindre sa peau de marbre. Ce fût à son tour de retrousser les lèvres pour lui intimer l'ordre de ne pas s'approcher davantage tant qu'il ne lui en aurait pas donné la permission. Personne ne le touchait. Personne. Ou sinon, un coup de dent bien placé faisait regretter amèrement ce geste à qui l'avait commis. Dallveig ouvrit enfin la lourde porte de bois et pénétra dans le box, faisant voelleter quelques copaux de bois autour de ses chaussures. Avec dextérité et agilité, il attacha une longe à l'anneau du licol du cheval et l'entraîna assez brusquement à l'extérieur. Elle ne demandait que cela et le suivit docilement toutefois jusqu'à ce qu'il lui retire le mousqueton et qu'elle s'élance dans l'allée au petit trot, libre de toute attache. Il claqua une fois du talon et elle passa augalop sans encombre, brisant le silence de l'écurie par le martélement de ses fers sur les pavés humides. Puis le bruit enfin cessa.
Les yeux vifs, immobile, ses fines oreilles pointées, la pouliche lorgnait la statue blanche qui venait à elle avec des pas étonnament souples et deliés. Elle frémit quand il lui passa de nouveau la corde dans l'anneau du licol et la mena à l'extérieur pour l'attacher, mais pas uen fois ses naseaux ne vinrent effleurer son corps. Elle le regardait avec une certaine frayeur et un interêt curieux, presque défiant. Sans un mot, la bouche enfouie dans son écharpe et sa tête dissimulée sous sa capuche sombre, il brossait la jument vigoureusement laissant çà et là s'échappait quelques poils bruns qui voletaient avant de s'écraser au sol. Il lui lustra ainsi le poil, cura ses sabots et lui passa le harnachement toujours avec silence, l'oeil froid et farouche, ne regardant jamais le pur-sang en entier mais s'attachant seulement à quelques détails: le contour de son oeil, le dessin de sa croupe, le bout de ses oreilles noires, le fanon un beu boueux... Il régla enfin la sangle de la selle noire militaire, cloutée d'argent sur les bords, richement décoréen les étriers étant d'argents aussi et s'accomodant avec beauté au tapis blanc qu'il avait déposé sur son dos sur lequel il avait placé un couvre-rein de velours rouge. Elle mâchona légèrement son mors de bride, lui aussi, richement orné, le cuir noir ayant été fraîchement graissé. Après avoir fixé le collier de chasse, il détacha la pouliche qui s'impatientait. Avec grâce et harmonie, il se mit en selle sur la jument. Elle secoua la tête avant de se lancer dans un petit trot rythmé et cadencé frappant les pavés froids sur l'asphalte. Peu de temps après, le couple rejoint le manège imposant. Il était bien trop large et trop long pour un seul cavalier et sa monture mais Dallveig n'allait pas rechigner, au contraire, il s'opposait à toute forme de compagnie.
La pouliche et l'Ange blanc formaient un couple des plus atypiques et pourtant, ils s'accordaient à merveille. Elle, fougueuse et l'esprit jeune, piaffait à merveille, mordant son mors avec nervosité, lui, il ne connaissait même pas son nom, non pas à défaut de ne pas l'avoir lu auparavant, non, seulement, il ne l'avait pas aimé, alors il ne l'appellait pas, ou si, parfois dans un murmure il lui donnait ce nom : " Ansgar". Lui, il n'avait en rien l'allure d'un cavalier avec sa belle veste noir de velours et sa capuche ouverte faisant office de col, son pantalon noir qui tombait largement sur ses chaussures basses. Etre au teint blafard, laiteux, aux yeux extrêmement sombres et pourtant étincellants, vêtu de noir.. Si étrange et si profondément envoûtant... Il montait avec une extrême finesse, aucun de ses gestes n'était perceptible et il accompagnait tous les mouvements de sa monture avec souplesse. Il se contentait d'un travail minutieux, d'écouter ses pas amortis par le sable, de voir sa crinière noire luire au soleil oscillant, son souffle régulier, ses muscles qui roulent sous sa peau, son encolure luisante de sueur... Tous deux se déplacaient avec fluidité dans le manège, dansant presque, une danse d'ailleurs qui s'apparentait parfois à uen lutte entre leurs deux caractères explosifs.. Elle se cabrait parfois, piquait un galop impromptu et lui se battait avec elle en lui demandant de faire plus que sa folie, ne brisant jamais une idée qu'elle dévellopait. A présent, ils galopaient, tous deux, sur la piste quand ils dansaient, sur les diagonales quand ils se battaient, à peine éblouits par l'éclat du soleil qui brûlait leurs yeux et colorait le sable en roux et les nuages de poussière laissés après leur passage.. Le bruit des sabots sur le sable, du souffle régulier, un clignement de paupières, le cuir des étrivières qui grince, le mors qui claque et les pensées concentrées de deux êtres atypiques...
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« Vous craigniez que mon souffle glacé ne brise vos phalanges… En vérité, c’est le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême, qui m’arrache la vie… Cessez ! »
Elena Boskovic
{ AGE }: 18 { CONNEXIONS }: Régulières.
CHARACTER'S CARD PRENOM*: Elena AGE*: 21 ans NATIONALITE*: Hollandaise
Sujet: Re: {* Ansgar. Jeu 8 Jan - 17:00
La paix, le désespoir ou le malheur. Quelle était la différence ? Ce n’était que des mots, de simples mots sans grande envergure, mais qui pouvaient briser un cœur en un instant. Un souffle, une caresse et tout s’évanouissait. Le bonheur et le malheur étaient deux états d’âme opposés et pourtant si proches et familiers dans le cœur de la jeune femme. La paix et le désespoir ne semblaient pas si près l’un de l’autre et pourtant… L’un entraînait l’autre, fatalement. Lorsqu’on croyait avoir trouvé un peu de lumière au bout d’un tunnel sombre et humide, la noirceur s’empressait de revenir au galop. Le répit n’avait pas sa place dans ce monde, la joie n’était destinée qu’à des personnes au hasard. Comme si une personne s’amusait à diriger l’espèce humaine, choisissant les personnes qui méritaient de vivre et ceux qui n’avait pas le choix. Celles qui, comme Elena, devait subir et souffrir en silence… Sauf qu’elle n’était aucunement d’accord avec cette décision venue de nulle part. Elle n’était pas une victime, elle n’était pas née pour récolter toute la misère qu’on voulait bien lui infliger. Aujourd’hui ainsi que les autres jours qui constitueraient sa vie seraient façonnés après décision de la jeune femme au visage d’ange. Personne n’avait le droit de diriger sa vie, personne n’avait le droit de réfléchir à son destin sans même consulter la concernée. Ça ne se passerait plus comme ça.
C’est dans cet état d’esprit qu’Elena parcourut la distance la séparant de sa fac pour se rendre à l’école militaire. Pourquoi là-bas ? Pour la bonne et simple raison qu’elle se sentait bien dans cet endroit. Rien n’était plus sincère et plus rassurant que la compagnie d’un cheval. Il ne vous jugeait pas, ne vous jaugeait pas. Il était bien plus honnête que n’importe quel être humain, bien plus pur que n’importe qui. La vie d’un cheval était simple, finalement. Les malheurs des humains n’avaient pas lieu d’être chez eux. Ils se contentaient d’apprécier la beauté d’un coucher de soleil ou la beauté d’un paysage recouvert de neige. Ils passaient leurs temps à courir, se sentant plus libre que l’air, plus léger qu’une brise d’automne, plus doux qu’une caresse… Quand elle disait que la vie était injuste, rien n’était plus vraie que cette affirmation. Elle aurait tout donné pour posséder une vie comme celle d’un cheval ou de tout autre animal libre et sans loi. Juste sentir l’air frais lui fouetter le visage, sentir la sensation que procurait l’ivresse d’une course… Juste ça.
Tout en marchant, les mains enfoncées dans les poches de sa veste, Elena contempla tour à tour les vitrines des magasins, qui renvoyaient l’image blafarde de la jeune femme. Son visage pâle, ses yeux bleus qui perdaient peu à peu leur couleur, ses cheveux blonds lui arrivant en dessous des épaules. Cette beauté qui avait tant émerveillé les hommes, cet éclat de lumière fougueux n’existait plus. A présent, Elena n’était que la pâle copie d’une femme ayant vécu à une autre époque, dans un autre pays. Cette femme qui avait tout pour réussir, qui avait tant d’espoir dans son regard et dans son cœur. Cette femme qui avait tout gâché, juste par amour. Tout ça n’était plus d’aucune importance, de toutes manières. Son regard à présent empli de froideur, elle observa les différentes personnes qui peuplaient la rue. Un couple se tenaient par la main, souriant devant leur avenir glorieux. Le regard de l’homme brillait de malice et de fierté, lorsque celui-ci regardait sa bien-aimée. Un enfant tenait la main de sa mère, lui racontant sa journée à l’école. La jeune femme aux cheveux bruns semblait perdue dans ses pensées, revivant l’instant présent que lorsque son enfant insistait pour avoir une réaction de sa part. Si elle savait à quel point elle gâchait ces instants de bonheur, en étant perdue ailleurs…
La froideur de l’air environnant se faisait plus intense, provoquant des bourrasques violentes. Elena ne s’intéressait même plus à ces détails insignifiants, se demandant simplement quel genre d’animal elle pourrait apercevoir à l’école militaire. Elle voulait seulement être seule, pouvoir profiter du calme bienfaiteur du lieu où elle se rendait. Et si cette solitude n’était pas présente ? Et si quelqu’un était déjà sur les lieux, ne s’attendant probablement pas à l’arrivée d’une jeune femme ? Elle ne ferait pas demi-tour pour autant. Faire comme si de rien n’était, manier l’ignorance avec une habileté incomparable… C’était facile, très simple d’utilisation et aucunement dangereux. Pour la folie et la témérité, elle verrait. Le danger avait tout le temps de prendre la place dans sa vie, elle n’était pas pressée. La destruction avait le temps, elle devait avoir du temps pour jeter son fléau sur ceux qui n’avaient aucune importance aux yeux d’Elena. La mort, la vie, la paix, la destruction… des mots, de simples petits mots et pourtant de si grandes douleurs…
La jeune femme avança vers le manège, inspirant l’air glacé. L’endroit était calme et paisible, pas un murmure, pas un souffle ne pouvait briser cette beauté aux reflets si mystérieux et chaotiques. Les box se trouvaient un peu plus loin, réservant la surprise des habitants vivant dans les enclos. Aurait-elle affaire à une créature sereine ou à l’âme aussi dévastée qu’Elena ? L’abandon de l’espoir, lorsque la vie ne vaut plus la peine d’être vécue… Pourquoi continuait-elle de vivre ? Pourquoi ne pouvait-elle pas mettre un terme à sa vie d’elle-même ? Parce qu’elle n’en avait pas le courage, tout simplement… La peur de l’inconnu est une peur tellement étrange. Et pourtant bien présente dans les cœurs des humains. Hélas, Elena était bien humaine. Faible et fragile mais définitivement de cette espèce si banale. Ils se croyaient les maîtres du monde, alors qu’ils n’étaient qu’une erreur de la nature, que le fruit d’une création ratée. Les animaux, eux, avaient une réelle consistance. Ils possédaient une âme, ils vivaient au jour le jour, sans vices. Si on lui avait demandé son avis, Elena aurait opté pour une vie animale. Être une jument, par exemple. Ou un oiseau, pour sentir la fraîcheur de l’air fouetter ses ailes.
Toujours perdue dans ses pensées philosophiques et interminables, elle ne se rendit pas compte tout de suite que, finalement, elle n’était pas la seule personne présente. La jeune femme releva le visage, levant les yeux sur l’être qui chevauchait une magnifique pouliche. Parce que c’était bien ce qu’il était : un être à part. Son attitude, son comportement était - à bien des égards - différent des autres personnes qu’elle avait pu croiser. Une extrême froideur, un mépris hors du commun. Et pourtant, sous cette apparence noire, il était incroyablement angélique. Par esprit de contradiction, Elena ne voyait en lui rien d’un ange pourtant. Un être mythique, dangereux peut-être aussi. Mais fallait-il vraiment se fier aux apparences ? Elle avait appris de la vie une chose essentielle : on ne pouvait pas comprendre quelqu’un ou même le connaître juste en s’arrêtant à son apparence. Elle-même avait un physique des plus trompeurs… Mais finalement, ils avaient peut-être plus de points communs qu’il n’y paraissait au premier abord…
Elena soupira légèrement, avant de s’approcher un peu plus du cheval et de son cavalier. Elle n’avait encore jamais monté, ni même jamais fait d’équitation. Pourtant, il lui semblait que l’homme n’avait rien d’un cavalier. Et pourtant, tout en lui était grâce et perfection. Comment une seule et même personne pouvait contenir en lui des choses aussi contradictoires ? C’était un véritable mystère pour la jeune femme blonde qui se tenait à présent à bonne distance des deux créatures. Comment pouvait-on se sentir lorsqu’on était au-dessus du monde ? Quelle sensation éprouvait-on lorsque le vent claquait, plus vite, plus fort à mesure que le cheval galopait ? Se sentait-on libre ? Sans soucis, sans problèmes et sans passé… c’était peut-être ce qui plaisait tant au jeune homme. Glissant son regard au rythme de la cadence qui se déroulait sous ses yeux, Elena prit la parole, avec cet accent hollandais si reconnaissable.
- C’est une magnifique créature que vous montez là. A-t-elle un nom ?
Pas de présentations, ni même de poignées de main. A quoi bon perdre son temps en mondanités inutiles ? De toutes manières, elle s’en fichait de savoir si le jeune homme se prénommait Alphonse ou même Bertrand. Un prénom pouvait souvent servir à mettre un nom sur un visage. Or, là elle s’en moquait. Qu’est ce que cela pouvait changer ? Et elle n’avait pas vraiment envie de se présenter elle-même. A tout les coups, lui aussi s’en fichait de connaître son identité. Il saurait juste une chose : qu’elle n’était pas française. Son accent la trahissait toujours, même pour la personne la moins intelligente au monde. Non, tout ce qu’elle voulait savoir, c’était le nom que portait ce magnifique animal. Après tout, elle était venue à l’école militaire pour ça, non ? Ce n’est pas parce qu’un homme était là aussi qu’elle allait perdre la face ou même rebrousser chemin. Les hommes ne l’intéressait pas, sauf s’ils pouvaient lui servir de jouet pendant quelques jours. Sinon, elle les ignorait purement et simplement. L’espèce humaine ne méritait pas qu’on lui prête attention, ni même que l’on si attarde un tant soit peu. Les humains n’étaient bons qu’à se détruire entre eux, ni plus ni moins. Hélas, Elena faisait bel et bien partie de cette espèce qu’elle n’appréciait pas. Cruel destin…
Dallveig E. Johansen
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Sujet: Re: {* Ansgar. Jeu 15 Jan - 19:44
Un petit nuage ôcre de poussière naissait sous les sabots de la jument à chacune de ses foulées, traversant les rayons de lumière qui filtraient par la petite lucarne. De ses naseaux s'échappaient un long souffle, semblable à de la fumée qui se cristalisait dans l'air glacial et envellopait tout entier la monture et son cavalier qui évoluaient sur la piste en un trot souple et gracieux. Le métal froid du mors crissait sous les dents de la pouliche qui le mâchait avec une certaine nervosité, s'ébrouant et piétinant le sable roux, moelleux du manège. Ce devait être la seule mélodie que l'on puisse entendre, celle du cliquetis de mors, de l'étrier contre la sangle, du cuir graissé de la selle qui grince et le souffle régulier du cheval. Deux êtres harmonieux, gracieux qui évoluaient en mouvement amples et déliés, dansant à l'unisson, faisant corps l'un avec l'autre, un seul mouvement imperceptible de ses doigts, de son menton, de son mollet dirigeait la pouliche subtilement, sur des courbes parfaites au pas ou au trot. L'ange blême, tout aussi farouche et sombre que sa monture, ne possédait pourtant en rien sa naïveté et son ignorance..Ainsi, il la plaçait parfaitement, dirigeant un être aveugle et se laissant porter, flotter au vent sur son dos. Une harmonie parfaite où l'un comme l'autre était indispensable à l'autre. Le galop fût splendide, comme le vol d'un grand albatros qui flotte dans l'air, le tranchant avec élégance et finesse, effleurant la poudre de l'acier de ses fers..Et lui, visage à la peau éclatante, l'or liquide de ses yeux dissous dans l'océan ambré de ses iris impénétrables et envoûtantes, fines lèvres vermillon, à peine entrouvertes pour happer avec délice quelques gorgées d'air pur.. Il était Ange.. Anihilé. Dangereusement fascinant. Resplendissant. Méprisable..oui, ce devait être l'adjectif qui s'adaptait le mieux à cet être méprisant et injustement beau.
Mêlés à la paille dorée serrée en d'épaisses bottes, flamboyant aux faibles rayons du soleil, des mèches tout aussi blondes, légèrement ondulées vinrent flotter au vent, éclatantes dans le champ lumineux du soleil qui emrbassa le côté droit, très pâle, d'un visage féminin aux yeux transparents. Ce ne fût qu'un flash bref qui liquéfia entièrement l'or incandescent des iris du Petit Prince aux boucles cuivrées. Puis une voix naquit de cette gorge, des paroles se formèrent, déliées et posées, brisant le silence et le semblant de paix qui avait envahi le manège. C'en fût trop pour la jument qui s'emporta, bondissant en avant, oreilles plaquées contre sa nuque, fouettant avec rage l'air de sa queue, imposant une cadence infernale. Ses sabots martelaient le sol, désunis, s'enfoncant profondément dans le sable avant d'en arracher la couche supérieure qui éclatait sous ses fers qui claquaient rageusement. Les dents serrées contre le mors, secouant avec véhémence ses crins bruns, la jument enroulait son encolure, tirant sur ses muscles qui roulaient sous sa peau dans ce galop effréné, insensible à la vue, aux sons et à la voix.. Elweard cependant n'ouvrit pas une seule fois les lèvres, pas un instant ses cordes vocales ne vibrèrent, pas un seul souffle ne s'échappa de ses lèvres. Ses doigts blêmes enserraient le cuir moite des rênes et tout son corps se pliait au rythme imposé par la jument. Pas un seul instant il ne tenta d'imposer une direction à sa monture, pas un instant il n'écrasa le mort contre sa machoîre, pas un seul instant il ne l'emprisonna entre ses mollets. Elle semballait, il la suivait, ne freinant aucun de ses mouvements, épousant sa fougue et défiant la panique de la pouliche. Après plusieurs tours de piste au galop effréné, la jument, haletante, ne ralentit point l'allure, bondissant tel un félin. Lentement, il laissa les rênes couler entre ses mains, les laissant glisser sur l'encolure tout en gardant un contact subtil. Avec tout autant de finesse, il pressa doucement les flancs humides d'Ansgar qui s'élanca avec encore plus d'ardeur. Il accélera son galop, sentant ses sabots déraper dans les virages, la poussant à l'extrême, jusqu'à ce qu'elle se dépasse, qu'ils se dépassent tous deux, qu'ils écrasent et piétinnent enfin les limites d'un affolement infondé, de la douleur, de la crainte d'autrui.. Qu'ils s'en moquent !
Peu à peu, els foulées désunies de la jument se lièrent à nouveau et laissèrent place à un galop souple et fluide. Dallveig laissa les rênes entièrement sur l'encolure de la jument, repliant ses doigts dans sa paume, deux fines mitaines en laine noire envellopant ses délicates mains. Bientôt la jument trotta et se mit au pas pour regarger le coin opposé du manège, dans la pénombre, où elle se camoufla, s'envelloppa entière, mâchant son mors et soufflant, trempée de sueur à l'encolure et à la sangle,dégageant d'épais nuages de fumée grise. Alors, à cet instant précis, Elweard leva les yeux des fines oreilles de la jument pour les porter à l'extrêmité du manège, là où les bottes de paille dorée étaient amassées. Il la distingua sans problème, relevant la tête avec grâce. Ses yeux se marbrèrent d'un bleu iceberg, glacial, étincellant dans la pénombre, méprisants, obscurs ..méconnaissables à ceux de l'Ange au regard doré. Un long moment où le silence resta tendu, glacant l'atmosphère, il la fixa sans ciller, ses deux fines lèvres carmins fermées s'accordant avec le fin ourlet violacé qui cernait ses yeux, ranchant sur sa peau marmoréene. Il pressa doucement les flancs de la jument qui se mit doucement au pas, en une diagonale parfaite, visant l'extrêmité du manège. L'intruse. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf et dix foulées nettes pour arriver jusqu'à elle. La pouliche s'immobilisa, oreilles pointées, éclat brillant dans l'oeil, piaffant légèrement. Son talon vint effleurer le flanc droit de la jument, et l'extrêité de ses doigts blafards, le creux de son épaule gauche. Elle déplaca ses hanches avec élégance, s'arrêtant sur un quart de tour. Sa voix, comme un murmure, vibra enfin, grave, presque défiante..Tout en ses mots trahissait son timbre osbcur et glacial :
« En quoi cela vous importe-t-il ? Sinon, par votre voix, réaliser, en brisant le silence, ce que le silence voulait et n'altérait pas.. »
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« Vous craigniez que mon souffle glacé ne brise vos phalanges… En vérité, c’est le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême, qui m’arrache la vie… Cessez ! »
Elena Boskovic
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Sujet: Re: {* Ansgar. Sam 14 Mar - 15:51
Elle aurait peut-être du faire preuve de prudence. Ou elle aurait pu tout simplement ignorer monumentalement cet inconnu dont elle n’avait de toute façon rien à faire. Elle aurait pu se taire et être raisonnable, pour une fois que l’occasion se présentait. Elle aurait pu avoir peur, tout simplement. Rien de tout cela ne se produisit en elle, pas un soupçon d’inquiétude vint faire son apparition, là où elle aurait pu justement en avoir grand besoin. Elena était comme ça, elle l’avait toujours été. Cynique, invivable et mauvaise, à elle seule. Comment une si jolie jeune femme, si gracieuse et - semblait-il - si précieuse, pouvait être si… méprisante et méprisable ? Peu de monde pouvait répondre à cette étrange question. Peu de personnes pouvait seulement avoir l’opportunité de se poser ce genre de question, puisqu’ils ne connaissaient alors pas Elena Boskovic, cette Hollandaise si mystérieuse et perdue dans son monde. Cette dernière n’était pas stupide, elle était d’ailleurs loin de l’être. Elle savait pertinemment que les gens parlaient dans son dos, se méfiant de ses réactions imprévisibles, ou de ses sautes d’humeur si dérangeantes. La scène se déroulant sous ses yeux perdit consistance et elle sembla se retrouver ailleurs, comme aspirée par un souvenir.
La jeune femme aux cheveux d’or se rappelait d’un après-midi qu’elle avait passé à sa faculté. Cette institution pouvait sembler austère, à quiconque aurait pénétré sans y avoir été invité. Derrière ces apparences, la vérité était tout autre. Elena était assise dans un fauteuil, pas loin d’une cheminée qui réchauffait le hall, qui séparait le campus du monde « vivant », comme elle aimait à l’appeler. Autrement dit, l’université, la vraie, avec ses salles de cours, ses professeurs à n’en plus finir, ses craies blanches qui laissaient des traces poudreuses un peu partout… Ici, tout était paisible, calme et reposant. Ici, elle pouvait se faire croire que tout allait bien pour elle, que tout allait bien pour la Terre entière. Parce qu’elle était seule et qu’elle pouvait s’imaginer n’importe quelle scénario bon pour une mauvaise série télévisée. Cet après-midi là, elle avait du se faire haïr par une personne en particulier, elle s’en rendait compte maintenant.
Ses jambes repliées contre sa poitrine, Elena triturait un morceau de papier entre ses doigts fins, attendant la sonnerie faiblarde, qui annoncerait la fin de cette journée interminable, et fin à tout ces bruits incessants qui perturbaient ses pensées déjà tumultueuses. Elle n’avait alors pas remarqué tout de suite qu’il y avait une présence, en plus d’elle-même. La personne à l’identité inconnue et insoupçonnée toussota légèrement, manifestant par la même occasion sa présence dans la pièce. Ce jour-là, elle aurait du oublier tout ce qui la rongeait depuis si longtemps, elle aurait du oublier que toute cette douleur ne méritait pas autant d’attention. Elle aurait du… Mais à nouveau, elle n’avait pas écouté ce que son cœur lui dictait, elle avait écouté sa conscience. Celle qui la détruisait à petit feu, qui la transformait chaque jours un peu plus, la rendant pourtant plus vulnérable qu’un faible papillon.
Son regard bleu gris s’était dirigé vers l’endroit où la voix avait retenti, ces mêmes yeux avaient inspecté longuement la silhouette bien dessinée d’un jeune homme, qu’elle n’avait jamais véritablement vu dans l’université. Par moments, elle se demandait si elle vivait bien en symbiose avec le monde qui l’entourait, au lieu d’être comme à l’écart de tout ce qui se produisait, sur le banc de touche. Elle était spectatrice et non actrice de la Vie. Elle était la menace potentielle et non la victime. Elle était le prédateur, et non la proie. Et elle regardait la vie défiler sous ses yeux, attendant le moment opportun pour bondir sur sa victime, comme une lionne attendant un mouvement d’une gazelle. Le cours du temps semblait s’être arrêtée, au moment où elle avait posé son regard sur cet homme qui n’avait rien demandé à personne, et surtout pas à cette folle furieuse qui avait perdu toute notion de la réalité, de l’imaginaire, du danger, du passé ou du présent.
Le papier froissé avait glissé de ses mains blanches, presque au ralenti. Sa respiration pourtant si calme, deux minutes auparavant, semblait s’accélérer un peu plus à chaque instants. Son regard s’embua de larmes, qui étaient prêtes à chaque faux pas de part, de déferler sur ses joues, à la manière d’une avalanche. Cet homme n’aurait pas du produire cet effet sur elle, il n’était personne à ses yeux. Seulement… Seulement il ressemblait étrangement à la personne qu’elle avait aimé, qu’elle avait chéri… et qu’elle avait abandonné. Le Ciel avait-il décidé de mettre sur son chemin cette apparition, pour lui faire comprendre qu’elle n’avait définitivement aucune chance de s’en sortir ? La preuve, elle n’était même pas capable de reprendre contenance face à cet afflux d’émotions contradictoires. Ce jour-là, elle s’était rendue compte d’une chose : elle était dangereuse. Autant pour les autres que pour elle-même.
Aussi, quand la voix du jeune homme sur ce cheval l’avait tiré de ses réflexions houleuses, elle eut une brusque envie de massacre. Elle était un paradoxe à elle toute seule, elle avait un fond mauvais… personne ne pourrait lui enlever cette impression qu’elle avait d’elle-même. Les évènements tout récents, l’avancée du cheval par exemple, la rendirent perplexe l’espace de quelques secondes. Elle avait eu un moment d’égarement, mais cette voix… elle l’avait perçu. Elle aurait préféré ne pas l’entendre, d’ailleurs. Ce timbre sombre, presque aussi noir que le sien… à la seule différence que c’était une voix d’homme. Raison de plus pour la rendre encore plus écoeurée. De quel droit se permettait-il de la juger ? Qu’en savait-il sur elle, ou sur n’importe quelle autre personne ? Desserrant ses lèvres gelées, elle avança d’un pas, sans prendre plus attention à la monture qui était visiblement sur les nerfs.
- Cela m’importe bien plus que vous ne vous l’imaginez. Et navrée de vous détromper, mais le silence n’existe pas, à moins bien sûr d’être sourd.
Quelle ironie du sort… La voilà qui était en train de parler à un inconnu de la pire espèce, à philosopher sur le silence… Pitoyable. Pour un peu, elle aurait eu honte d’elle-même, ou se serait dégoûtée. Mais à nouveau, elle était loin de tout cela, comme une spectatrice aveugle et muette.
Dallveig E. Johansen
ADMINISTRATEUR*
{ AGE }: 17 { CONNEXIONS }: Tous les jours.
CHARACTER'S CARD PRENOM*: Dallveig Elweard AGE*: Vingt et un an. NATIONALITE*: Scandinave..Français.. ?
“Le silence est l'expression la plus parfaite du mépris.” George Bernard Shaw
Ainsi ce silence devenait plus dangereux que la parole en communiquant à ses yeux d'émeraude toute la puissance de l'infini des cieux qu'ils reflétaient. Ces deux beautés semblaient avoir été figées dans la même glace : la souffrance. Et elles se confrontaient toutes deux, brûlant à l'éclat doré des rayons du soleil qui filtraient par la lucarne taillée dans l'épaisse pierre ocre. Nul son, même pas une moindre émission, une onde échappée, ne semblait troubler cet échange amère, seulement fait de regards. La jument elle-aussi semblait s'être immobilisée, ses fines oreilles noires pointées vers cet autre être pâle qui avait d'abord posé sur elle un regard doux et farouche. Puis de sa voix désengageante, adverse et grave elle prononça quelques mots qui, bien que prononcés d'une voix posée, eurent aux oreilles de Dallveig l'effet du cristal qui se brise. Dans le bleu céruléen de ses iris glaçées naquit un sentiment plus profond : une inimité qui consumait ses pupilles avec une extrême froideur, celle de l'adversion la plus profonde qu'il avait pour elle. Et l'on sentait derrière le flamboiemment de ses yeux fracassants, l'incommensurable souffrance qui gelait son sang et qui cernait de violacé ses yeux obscurs d'Ange blessé. Un Ange qui n'hurlait plus, qui brisé par le douleur avait à jamais scellé ses fines lèvres vermeils pour que jamais plus elles ne prononcent ces mots-là...
Le métal coupant lacérait la chair blême et sanglante de ses poignets y tracant deux profondes entailles pourpres. Le long de son bras courait sur sa peau claire de minces filets de sang qui peu à peu recouvraient les taches brunes, bleutées et violettes qui stigmatisaient sa peau, ombres de la haine et de la violence de ces monstres dépourvus d'humanité. Leurs bottes claquaient sur le sol glacial et leurs cris faisaient siffler le métal des barreaux : ils venaient. Il ne vit d'eux que l'éclat brut et violent de leurs silhouettes, carrures méprisantes, machines à tuer, qui se dessinaient dans la lumière lactescente qui avait brusquement immergé la pièce à l'instant même où la porte de métallique s'était ouverte dans un sursaut. Un aboiemment féroce, un rugissement des monstres et de nouveau un coup, violent et enragé contre sa machoîre : un bref gémissement puis le sang qui coulait à flot de ses lèvres et qu'il crachait comme il pouvait. Les canines ensanglantées, une large tache violacée qui, comme l'encre, se répendait sous sa fine peau clair au coin de l'oeil, l'Ange déchût, blâmé, anihilé ne daigna pas leur porter un regard, ne daigna pas poser son splendide regard sacré sur la cruauté et la déchéance humaine, son ignominie infecte. Les traits d’ivoire de son visage finement sculpté, poli par un souffle étrange, divin, semblaient s’être figés dans le sang noir qui courait sur sa peau d’émail terne, dans une souffrance absolue; il semblait que son visage muet criait quelque chose d’effrayant : l’effroi impensable de son supplice. Une fulgurante douleur, lame glaçée et cruelle, traversa ses côtes avec férocité, il tressauta et se mordit violemment les lèvres pour ettouffer un cri. Le silence enfin revint, coulant sur les murs, sur sa chair blessée et sanglante, ses joues livides où se mêlaient sang et larmes gelées à jamais. Il mourrait..
Quando corpus morietur, fac ut animae donetur Paradisi gloria.
Son souffle aux fragrances parfaites vint sacraliser sa peau marmoréenne, magnifier son visage d’Ange déchût, splendide, intense, d’une violente beauté née de son sang glacé, de sa souffrance, de sa blessure béante et sublimée par le souffle de l’amour incommensurable qu’il portait à Elenora, à son souffle qu’il sentait contre sa peau livide, ses lèvres blêmes, l’ amour éternel, intense, magnifique qu’elle lui porterait à jamais, sans crainte de la mort. Il la sentait tout contre lui, comme au premier jour, alors qu’il mourrait… Dans un souffle désespéré , suprême, il implora dans un murmure fragile et extrême avec autant de force qu’un hurlement aurait franchit ses lèvres : « Elenora.. ! ». Entre ses mains il lui confia son âme et expira.
Ses yeux s’ouvrirent brusquement et l’émeraude luisant, obscur, profond de ses pupilles métalliques plongea avec violence dans le regard de la statue d’ivoire, mélange de force troublante et de fragilité douloureuse. Impénétrable, abscons, l’émeraude soutenu de son regard méprisant empêchait tout sentiment de surgir, toute vérité apparaître en ses yeux telle une transparence flottant sur les traits de son visage et qui eût montré l’intensité de l’être derrière la glace dans laquelle il semblait figé. Le sang qui coulait de leurs blessures, leurs déchirures sanglantes était le même, cette même souffrance qui glaçait leurs visages, consumait leurs regards.. La douleur n’était pas physique, elle était plus grave, plus noble, infinie, condamnée. Et de leurs meurtrissures, de leurs brisures naissait ce silence épais, cette méprise ardente, l’éclat doré dans leurs regards. Deux regards désarmants qui pourtant se confrontaient. Ses lèvres violacées s’ouvrirent enfin pour laisser sa voix grave et froide, pénétrante, sans équivoque :
« Il est omniprésent lorsque votre cœur a cessé de battre. »
Incandescents, ses yeux restèrent ancrés longuement dans ceux de la jeune femme. Quels tourments envahissaient son esprit pour que le silence lui soit inconnu ? Le silence résultait de l’absence de vie, de mouvement, un état léthargique, un vide soudain qui rendait le silence insupportable car on en pouvait le combler. Les voix qui emplissaient ce silence s’estompaient peu à peu, leur souvenir aussi jusqu’à disparaître totalement, se noyer dans cet immense océan de silence. Omniprésent. Terrifiant. Rendant les bruits haïssables. Existait-il un silence rédempteur ? Etait-ce celui-ci qu’il ne fallait en aucun cas briser ?
Le cuir moite des rênes glissa entre les doigts d’Elweard, s’enroulant dans sa paume. Il resserra doucement ses doigts d’ivoire, emprisonnant quelques crins bruns de la pouliche qui s’ébroua joliment, soufflant à la surface du sable ocre. La vie reprenait ses droits. L’œil vif, les muscles tendus, la bouche frémissante, Ansgar leva noblement la tête vers l’extrémité du manège, là où le soleil dansait sur la terre battue en un large halo. Dallveig raccourcit les rênes, pressa doucement les flancs de la jument qui entama une cadence de trot après la dernière parole, fracassante, lâchée par le jeune homme :
« Et ne soyez pas navrée à l’avenir ; je n’ai que faire de votre affliction contrefaite. »
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« Vous craigniez que mon souffle glacé ne brise vos phalanges… En vérité, c’est le vôtre, brûlant, sur mon poignet blême, qui m’arrache la vie… Cessez ! »
{* Ansgar.
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