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| | Autumn in MontMartre. | | Sveina | |
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Axelle Lenoir

 { AGE }: 18 { CONNEXIONS }: 6 à 7 jours sur 8
CHARACTER'S CARD PRENOM*: Axelle Clara Louise AGE*: 22 ans NATIONALITE*: Française
 | Sujet: Autumn in MontMartre. | | Sveina Sam 14 Nov - 18:19 | |
| C'est une vie de bohème qui tire ses traits romantiques d'un bout de papier. Il y a de cela quelques années déjà que la jeune femme sait écrire, oh oui. Et dès que son premier stylo fluorescent s'est posé sur le papier blanc pour former des boucles soigneuses, appliqués, l'adoration pris place. À sept ans elle écrivait ses propres mots, alliant toutes les lettres de l'alphabet et décrivant un nouveau mot à ajouter au dictionnaire. La définition ne suivait pas malheureusement, mais Larousse aurait pu faire une édition spéciale des mots de la langue Lenoirienne avec tout ces gribouillis enfantins. Lorsqu'elle apprit à écrire plus correctement les mots, qui, eux, existaient, on lui posa une question qui étala les plans dès ses huits ans. « Alors, Axelle, que veux-tu faire plus tard ? Note le sur le papier, ma chérie. » Alors, encore un peu maladroite mais exaltée par la question, elle agita le bic furieusement. Je veux devenir écriteuse. Ce papier était rester au chaud dans la poche de maman, pendant qu'elle tenait la main de sa fille qui lui exposait point par point les plans de sa vie future. Et à quelque détails près, on s'y croirait encore aujourd'hui.
Après maintes erreurs par le passé, on pourrait pourtant se dire que tout lui avait sourit. D'après les plans échaffaudés par la petite tête blonde, tout collait. Elle voulait écrire pour gagner sa vie, elle voulait vivre à Paris, trouver le prince Eric et se marier avec lui pour avoir des tas d'enfants et un chien qui se serait appelé Pollux. Et une voiture jaune et rouge. Un faux semblant de vivre dans un dessin animé a entravé la réalisation complète du projet. Cependant, vous la voyez aujourd'hui rayonnante, écrivant pour gagner sa vie et vivant à Paris. Il manquait la voiture, le prince charmant qu'elle imaginait plus sous les traits de Christian du Moulin Rouge, à présent, et sans animaux de compagnie. Aujourd'hui, elle faisait le point mensuel de sa vie. MontMartre, Automne 2009. Après avoir séjourné une trentaine de minute en face du Sacré Coeur, les coudes posés sur la rambarde et la clope au bec, elle voulait bouger, délier ses jambes. Elle avait là une belle vue de Paris, mais tout était trop cliché. Le soleil tombait au delà de l'horizon sans qu'on ne puisse le rattraper, et au côté d'Axelle, des amoureux se bécotait en se prenant pour les héros de Jeunet. Elle tournait la tête sur la gauche et la droite, et tout n'était que baisers et romantisme. Elle était romantique, oui ! Mais seule, entouré de fauves fiévreux et désireux, le charme retombait un peu.
Elle partit donc à la gauche du Sacré Coeur, en jetant la cigarette qu'elle fumait sur le caniveau du trottoir. Elle remit son écharpe et son bonnet en place, et partit les mains dans les poches. Elle longea une rue, puis tourna à droite, et se retrouva place Du Tertre, où les peintres s'affèrent gaiement, où les artistes de rues quémandent de l'argent en échange d'un joli portrait.Elle s'assit en terrasse de Chez Eugène, ce café où elle allait souvent à chaque fois qu'elle venait à Paris avec des amis. Ces amis qui l'avait fait plongé, mais néanmoins lui avait fait tisser de beau souvenir. Au son de l'accordéon qui passait et repassait, elle prit un simple chocolat chaud, l'esprit vauguant ici et là, songer et ressonger. Ressasser. Les artistes peignait avec fureur, et cela faisait chaud au coeur de les voir apprécié ici. Seulement ici, malheureusement. Faut-il un film pour pouvoir apprécier la beauté d'un quartier aux artistes ? C'était décevant mais après tout, on s'en moque. Elle régla la note, et décida de poursuivre encore quelques temps le cliché, elle reprit la route pour aller face au Sacré Coeur.
Les amoureux filaient peu à peu, la nuit commençait à tomber, comprenez, une nuit en compagnie de l'être aimé ne se perd pas, ah ça non. Et pour la célibataire Lenoir, rien de meilleur que de se retrouver là un peu plus seule pour apprécier véritablement le lieu. Solitaire d'ordinaire ? Certes non, simplement lasse des amours fugaces. Alors vers 20h environ, la jeune journaliste se retrouvait là, comme deux petites heures auparavant, les coudes posés sur la rambarde, à côté de ces fameuses sortes de télescopes jaunes, la clope au bec. Elle perdait son regard, et une demie heure durant, elle ne bougeait que pour aspirer un peu plus de mercure à chaque bouffée.
Elle ignorait le temps, elle ne fut réveillé brusquement de ses pensées que lorsque le tube métallique jaune entra en collision avec sa boite cranienne. Le choc fut rude, et le corps frêle et maigrelet de la jeune femme tomba sur le sol, à plat ventre. Elle fut sonné sur le champs, complètement abasourdi, des étoiles explosant devant ses yeux. Elle tenta de se relever en posant ses mains à plat sur le sol, et en poussant délicatement son corps vers le haut. Elle ouvrit les yeux embué par des larmes de douleur, pour apercevoir un homme devant elle, accroupit et qui semblait s'inquiéter de son sort. Elle réussit après quelques débats à se retrouver en position assise, les jambes repliées sous son corps, et la main massant l'arrière de son crâne.
« Bordel... » murmura-t-elle en crissant ses dents sous la douleur que la bosse de son crâne provoquait. « Qui a fait ça ? » Mais qui a fait quoi, surtout ? Que s'était-il bien passé ? Elle n'avait plus la notion du temps avant la collision, et le choc lui avait fait perdre de la mémoire la présence du télescope jaune à sa droite. Elle regarda l'homme qui se tenait là, et de sa main valide elle le pointa du doigt « C'est vous ? » Elle fermait un oeil, le visage déconfit par son bobo à la tête. _________________ ●● Axelle.
With her devious old smile She's the devil in disguise. |  |
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|  | | Sveina E. Adamsberg ADMINISTRATEUR*

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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Mer 18 Nov - 21:40 | |
| - Tu l’aimes ?, demanda Lucien de sa voix sourde, après plusieurs minutes de silence, le temps de siroter une gorgée de blanc-cas’. Relevant doucement son visage, Sveina plongea ses yeux bruns, brillants et absorbés dans ceux de son interlocuteur. Il n’en voyait que ce bleu opaque, un peu voilé, perdu dans des mouvances incertaines, fixé sur un infini, une éternelle image qu’il tâchait de recomposer, transformer, chaque jour avec les bribes de son imaginaire. Lucien, son cher Lucius, noble vieillard, visage hiératique qui inspirait quelque chose d’immuable, de sacré, il y avait cette spiritualité qui émanait de lui par sa philosophie des sages qu’il simplifiait en ramenant les humains aux brebis –qu’il avait gardé dans les Pyrénées pendant la moitié de sa vie- avec comme tête pensante la dénommée George Gershwin, sa brebis de tête de l’époque. A coup de « Tu vois mon gars », quelques verres de Blanc-Cas’, d’inspirations profondes, signe qu’il veillait sans cesse dans sa cécité -ainsi avait-il reçu le nom de ‘Gardeur’- et Sveina écoutait tel un enfant cet ami singulier rencontré par un hasard tout aussi prodigieux. Raide et maigre, auguste Lucien un peu tassé et tremblant de ses quatre-vingt six ans, dégageait quelque chose de solennel, vénérable, toujours très concentré, têtu comme une mule et ne possédant un franc-parler comme personne d’autre et une perspicacité hors-norme. S’il ne voyait rien, il sentait tout, le moindre frémissement, le moindre regard, haussement d’épaules, sourire et comme personne, le Gardeur veillait. Et il fallait un sacré Veilleur aveugle pour pouvoir barder ce rêveur atypique, en mouvance perpétuelle, aux pensées désordonnées et aux lèvres si joliment entremêlées.
Lucius lui parlait de sa Petite Fleur, évidemment. Il voulait l’appeler Edelweiss car Sveina, s’il avait su l’atteindre ne savait la garder. En effet, il l’avait laissée s’échapper, se mêler au magma général de ses pensées évanescentes en mouvance perpétuelle, glisser avec douceur dans son intérieur et semer davantage le désordre dans le chaos général de son esprit. Adamsberg l’en avait dissuadé et il s’en tenait à sa Petite Fleur qui résidait dans ses yeux vagues, échappés, mouvants. Il ne répondit pas à Lucius, se contentant d’hausser les épaules en silence.- Je m’en fous que tu te taises, dit le Gardeur,je n’ai pas sommeil. J’ai toute la nuit pour te poser la question. Quand le soleil se lèvera, tu me trouveras là et je te la reposerai, jusqu’à ce que tu me répondes. Je m’en fous, j’ai pas sommeil. Sur les lèvres de Sveina naquirent un doux sourire tandis qu’il avalait une gorgée de vin. Il jeta un coup d’œil par la fenêtre du petit bistrot où ils se trouvaient. Il distingua les petites loupiottes de la Place du Tertre qui commençaient à luire doucement, vacillantes dans la lumière violacée d’une nuit qui s’entame. Froide, mordante, passionnante et sans pitié. Les deux hommes de la Montagne aimaient se donner rendez-vous à Montmartre, dans ce petit bistrot retiré, sorte de caverne où il faisait bon vivre, là où les flammèches des petites bougies dansaient sur les tables, projetant leur or sur les voûtes de pierre, on se serait cru dans un bain d’or inépuisable. Les photos en Noir et Blanc accrochées çà et là évoquaient le Vieux Montmartre, rendez-vous de la nuit des artistes, comédiens amateurs de bons vins, chanteurs, bohèmes et joyeux drilles. - Tu l’aimes ? , [i]répéta obstiné le Veilleux.[/i] - Tu m’emmerdes avec ta question.- Ca prouve que c’est une bonne question. - Je n’ai pas dit qu’elle était mauvaise, dit doucement Sveina en promenant ses phalanges glacées sur ses lèvres rêveuses.- Je m’en fous, j’ai toute la nuit. J’ai pas sommeil. - Quand on pose une question, c’est qu’on a déjà la réponse. Sinon, on la boucle. - C’est vrai, dit Lucius, j’ai déjà la réponse. - Tu vois. - Je vois tout mon gars. Pourquoi tu la laisses aux autres ? Adamsberg resta silencieux.- Je m’en fous. J’ai pas sommeil. - Merde, le Veilleux. Elle n’est pas à moi. Personne n’est à personne. - Finasse pas avec ta morale. Pourquoi tu la laisses aux autres ? - Demande au vent pourquoi il ne reste pas sur l’arbre. - Qui est le vent, Toi ? Ou elle ? - On se relaie. - Ce n’est pas si mal, mon gars. - Mais le vent s’en va. - Et le vent revient. - C’est ça le problème. Le vent revient toujours. - Le dernier verre, dit le Veilleux en soupesant la bouteille. Attention, il est piégeux. Faut qu’on se rationne. Tandis que Lucien savourait la dernière petite goutte de son vin ‘piégeux’, Adamsberg sortit son arme de son holster, ceinturage de cuir toujours un peu impressionnant et replaça le chargeur qui émit un petit claquement sec de métal.- Tu t’armes ?, lui demanda Lucius.« Oui. On m’a promis deux bonnes balles dans la tempe. »- Je veille sur toi mon gars. Surveille l’ombre, les spectres, les froissements et le vent, comme moi. Bon pied, bon cul, bon œil, comme le blanc-cas’. « Ah, bien. »- Il te veille ton Veilleux ; T’es bien trop joli avec tes yeux vagues, tes mains empruntées à une statue de Rodin, ton visage désordonné, flou, abstrait et tes lèvres rêveuses pour qu’il t’attrape mon gars, mais je veux te savoir avec ton 357 au poing parce-que ton Lucius, il sera pas toujours là. Veille sur toi. « Oui. » Les ombres violacées de la nuit froide, étirant ses nuances sombres coulaient sur le visage de Sveina tandis qu’il quittait le bistrot et son Veilleux. Il devait Veiller sur lui seul à présent. Et pourtant, tout spectre menaçant semblait glisser contre Adamsberg avec cette même fatalité, la nuit et son lot de roc et d’épaves ne trouvaient aucune aspérité où elle pût s’accrocher à Sveina. Les menaces flanchaient devant cette douceur, cette lente grâce inaccoutumée teintée de nonchalance et de rêve. De sa personne émanait cet irrésistible parfum du rêve, de l’évanescent, d’un inaccessible aussitôt échappé dès que l’on tentait de refermer ces doigts dessus. Son esprit déstructuré était semblable à un magma en constante liquéfaction, qui mêlait le tout et les petits fragments, des petits éclats, des parfums et l’ineffable. De ce désordre, ce chaos le plus complet résultait pourtant un visage un peu anguleux, ivoire lisse et pur, traits inaccomplis et abstraits et pourtant harmonieux, yeux légèrement creux, toujours un peu vagues, échappés, rarement fixes, lèvres rêveuses entremêlées d’une manière si étrange et si jolie à la fois. Rien n’était fixe et probable dans ce visage. Il y avait un peu trop de tout, les quantités avaient été mélangées, inversées et le résultat était surprenant, saisissant, intéressant mais inintelligible. Un visage en mouvement, infigurable et d’une beauté singulière dont découlait pourtant une séduction insolite. Inexplicable. Inatteignable. Mi-enchanteur, mi-illusoire, Sveina Eira était un homme inadapté au monde : Dieu lui avait donné l'intuition, la douceur, la beauté et la souplesse, et le Diable avait donné l'indifférence, la douceur, la beauté et la souplesse...
L’ensemble mêlé lui donnait cette mouvance perpétuelle et cet étrange parfum enchanteur, dérobé qui vous effleurait et restait insaisissable. Il s’estompait au fur et à mesure et les traces se perdaient dans le chemin des rêves troublés. Désordonné, Flegmatique, Solitaire, Pondéré et à la fois atypique, surprenant, Inadapté, Rêveur..ce mouvement n’avait rien de circulaire, non, il était flou, troublant, complexe.. Trop pour qu’on puisse vraiment comprendre, déchiffrer qui était exactement Sveina, quel genre d’homme était ce gars échoué sur terre, avec ses yeux rêveurs, sa voix douce et sa grâce nonchalante, qui était-il sinon un homme inapte à ce Monde-là ? Si gamin, il avait dit –et seulement imaginé- qu’il serait flic, tout le monde aurait rit avant de rétorquer « Tu n’es pas sérieux Sveina ?! »..Cela, on lui avait dit même lorsqu’il avait fait ses premières preuves en matière de police scientifique, le commissaire-chef lui avait dit : « Ecoutez Adamsberg, vous êtes quelqu’un d’agile, pas con du tout, vos pensées me devancent et me surprennent. En fait, vous êtes quelqu’un d’inexplicable et de trop atypique pour rentrer dans la police. Vous dites rien, vous rêvassez, vous dessinez en bouffant la gomme de votre crayon, vous observez les murs du commissariat avec une étrange minutie, vous en foutez pas une, puis un jour, vous débarquez et vous nous dites ‘Faudrait arrêter monsieur le maire, c’est lui qui a tué le gamin pour pas qu’il parle’ ? Vous pensez continuer encore longtemps comme ça ?! » Huit ans exactement. Et des énigmes, il en avait démêlé tout en continuant à lorgner les murs, griffonnant sur son carnet ou encore en regardant des tableaux de Chagall pendant sa pause midi par exemple. Il ne réfléchissait pas, il se nourrissait d'étoiles -comme maintenant- d’éléments extérieurs et puis après, il attendait que cela vienne, sans s’en préoccuper. Les autres ne comprenaient pas, d’ailleurs ils ne le comprenaient pas lui-même, alors ils le laissaient rêvasser.
L’éternel mouvement de sa vie englué derrière son visage d’ivoire finement sculpté, n’avait laissé en lui que ce désordre, cette moue rêveuse, ces pensées en fusion mais nulle trace distincte. Elles s’entremêlaient, stigmates éphémères et pourtant éternelles, aériennes échappées, incapables de s’inscrire dans quelque chose de fixe, immuable.
Ainsi rêvassait-il depuis un temps indéterminable à regarder de ses yeux absorbés Paris enseveli sous la nuit. Cette silhouette qui se fondait dans la nuit noire respirait la quiétude, une plénitude, un mélange d’éternité et de sentiment lointain, entremêlé, indéchiffrable dans ses yeux bruns, insaisissables. Adamsberg, l'homme de la Montagne, éthymologiquement, se retrouvait perché sur la plus haute Montagne de Paris, dans cette ville minérale, faite de pierres ocres qui lui rappellaient avec douceur ses petits cailloux blancs qu'il empochait sur les sentiers des Pyrénées quand il était enfant. Montmartre. Mais, insaisissable, Sveina se perdait plus loin, plus profond, dans quelque chose de plus abscons. Dans son propre tumulte au-delà des étoiles qu’il fixait, sans conscience des gens qui affluaient. Et pourtant, il tenait sa promesse, il veillait, sentant l’immatérialité de la présence de Gardeur dans son dos.
Sveina s'était retrouvé appuyé à la rambarde, ses mains dignes d'une statue de Rodin enserrées sur le métal glacé, le tout sans savoir trop comment. Errant autre part. Pourtant il le sentit, ce spectre, cette masse sombre venir se fondre sur lui. Il réagit au quart de tour et releva brusquement le poignet repoussant promptement ce qui allait s'écraser contre sa tempe. Bizarrement, la "chose" tourna sur son pivot et vint percuter quelqu'un d'autre, du côté opposé. La réaction fût immédiate, l'inconnu s'effondra et l'étrange lunette jaune s'affaissa. Pas un seul de ses muscles ne s'était contracté et dans ses veines, son sang s'écoulait avec la même pulsion lente et constante. Sveina eût parfois aimé avoir des nerfs pour ressentir ce qu'était l'effet de surprise, la peur, la stupéfaction. Rien.
Magnifique. La vie offrait parfois des situations prodigieuses. Merde.
Doucement, il s'accroupit à côté de la personne étalée sur le trottoir et remarqua qu'il s'agissait d'une femme, pour le moins sonnée. Il releva du bout des doigts une de ses mèches de cheveux pour en découvrir le visage. Un pli soucieux se forma sur son front quand il vit l'étendue de la bosse violacée qui couvrait la partie droite de son front. « Bordel ». Il y eût un unisson entre sa pensée et les premiers mots qui franchirent les lèvres de la jeune femme. « C’est vous ? ». Souplement, Sveina recula et la considéra, la tête légèrement inclinnée de côté, lèvres tordues dans un étrange expression touchante, quelque chose qui semblait vous effleurer, une illusion enchanteresque, un murmure et déjà cela s’échappait. Le tableau était plaisant, ne fûssent les circonstances ; Placé à une distance respectable, il la considérait gravement avant de répondre avec calme et lenteur – Adamsberg était comme ça, il n’aimait pas brusquer les choses, il n’aimait pas se brusquer lui-même et prenait le temps de s’exprimer avec cette voix qui semblait vous envellopper et vous contourner, un foutu piège pour certains, mais il était sincère.
« Disons indirectement. Je suis désolé. »
Il enchaîna, sans bouger, s’ensuivit quelques paroles destructurées, comme son esprit, qui avaient des risques de faire flipper la jeune femme, mais il s’exprimait ainsi, mélangeant tout, la sagesse des grands et celle des enfants. Les autres ne comprenaient pas, ils laissaient rêvasser, le charme opérait après parfois, doucement, dans la lenteur appliquée des gestes, des paroles, des phrases. Cela venait avec le temps. Mais parfois, on le laissait parler et on ne cherchait pas à comprendre, c’eût été rentrer dans l’esprit désorganisé de Sveina :
« Vous comprenez, c’est à cause du Veilleux, de son blanc-cas’ et de ses moutons, ses foutues questions, les étoiles, puis les spectres. Vous me suivez ? L’histoire est longue et comme je parle lentement, j’ai parfois tendance à endormir les gens… Je crains que ce ne soit pas la meilleure chose à faire pour le moment, inutile de vous replonger dans un sommeil profond ! Excusez-moi, vous avez mal ? » [Désolée, c'est archi-nuuuul ]
_________________  Solitaire . Doux . Mouvementé . Rêveur. Séduction insolite.Particulier.Insaisissable. Inexplicable : Tout est affaire d'intensité.
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|  | | Axelle Lenoir

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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Jeu 19 Nov - 1:04 | |
| [Non, j'adore *.* j'ai pas pu m'empêcher de répondre illico presto, grande inspiration... c'est pas aussi long que toi mais j'avais envie de répondre très vite. Je suis fan de ce topic, ça y'est (:] Jamais elle n'avait trouvé son visage très joli ou très attrayant. Elle vivait avec ses défauts, se présentant aux autres tel qu'elle était. Elle s'acceptait malgré un nez de travers, un peu trop long, des dents mal alignée, des yeux trop petits. Seulement, jamais elle ne s'était soucié de son apparence autant qu'en ce moment même. Avec l'oeuf qui lui poussait sur la tête, elle était persuadée de pouvoir mettre au monde une portée d'une douzaine de poussin au moins. L'inconnu se présenta à elle, en affirmant qu'il était le fautif, plus ou moins. « Disons indirectement. Je suis désolé. » Ah ça, il pouvait l'être ! Avoir défiguré un minois peu fier n'était pas une prouesse. Elle frotta son front après que l'étranger eut passé ses mains sur le visage de la demoiselle pour en découvrir les reliefs non désirés de son crâne. Elle plissa les yeux sous la douleur, une larme s'échappant furtivement pour couler le long de sa joue et partir s'écraser sur les pierres faussement marbrées. Voilà que je pleure maintenant, pensa-t-elle, quelle mauviette... Elle s'essuya la joue rapidement et se redressa quelques peu pour observer son interlocuteur.
Sonnée, désorientée, elle sentait une aiguille s'enfoncer par intermitance dans son crâne. Elle sentait cette piqûre qui agissait avec l'influence de ses palpitations cardiaques. Elle persistait, et gardait les yeux ouverts pour dévisager cette personne. Il avait l'air plutôt étrange, il était couvert de tâche fluorescentes... Ah non, ça, c'est un petit problème de vision momentané. Elle distingua une forme floue, embuée à travers les spots de couleurs qui vibraient devant sa cornée. Il avait l'air un peu décalé, même aussi flou. Sombre, mais rêveur. Des machoires carrées, masculine avec une barbe naissante. Elle n'aurait su distinguer la couleur de ses yeux, ni celle de ses cheveux avec cette palette fluorescente qui clignotait sans cesse. Mais elle entendit sa voix, douce, lente, oui. Un doux murmure qui calmait curieusement le mal de crâne sévissant chez la jeune femme. Le silence environnant et cette voix masculine si rauque pourtant. Elle lui rappelait vaguement la voix d'un homme âgé, qu'elle avait connu. Un homme douteux, mais un homme qui pourtant continuait de voguer dans ses pensées.
Ce vieillard. A-t-on tous un homme agé qui veille sur nos pensées après tout ? Joseph, il s'appelait. Elle s'en rappelait douloureusement alors que le temps n'était pas venu de ressasser ses souvenirs. Et c'est incroyable comme parfois la mémoire peut vous faire revivre des chosesn qui ont pris des années à s'instaurer, en une fraction de seconde. Elle était jeune, ambitieuse, détournée, déviée, complètement naïve. Elle l'est toujours, mais a plus de recul, et connait les risques. Elle se voulait belle, connue, elle se voulait une envie, une égérie de la foule. La petite pie voulait voler parmis les plus grands, voler les joyaux de la couronne pour sa collection, mais ne se doutait qu'au départ, elle n'était rien. Et qu'il fallait s'en sortir, un jour, de quelques manières qu'il soit. Alors idiote à un point inimaginable, Joseph ce vieillard amer la pris sous son aile pendant un an.
Il était un agent hors pair, mais saoul, toujours saoul. Elle débuta quelques pièces, quelques concours de mannequinat, sans percer les plus haut sommet. Elle n'était pas belles comme elles, comme toutes ces filles qui elle pouvait gagner. Elle avait besoin d'heures de maquillage pour se faire élir au moins 4e au concours des miss les plus stupides du monde. Et elle se confondait à ce milieu sans soucis, sans se douter que son potentiel ne résidait certainement pas dans la beauté, mais dans son intelligence... Les abus commencèrent, d'abord léger, des blagues lourdes sur son corps, des allusions un peu perverses de la part de Joseph. Mais tout n'était que blagues et facéties pour elle, jamais rien de sérieux. Jamais rien n'était sérieux... Et elle ne relata jamais les faits de l'abus sexuel amplement sérieux qui se produit le soir de ses 16 ans. Tout était superficiel, et à 16 ans on a vite un coup dans le nez. Alors on ne se souvient que de vagues images le lendemain matin, et on se dit que ce n'était qu'un mauvais rêve. Les névroses commencent, au fond du cerveau, et chaque fois que le timbre de sa voix réapparait, tout revient inconsciemment.
Ainsi, après une demi seconde d'absence qui lui firent reprendre conscience – inconsciemment – de tout ce qu'elle avait vécu en tant que jeune demoiselle idiote, elle reprit le fil de la conversation... inquiète, sans savoir pourquoi, sans comprendre. « Vous comprenez, c’est à cause du Veilleux, de son blanc-cas’ et de ses moutons, ses foutues questions, les étoiles, puis les spectres. Vous me suivez ? L’histoire est longue et comme je parle lentement, j’ai parfois tendance à endormir les gens… Je crains que ce ne soit pas la meilleure chose à faire pour le moment, inutile de vous replonger dans un sommeil profond ! Excusez-moi, vous avez mal ? »
Elle cligna des yeux, complètement perdue et légèrement affolée. Elle commençait à se sentir partir peu à peu, dans une transe assourdissante. Vous savez, quand la fatigue vous tiens et vous fais vous demander « mais, suis-je vraiment là? ». Quand vous vous sentez étranger à la scène qui se déroule sous vos yeux. Alors vous tentez de changer vos pensées, et vous divaguez. Mais là elle essayait du plus fort qu'elle pouvait de participer à ce qui se passait autour d'elle. Elle fronça les sourcils, rappelant à l'ordre sa bosse qui, à cause de la contraction de ses muscles frontaux, la titilla quelques peu. Elle se réveilla un peu plus et fixa le jeune homme. Un vieilleux, moutons, tendance, replonger, histoire... vous avez mal? Elle ne capta que quelques mots, et inutiles de vous décrire le résultat de ce qu'elle eut compris. C'était, pêle mêle.
Un vieilleux a créé une ligne tendance avec des moutons, histoire de se replonger dans l'histoire, vous avez mal? Mal au crâne, alors que sa voix avait tamisé un peu la chose, la douleur revint. Qu'est ce que ça voulait dire ? Dans les deux cas, c'était complètement absurde...
« Je crois que... je vais avoir besoin d'aller à l'hopital... Vous venez de claquer une volée de mot, mais j'ai rien capté. Alors soit je viens de me chopper un traumatisme crânien du diable qui me rend complètement stupide, soit vous êtes bizarre... » Elle massa sa bosse, fronçant une énième fois les sourcils, et crispant ses machoires. « Vous avez parlé de mouton et d'un vieux, j'ai pas rêvé? » Elle ne distinguait toujours pas le visage de son interlocuteur, mais elle était ma foi plutôt intriguée par cette voix... Serait-ce... Joseph ? Elle ressentit une bouffée de chaleur affolante en elle, mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi ce mal être persistait. Elle associa cette mini crise d'angoisse à son crâne bosselé. Elle eut un petit rire jaune, et ne put s'empêcher de faire une remarque mi-humoristique, mi-pathétique. « En tout cas je peux faire le casting de Notre Dame, maintenant, merci... Au fait, enchantée je m'appelle Casimodo ! » lança-t-elle dans un murmure en hochant la tête, un sourire qui revenait peu à peu sur ses lèvres. Ce sourire qui ne lâchait jamais son visage. A part quand elle se prenait un télescope en métal lourd jaune sur le coin de la gueule. Il était faiblard, mais il était là. _________________ ●● Axelle.
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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Dim 22 Nov - 2:25 | |
| La pâle lumière blafarde d'un lampadaire lointain semblait se perdre dans l'entremêlement des traits finements sculptés et pourtant inachevés d'un visage trop compliqué pour qu'une quelconque lumière puisse s'y fixer. On ne savait trop comment les lèvres de cet homme avaient pû se mêler à ce point pour former cette étrange expression à la fois attendrissante et mystérieuse qui semblait se couler en chacun des traits désordonnés de son visage : son nez aquilin, ses joues un peu creuses, son menton légèrement busqué, ses sourcils étroits... Sauf ses yeux bruns, luisants à peine dans l'obscurité, comme enfouis dans ce visage pur et harmonieux, émanants seuls ce désordre complet et, un peu tombants, dans leur lueur douce et insaisissable donnaient aux rêves tout leur mystère et leur grandeur. C'était le travail mystérieux d'une chair vivante en quelque sorte. Si l'on ne pouvait percevoir la nature de ce regard, celui-ci semblait pourtant posé, attentif, sur la blessure violacée qui se dessinait sur le front de la jeune femme. Du bout des doigts, il tenait encore dégagées de son front, quelques mèches auburn de 'sa victime', assise sur le trottoir qui le détaillait avec des yeux hébétés. Il ne se formalisa pas du regard mais préféra toutefois laisser retomber ces mêmes mèches sur la cyphose proéminante et sur ses yeux abasourdis qui le dévisageaient comme un extravagant. Bien sûr, elle le lui dit, "bizarre". Ah, bien, bon. Ce n'est pas la première fois qu'on le lui disait car Adamsberg était incapable de se conformer à quelque chose, son inadaptation perpétuelle au monde courant et ses réactions inapropriées, inintelligibles lui valait d'être classé parmi ceux qui délaçaient le monde à grand renforts de rêveries et de "je ne sais pas", un atypisme qui faisait de lui un homme inacoutumé qui se heurtait souvent à un mur de glace devant les autres hommes qui débrouillaient le monde par de savants calculs rigoureux. Pourtant, au fur et à mesure du temps, les gens qui côtoyaient Adamsberg sentaient l'effet lénifiant qu'avaient cette grâce étrange, ces lèvres entremêlées, cette nonchalence et ce parfum rêveur qui se diffusait et s'imprégnait après lui. Alors quand elle lui dit qu'il devait être étrange, il lui sourit, simplement.
Casimodo vint pourtant rajouter un peu de bordel en se joignant au Veilleux, aux moutons, à son blanc-cas' piégeux et à l'ombre que Sveina devait surveiller. Bon, cela faisait beaucoup. Plus encore si l'on ajoutait un espagnol en quête de vengeance, deux balles dans la gorge -"là et là", la gouache et la clé anglaise de sa petite fleur, un Blonsard qui forçait un peu sur la bouteille ces temps-ci et un 'Max', héros de l'ombre qui maintenait le couperet au-dessus de la tête des assassins, et un foutu téléscope jaune dans la tête d'une jeune femme. Manquait plus que ça. Un mas de pensées heurtées qui remontaient à la surface de temps à autre. Adamsberg partait à la pêche dans les eaux sinueuses de son esprit en constante liquéfaction : parfois, il en sortait de grosses épaves, un peu comme des pâtes collées entre elles à la cuisson qu'il devait démêler, ou des petits cailloux, toujours un peu rugueux qu'il devait polir. Le dernier de ses 'cailloux' venait de se matérialiser sur le front de la jeune femme, il eût pu le frotter pour qu'il disparaisse peu à peu mais elle aurait eût mal : oui, parfois en voulant rendre les choses lisses ou les atténuer, cela faisait parfois mal. Mais il y avait tant de maux qui semblaient si faciles à régler : "Bon pied, bon cul, bon oeil"; Voilà que le Veilleux et sa philosophie très imagée de la vie revenait. Sa philosophie, avant de la lui transmettre, il l'avait inculquée à Pépin le Bref, sa brebis de tête. Il lui avait trouvé son nom en piochant dans le dictionnaire, sauf qu'il s'était planté et avait pris celui des noms propres, après c'avait été trop tard. Pépin le Bref était une femelle qu'il ne supportait pas un seul diminutif : Pépin, c'était ridicule pour la brebis dominante. Ah bon, d'accord. Sveina fit une rétrospective de son esprit en se demandant de quelle manière il avait pu passer de la collision avec le téléscope jaune à Pépin le Bref, il n'en avait pas la moindre idée.
Il reporta son regard sur la jeune femme qui paraissait toujours un peu lointaine, dans les vapes. Elle venait d'évoquer le Veilleux, 'un vieux' et ses moutons. Adamsberg dit doucement :« Oui. Le vieux c'est le Veilleux, le Gardeur si vous préfèrez, un chic type, je vous en reparlerai, c'est un monument français cet homme..! » Le monument français lui aurait sûrement dit de secouer la demoiselle pour qu'elle se prenne un verre de blanc-cas', ça lui remettrait les idées en place. Il est piégeux mais quand on a déjà la tête sonnée, il la secoue dans l'eautre sens et c'est repartit. La tête légèrement inclinnée sur le côté, ses yeux un peu vagues, Sveina la considérait un peu curieusement, préoccuppé. Merde, Casimodo, non. « Bon. Casimodo est très laid, choisissez cette comparaison si vous voulez mais épargnez-moi l'image qui me vient à l'esprit;» Adamsberg prit le poignet de la jeune femme et vérifia son pouls. Elle revenait gentiemment et lui sentait qu'elle risquait de ne pas bouger de si tôt. Le froid pourtant se faisait plus intense et Adamsberg n'avait pas l'intention de passer la nuit perché sur sa montagne; il avait prévu de retourner voir les équipes de nuit, Quai des Orfèvres, mobilisées par cette vague criminelle assez sinistre qui rôdait sur Paris, le menaçant sournoisement. Le comissaire se voyait mal débarquer à l'unité avec son Casimodo de la soirée, gagné au Sacré-Coeur que l'on prendrait pour un cas de femme battue. Et sur le rapport : coup porté par le comissaire supérieur Sveina Eira Adamsberg. Ah ! Les petits rigolos ne manqueraient pas d'en faire leur sujet de conversation de la semaine : Adamsberg, le commissaire baignant dans la mouvance de ses rêves et de sa nonchalence habituelle, n'ayant fait cas que d'un seul bref emportement aussi rapidemment éteint qu'il était apparu, d'un haussement d'épaules, aurait involontairement envoyé un télescope jaune à Montmartre dans la gueule d'une passante. Tout va bien. Sveina dit de sa voix posée et harmonieuse teintée d'une once d'humour, cette proposition qu'il pouvait penser rédhibitoire :« Bien sûr, nous pouvons rester assis ici tous les deux à attendre que ça passe sinon je peux appeller le médecin légiste, ou bien souffler sur votre bosse pour qu'elle disparaisse. D'autres préconisent comme anesthésiant d'embrasser.» Une inspiration et Sveina concluait :« Mais si vous vous levez, vous goûterez à l'histoire du Veilleux, de son blanc-cas' et de son chapeau. Il vous irait bien je pense, histoire de cacher votre bosse. Le chapeau.»
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|  | | Axelle Lenoir

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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Jeu 26 Nov - 23:09 | |
| De temps à autre, la vision lui revenait plus nettement, pour replonger dans le flou dans la seconde qui suivait. Elle sentait ses deux paupières inférieures palpiter. Le coup avait sans doute du créer la réaction biologique suivante : d'abord la syncope, ensuite le réveil, puis la douleur, l'inflammation, le mal de crâne, les palpitations. A suivre et au programme ce soir mesdames et messieurs, les nausées et le délire. Le jeune homme, ou vieux, qui sait si ces rides floues sont habituelles ou ponctuelles en raison de l'état de la demoiselle, elle ne saurait dire. Il continua à parler doucement de cette voix inquiétante dans le fort intérieure de l'Axelle, raide. Méditez.
« Oui. Le vieux c'est le Veilleux, le Gardeur si vous préfèrez, un chic type, je vous en reparlerai, c'est un monument français cet homme..! »
Le vieux, Veilleux, Gardeur. Qu'est ce que c'était que ce charabia qui cognait au tympan de la jeune fille ? Qu'il soit un chic type, un monument français, elle ne comprenait pas ce surnom qu'il lui donnait. Elle imagina alors un vieux type, du genre un peu nabot version Merlin l'Enchanteur, grande barbe blanche, le dos trapu et le crâne chauve, balançant un tas de vérité sur la vie. C'était peut-être un peu cliché au fond ? Mais ça restait une image qui collait plus à la réalité. Elle essayait du plus fort qu'elle voulait à rester les pieds sur Terre, et pas se mettre à divaguer sur des lapins roses et des fées vertes, sur un faux air de beuverie à l'absynthe.
Elle se sentit alors immédiatement mal. La sensation nauséeuse, les amis. C'est chic, charmant, et son teint suivait le pas. Elle devint alors toute pâle, et eut une bouffée de chaleur. Elle se redressa du mieux qu'elle put pour calmer son accès passager qui ne dura que quelques secondes. Mince alors, la douleur était vraiment intense pour qu'elle en ait la nausée comme cela. Elle mit une main sur son front, doucement, sentit la chaleur de son front. Et soupira en marmonnant un simple « Merde » inaudible. Ce n'était pas le moment de se sentir mal. Mais tout ceci passa bien vite. Elle releva la tête vers l'homme.
« Un monument français ? Du style, aussi massif que l'arc de Triomphe où plus bon vivant que Gérard Depardieu ? Y'a une différence notable... C'est sûr... Mais ça reste dans le même registre du monument... » Un rock, un cap, que dis-je, une péninsule, ce monument. Elle rit tranquillement. La phase délire reprit le dessus, ça y'est. Passé la nausée, vous allez maintenant assister de vos yeux ébahis au live d'une bonne paire d'heure de délire stupide et incohérent. Le jeune homme reprit.
« Bon. Casimodo est très laid, choisissez cette comparaison si vous voulez mais épargnez-moi l'image qui me vient à l'esprit... Bien sûr, nous pouvons rester assis ici tous les deux à attendre que ça passe sinon je peux appeller le médecin légiste, ou bien souffler sur votre bosse pour qu'elle disparaisse. D'autres préconisent comme anesthésiant d'embrasser. » Elle sourit, ne comprenant pas toute la phrase du monsieur. Casimodo est très laid. Il le concevait parfaitement, et la comparaison qu'elle avait fait d'elle même à Casimodo était parfaite pour l'occasion, certainement. D'une voix tranquille, elle demanda. Le jeune homme parlait soudain d'un baiser pour anesthésier la douleur. La jeune fille était toute troublée avec un rien, alors deux faux sous entendu même pas voulu dans une phrase c'était trop ! Elle se faisait vite des films, la Axelle, qui plus est.
« Vous... voulez dire que je ne suis pas laide ? » Elle gloussa, bétasse qu'elle était. Amusée de un par le fait qu'il ne la trouvait pas laide en cet instant, c'était complètement faux, il ne devait pas avoir les yeux en face des trous. Et de deux, parce qu'elle était complètement dans une bulle surréelle. Son gloussement pouvait se voir comme de la drague idiote. Elle se tapa le front soudainement, l'idiote, oui, l'idiote. Elle s'était refait mal. « Aaaaaouh, quelle conne », soupira-t-elle dans des dents crispées. « Voilà que glousse comme une petite blondasse dragueuse devant un mec dont je vois même pas le visage tellement j'ai mal au crâne. Et j'en ai rajouté une couche avec cette baffe... Casimodo, il est peut-être gentil, mais une chose est sûr, il est pas malin... »
« Mais si vous vous levez, vous goûterez à l'histoire du Veilleux, de son blanc-cas' et de son chapeau. Il vous irait bien je pense, histoire de cacher votre bosse. Le chapeau.»
Elle acquiesca, le regard toujours penché vers le trottoir. Elle était toujours prête à rencontrer du beau monde. Même si elle était encore naïve, et ce que ce Veilleux pouvait être un vieux pervers du style de Joseph, elle courrait dans la gueule du loup à 100 à l'heure, mais contre la douleur, elle ferait tout. Elle releva la tête doucement. « Vous... vous pourriez m'aider s'il vous plait ? »
Elle se sentit décoller du sol peu à peu pour retrouver la terre ferme une seconde plus tard. Elle se tenait debout avec l'aide des bras de l'homme inconnu qui allait d'ici peu la mener jusque la Caverne de Merlin l'enchanteur au chapeau et au blanc-cas' miraculeux enleveur de bosse hideuse. Elle souriait niaisement... Accusons la douleur pour ce coup là. _________________ ●● Axelle.
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|  | | Sveina E. Adamsberg ADMINISTRATEUR*

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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Lun 30 Nov - 2:15 | |
| Adossé nonchalamment à la rambarde de fer rouillé qui bordait l'esplanade du Sacré-Cœur, ignorant un Paris brillant de ses mille feux, Sveina préféra plonger son regard dans celui de la jeune femme. Outre ses paroles visiblement détachées et ce sourire presque béat, en-dehors de la situation critique, l'inconnue présentait un autre détail intéressant qui absorbait les pensées d'Adamsberg : la bosse qui mûrissait sur son front semblait plutôt s'étaler que s'élever. Semblable à une tâche, elle se diluait sous la peau claire de son front, s'étirant sur des nuances violacées. Cyrano ou Casimodo avec leurs proéminences respectives n'avaient pas lieu de s'inquiéter d'une quelconque concurrence. Sveina examinait avec ce visage joliment dessiné, rendu pâle hormis son ecchymose violette qui ornait son front moite, encadré par quelques boucles désordonnées et ce sourire ingénu perlant au coin de ses lèvres. Il trouvait un certain charme à quelques irrégularités qui s'assortissaient fameusement avec l'air espiègle et amusé qui se reflétait dans ses yeux, quoiqu'un peu brouillés par la répercussion du choc. Ce visage l'intéressait dans le sens où il ne comportait pas de fluidité, un décryptage trop évident pour Adamsberg en tous cas; Il pressentait avec une facilité déconcertante tout ce qui pouvait émaner d'un visage, l'intérieur tumultueux d'un être qui transparaissait au travers des traits de son visage, multitude d'éléments qu'il devait prélever en détail, faire remonter à la surface, délacer..; et cet homme au visage indéchiffrable, traits esquissés en beauté et sculptés sur l'ivoire brut, rendu pur et poli par ses longues rêveries et la douceur qui lui avait donné cette grâce et cette indolence, était flic. Un foutu adversaire qui était incapable de déchiffrer son propre visage ou définir les sens de la mouvance vers laquelle son esprit l'emmenait mais percevait celle des criminels avec propension et professionnalisme, le tout dissimulé sous un 'je-m'en-foutisme' apparent au yeux des autres et totalement trompeur.
Le visage de la jeune femme ne lui évoquait donc aucune laideur mais au contraire, il l'attirait comme un pâle aimant et ses yeux restaient rivés sur ses traits qu'il détaillait. Ils lui donnaient une relative surprise dans le sens où ils ne lui paraissaient pas innés mais plutôt l'assemblage appliqué d'un long puzzle qu'il eût du faire pour percer au-delà de son minois désinvolte. La tête légèrement penchée, les bras croisés et la bouche joliment tordue, il regardait la jeune femme se débattre entre ses pensées, son mal de crâne, ses baffes et ses apostrophes. Bien. A cet instant, il ne sut pas quelle était la meilleure panacée pour lui faire recouvrir ses esprits ou anesthésier son mal de crâne : l'embrasser pour qu'elle cessa, l'espace de quelques secondes de s'apostropher et parler du très laid Casimodo ou l'enivrer au blanc-cas' pour que le Bossu, sa bosse déplacée et la douleur occasionnée disparaissent. Hésitant, il la regardait avec l'espoir que son regard bienveillant apaise ses accès de fièvre ou de nausées. S'il avait été logique et coulé dans un moule parfaitement humain et sensé, il aurait appelé un taxi qui l'aurait conduite à l'hôpital; mais notre grand inadapté, remonte-courant, lui tendit la main quand elle réclama de l'aide et l'aida à se relever, encore hésitant entre les deux flacons 'miraculeux' qui se présentaient à ses yeux. Il avala goulument une bouffée d'air et déjà le nom de Casimodo avait été tût; satisfait, il sourit en affermissant la prise de ses doigts blêmes sur la main froide de la jeune femme qui venait de tituber dangereusement.
Il la conduisit doucement à l'ombre du Sacré-Cœur où il s'arrêta soudainement. Il l'aida à s'asseoir sur les marches puis lui intima de l'attendre quelques instants. Il disparu ainsi une petite minute et revint avec un chapeau d'homme, noir en feutre, années 50. Il souriait largement -les gens n'aimaient pas quand Sveina souriait de la sorte car ce sourire-là avait l'art de faire ployer les résistances et liquéfier les glaces arctiques; cela contrariait tout spécialement les collègues d'Adamsberg qui réagissaient de même face à ce sourire, comme des filles, ce qui, à plus de quarante-cinq ans pour certains, faisait beaucoup, qui plus est quand on était flic à la brigade criminelle de Paris, quai des Orfèvres. Sveina souriait donc largement, son chapeau incliné de côté, dissimulant dans l'ombre la moitié de son visage. Vision illusoire. Arrivé à la hauteur de la jeune femme, il s'accroupit en face d'elle, retira son chapeau et le plaça sur la tête de la jeune femme. La bosse fut ainsi dissimulée miraculeusement. Il se releva et l'aida à se relever avant de lui dire de sa voix harmonieuse :« Cela vous donne un petit air Borsalino.. » Il sourit et ajouta plus bas, avec ce timbre particulier qu'il avait dans la voix, ces inflexions capables de vous envelopper, faisant référence à ce qu'il venait de dire :« ..Méfiez-vous dans ce cas, vous n'avez peut-être pas choisi la meilleure compagnie pour votre soirée.. » Le flic parlant du truand. En tous cas, le fameux truand avait un chapeau qui allait parfaitement à la jeune femme et lui donnait une certaine élégance et un réel charme, il le pensait réellement. Et puis, cela permettait de faire taire le nom de Casimodo pendant quelque temps. Il la conduisit vers son antre, désertée par le Veilleux mais pas par le blanc-cas' miraculeux. Il aida la jeune femme à s'asseoir et commanda une bouteille puis deux verres. Il reprit très naturellement la conversation entamée quelques instants plus tôt, absorbé et parlant lentement, sans jamais brusquer :« Le Veilleux, il s'en fout de l'arc de triomphe et de Gérard Depardieu déjà parce qu’il est aveugle et ensuite parce-que ses moutons sont bien plus importants à ses yeux. Il était berger. Depardieu, s'il le connaît, c'est sûrement parce qu’il a pioché son nom dans le dictionnaire et qu'il a baptisé une de ses brebis comme ça. Vous voyez, avec le Veilleux, ça surgit, les choses elles tombent comme cela, comme la vie : paf paf paf ! Et si ça va pas, si ça tombe de côté, faut boire un coup de Blanc-Cas'. Vous me suivez ? » Il en profita pour lui servir un verre. Lui-même sirota une gorgée. Le liquide "piégeux" selon les mots de Lucius diffusa dans ses veines une certaine chaleur qui le revigora quelque peu; non pas que le froid l'incommoda, au contraire, il aimait ce vent sec qu'il trouvait pur, comme venu d'un pays de glace, aussi immaculé qu'à l'origine; l'inspirer à Paris lui faisait le plus grand bien et lui évoquait une toundra déserte qui lui procurait une certaine évasion. Il en revint au blanc-cas' et à Borsalino en face de lui. Il espérait que le blanc-cas' fasse son effet et engloutisse Casimodo, il comptait même beaucoup là-dessus. Il venait de vider son premier flacon miraculeux et en attendait les prodiges, s'il avait à se servir du second, ce serait plus embêtant. Cela ferait pour elle beaucoup de choses néfastes dans la soirée : un choc frontal puis le baiser d'un commissaire quand on était soi-même affublé du chapeau de Borsalino. Il fallait aimer le danger ! Et encore, elle ignorait que dans l'ombre de ce rêveur illusoire avec ses lèvres entremêlées, se profilait la silhouette d'un homme qui, arme au poing, brûlait d'envie d'avoir la peau du flic...
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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Jeu 3 Déc - 17:10 | |
| Elle se sentit porter, l'homme prit la main d'Axelle et le contraste se fit ressentir. La jeune femme frêle et fragile sentit la chaleur de sa main. Mais elle n'en fut pas surprise. En effet une irrégularité cardiaque dans le corps de la jeune femme lui avait toujours laissé quelques marques à l'échelle macroscopique. Sa vascularisation mal équilibrée dans so n corps lui laissait les mains et les pieds congelés en permanence. Rafraichissant l'été, et permet une adaptation en douceur l'hiver. Elle se releva en posant de ses mains congelées sur sa tête histoire de faire office de sac de glace en attendant mieux, et elle suivit l'homme à l'identité encore inconnu à l'ombre du Sacré Coeur. Comme un assistant aux personnes âgés, il l'aida galament à s'assoir sur les marches de marbres en la quittant quelques secondes après.
Le temps paraît souvent assez long lorsqu'on est seul, face au froid, à la nuit et à la ville qui paraît si animée autour de nous. Sur sa colline MontMartre, elle surplombait Paris illuminée de tâches encore floues, rouge et jaune sur un fond bleu. Ses yeux, petits de natures, perçaient pour essayer contempler des formes mais la nuit n'arrangeait pas le tir. Sa vision se renouvelait un peu, sans toute fois être extrêmement brillante à la manière d'un faucon. Elle ne souriait plus consciemment, son visage paraissait être de marbre mais les comissures de ses lèvres étaient relevées. Par habitude, sans doute. Elle attendit patiemment que l'inconnu revienne comme il l'avait promis. Pendant les longues trente secondes qui suivaient elle eu l'impression que ce n'était qu'une ruse pour repartir à ses vagabondages nocturnes et laisser la jeune femme à ses dépend, le front violet et rosé. Elle croisa ses bras autour de ses jambes, jeta des coups d'oeil aux alentours, vers le ciel, sur la gauche, sur la droite. Le silence était coupé par quelques rafales sifflantes qui rasaient les pavés.
Elle entendit alors quelques pas qui indiquait le retour de son compagnon de lutte contre les télescopes jaunes. Paranoïaque, elle se demandait ce qu'il avait bien pu rapporter. Une batte de baseball ? Une corde ? De l'éther et un mouchoir ? Couteau ? Flingue ? Elle haussa les épaules et fit confiance, naïvement. Comme d'habitude, ignorant ses peurs, les refoulant et tentant d'accorder leur chance à tout le monde. Et en ce soir où elle avait failli mourir – failli, c'est tout – elle s'était dit que cet homme qui l'avait un minimum aidé méritait une chance. Chose qu'il accepta gentiment en lui ramenant un chapeau pour couvrir la misère d'Axelle. Elle vit l'homme s'accroupir en face d'elle et put en distinguer les traits plus précisément.
Un visage dur et sombre, au regard noirci. Un menton carré entouré d'une barbre naissante. Un brun ténébreux, en somme, qui semblait, de par son visage, cacher un mont de secret et laisser paraître ses pensées d'un seul regard. Elle connaissait ce genre de type là. Elle les croisait dans la rue mais n'osait pas défier leur regard, elle baissait le sien et continuait son chemin. La nuit, la nuit de tout les défis. Elle était là seul, avec ce gars, qui venait de lui foutre la plus grosse baigne de toute l'histoire des torgnoles, et qui la couvrait d'un chapeau façon année 50. C'était assez étrange comme récit. Hier soir je me suis pris un téléscope en pleine gueule, et puis pour me soigner on m'a filé un chapeau et un verre. C'est une autre vision de la médecine, dira-t-on. Elle sourit gentiment, par réflexe en remerciant à voix basse. « Cela vous donne un petit air Borsalino.. » Elle ajusta le couvre chef et plissa les yeux sagement, préférant cette petite comparaison au héros des clochers de Victor, après tout. Elle baissa la tête, finalement, perdant le combat de regard qu'elle avait tenté de défier ce soir. « ..Méfiez-vous dans ce cas, vous n'avez peut-être pas choisi la meilleure compagnie pour votre soirée.. » Elle plissa le front du à une contraction sourcilière, et releva la tête, sans pour autant le regarder, elle tournait ses yeux vers l'image de fond, le Tout Paris Illuminé.
Elle n'eut pas le temps de poser une question que voilà le jeune homme l'entrainant encore ailleurs. Il l'aida de nouveau à s'assoir à une table, et commanda une boisson. De façon très décontracté, comme si il n'y avait jamais eu de coup, qu'un seul chapeau, il reprit la conversation. Elle se fit servir un verre qu'elle tint, une fois rempli, à deux mains. Elle plongea son regard vers la boisson qu'il lui avait servi d'un regard assez méfiant. Elle en apprit alors d'avantage sur ce Vieilleux. « Le Veilleux, il s'en fout de l'arc de triomphe et de Gérard Depardieu déjà parce qu’il est aveugle et ensuite parce-que ses moutons sont bien plus importants à ses yeux. Il était berger. Depardieu, s'il le connaît, c'est sûrement parce qu’il a pioché son nom dans le dictionnaire et qu'il a baptisé une de ses brebis comme ça. Vous voyez, avec le Veilleux, ça surgit, les choses elles tombent comme cela, comme la vie : paf paf paf ! Et si ça va pas, si ça tombe de côté, faut boire un coup de Blanc-Cas'. Vous me suivez ? »
Elle sourit plus franchement, en faisant tourniquoter son verre sur lui même. Elle releva ensuite la tête, en la secouant doucement et en riant dans un soupir.
« Non... Je vous avoue que... j'ai du mal à suivre ! J'avais pas déjà pas compris la première fois de quoi vous me parliez .. »
Elle tenta une nouvelle fois de soutenir le regard, et une fois qu'ils se croisèrent, son sourire constant revint à une plissure innée, révélant une un air sage, enfantin, et quelque part, caché, une intrigue.
« Vous êtes étrange. »
Dit-elle à voix basse, la tête penchée, dans un soupir souriant de nouveau, plissant ses yeux de fatigue et d'incompréhension à la fois.
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Dernière édition par Axelle Lenoir le Sam 23 Jan - 20:03, édité 2 fois |
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 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Sam 23 Jan - 19:43 | |
| N’eut été le jugement qu’elle porta à son égard, Sveina se serait laissé allé à la nonchalante mouvance qui mêlait confusion et grâce insolite de son être. Mouvements imperceptibles qui coulaient sous sa peau froide et teintaient son regard d’une attachante mélancolie qu’il n’avait jamais su apprivoiser, pas plus que ce magma en constante liquéfaction qui coulait dans ses veines, sève froide en l’occurrence, et transparaissait dans le doux désordre de son visage. Et pourtant, cette sève sembla se figer dans ses veines sous l’ivoire de sa peau, lorsqu’elle prononça le mot ‘étrange’. Le système hydraulique avait, l’espace d’une demi-seconde, cessé les remous qui trimballaient âme, pensées et rêveries du commissaire ; il en résultait une légère contraction des muscles et presque immédiatement l’esquive de son regard. Adamsberg était de nouveau échappé, dérobé à la jeune femme : comme s’ébroue joliment celui qui aurait, du bout des doigts, effleuré les épines d’une rose. Mais Sveina s’était toujours méfié des roses. Il avait dans la tête, la rose coquette et vaniteuse du Petit Prince, et de ses épines. Lui aussi s’était fait avoir, il n’avait pas su prendre soin de sa rose unique parmi tant d’autres, des milliers, fades, insignifiantes : il l’avait fui, celle qui l’embaumait et l’éclairait et à présent la rejoignait dans ses rêveries, là où l’on ne savait l’atteindre. Ce que l’on croyait saisir de Sveina, illusoirement, étaient les fragments évanescents de son essence pure, parfum évanescent et tout autant inaccessible que l’était Adamsberg. L’incompréhension qu’éprouvaient les gens à son égard venait de là : comment couler dans un moule un esprit déstructuré composé de rêveries, de lente grâce, de désordre impossible, de ‘Je ne sais pas’ récurrents, d’éléments antagonistes qui ne savaient s’emboîter et pourtant fusionnés ensemble donnaient à ce foutoire un charme manifeste et troublant. Adamsberg était ainsi, l’aspect d’une belle pierre polie, sculptée avec perfection dans l’ivoire, mais la roche, en son intérieur était en fusion, mêlant tout, une sorte de granit brut qu’il fallait s’employer à remodeler si l’on voulait lui donner forme convenable –tout du moins, pour tenter de comprendre. Il n’y avait aucun point d’accroche possible chez Adamsberg : pas même sur l’ivoire… Le flic était illusionniste à son insu.
L’atypisme d’Adamsberg était frappant et le trouver étrange était évident, naturel pour tout être humain normalement constitué, modelé à partir d’un modèle de référence, dont l’esprit portait une multitude de nuances savamment dosées et prêtes à l’emploi, adaptables. De par sa nature, Sveina était inadapté, rien ne collait avec lui, alors, pensez-vous, un modèle ! A lui seul, il faussait toutes les statistiques et posait la question existentielle de l’origine de la création : pour qu’il y ai autant de mélanges, un peu trop de chaque nuance et le tout s’emmêlant dans un esprit déstructuré et rêveur sous un visage pur et harmonieux où la douceur et la grâce égalaient la nonchalance et la désinvolture ; il était indéniable que ses concepteurs s’eussent mis à deux pour faire un travail aussi antagonique ! Si Dieu et le Diable en étaient l’origine, alors Adamsberg bouleversait à lui-seul les fondements philosophiques sur laquelle reposait la société depuis plus de deux-mille ans ! A moins qu’il n’y ai que Dieu à l’origine : dans ce cas lorsque Dieu créa Adamsberg, il avait du mal dormir la nuit précédente.
Le soupir d’incompréhension poussé par la jeune femme fit écho au regard retenu de Sveina, presque distant à présent. Peut-être eût-on pu déceler une expression de lassitude ou de déception qui ourlait ses iris brunes à présent ? Fallait-il être conventionnel, formaliste, protocolaire pour être conforme aux ‘autres’, se fondre ‘dans le monde’ ? Oui, Sveina était insolite dans le sens où chaque élément de sa personne pouvait passer pour étrange dans le sens où cela était bizarre, s’écartait de l’ordre, de l’usage courant. Sveina ignorait tout cela et préférait rester dans l’ignorance des codes sociaux et de l’attitude à adopter ‘pour être dans la norme’. A vrai dire, le fait que la jeune femme ai dit de lui qu’il était « étrange », ne l’avait point froissé tant il l’eût entendu à son sujet, mais son attitude soudainement échappée, comme s’il avait brisé ce cercle de gravitation était due au fait que ces mots soient sortis de sa bouche, à elle. Le relatif mystère que son visage offrait, traits qu’il fallait superposer en un patient assemblage pour donner la nature de l’étrange éclat émanant de son visage, oui, cette certaine surprise qu’il avait été pour Adamsberg semblait s’être dévoilé, presque terni. Les masques tombaient-ils sur trois simples mots ? Le flic eût soudain envie que le Veilleux revienne s’asseoir à sa place, se prenne une bonne petite rasade de blanc-cas’ et explique à la demoiselle pourquoi Adamsberg paraissait incompréhensible car lui-même était incapable de le lui dire : il était pour lui, sa propre personne, indéchiffrable et son esprit mouvementé, ses lèvres entremêlées ne se déliaient qu’au parfum de sa Rose.
Sveina s’en voulait. Avait-il délibérément et inconsciemment recherché une matière un peu dense qui l’eût surpris ? Echapper à ce que son esprit avait envisagé avant même qu’elle ne prononce les mots. Il eût voulu qu’elle ne lui dise pas ce qu’on lui avait dit tant de fois et sonnait maintenant comme une phrase fade qui s’évaporait vite dans ses nuages. Peut-être était-ce cela ce qu’il avait recherché : qu’elle confronte ses rêveries aux siennes, le bouscule, le contourne et le désamorce lui-aussi, qu’elle agrippe son regard et l’empêche de divaguer. D’où une certaine déception, même le Veilleux n’avait su être retenu. Mais c’est à lui, Adamsberg, qu’il en voulait : pourquoi fallait-il que son esprit anticipe, que les choses tombent simplement dans les tiroirs ouverts que son cerveau avait préparé, comme cela pafpafpaf ?!
Il se passa la main sur le visage avant de pousser légèrement son verre sur le côté et croiser les bras sur la table de chêne. Relevant doucement la tête, il porta de nouveau son regard sur la jeune femme. Il ne le saisit pas immédiatement car elle avait la tête légèrement penchée et il ne distinguait que ses paupières, mi-closes, entre deux mèches blondes.
Désinvolture tragique que celle d’Adamsberg, qui la regardait, la tête légèrement inclinée. Quand enfin elle eût relevé les yeux, il lui dit flegmatiquement :
« Décrivez-moi ainsi si vous le souhaitez, mais de grâce, permettez-moi de vous demander pourquoi l’on doit s’embourber dans des foutues convenances pour être ‘aux normes’ .. ? »
Correspondre à la réalité des autres était une chose dont Adamsberg se foutait, autant que de la manière dont on le percevait, tant qu’on ne l’attaquait pas et qu’on le laisserait baigner dans son bain d’indifférence. Il tournait sur un circuit séparé qui n’avait rien de régulier, pourquoi alors fallait-il que les gens s’inquiètent de quelque chose qui fonctionnait différemment d’eux, qui sortait de leurs habitudes et ne s’ancraient pas dans leur réalité ? Percevaient-ils cela comme une menace, avaient-ils besoin de se rassurer par une normalité ?
Après ce bref silence, il finit par dire d’une voix tranquille, qui parût presque ironique. Mais les pensées d’Adamsberg ne s’attachèrent pas à cet aspect-là ; une simple conclusion qui aurait pu tendre davantage son interlocutrice.
« Eh bien ! Vous voilà flanquée d’un type étrange et flic de surcroît. Ce qui fait beaucoup dans le domaine de l’étrangeté. »
Ses yeux bruns n’avaient pas quitté un seul instant les yeux bleus de la jeune femme. Cela eût pu paraître superflu : il n’avait point à guetter ses réactions, il l’eût senti immédiatement. Hormis sa voix harmonieuse et enveloppante, rien ne pouvait renseigner sur l’état d’esprit actuel de Sveina, ni ce qu’il avait cherché à faire passer que ce soit dans ses paroles ou son regard nonchalant ; Non, un regard constant, calme mais déjà lointain. Insaisissable lui aussi, perdu dans son harmonie d’indifférence.
_________________  Solitaire . Doux . Mouvementé . Rêveur. Séduction insolite.Particulier.Insaisissable. Inexplicable : Tout est affaire d'intensité.
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|  | | Axelle Lenoir

 { AGE }: 18 { CONNEXIONS }: 6 à 7 jours sur 8
CHARACTER'S CARD PRENOM*: Axelle Clara Louise AGE*: 22 ans NATIONALITE*: Française
 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Mar 26 Jan - 2:29 | |
| Il y avait plusieurs moyens d'être dans les normes. Il existait autant de moyen d'être dans l'étrangeté. Axelle avait été vague en définissant sa pensée. Il semblait évident que le jeune homme était entré en intense réflexion face à ce que la jeune femme lui avait dis. Axelle jetait sur son visage ses petit yeux en amandes de couleur noir ce soir là. Noir, pétillant, mais semblant vides et larmoyant toute fois. Elle détaillait plus précisément les formes, mais la pénombre n'aidait pas à extraire du visage décomposé et recomposé en fragments de l'homme qui se trouvait en face d'elle. Elle ne connaissait pas son prénom, elle ne connaissait de lui que sa profession, sa voix et un visage flou dont elle ne saurait pas du tout se souvenir précisément le lendemain. La mémoire d'Axelle Lenoir flanchait souvent, et d'autant plus lorsqu'on l'achevait d'un coup de massue sur le crâne, et qu'on la trainant dans la noirceur pour discuter un peu plus. Elle eut un sourire à ces mots. « Décrivez-moi ainsi si vous le souhaitez, mais de grâce, permettez-moi de vous demander pourquoi l’on doit s’embourber dans des foutues convenances pour être ‘aux normes’... ? - Eh bien ! Vous voilà flanquée d’un type étrange et flic de surcroît. Ce qui fait beaucoup dans le domaine de l’étrangeté. » Elle baissa la tête vers son verre qu'elle faisait tournoyer entre ses doigts mutilés par les agrafeuses, toujours souriante. Toujours.
« Qui a dit que c'était mal de sortir du cercle ? »
Elle releva les yeux, qu'elle faisait cligner légèrement, car ils s'embuaient très rapidement depuis que le coup lui eut été porté.
« De plus, étrange est un bien grand mot qui enveloppe pas mal de monde. Les morbides, les fous, les marginaux, les philosophes, les torturés du ciboulots... Je peux me traiter d'étrange, car je sais que je suis décalée par rapport au reste du monde. Mais on s'adapte. »
Elle haussa les épaules. Oui, elle était décalée du reste du monde, très décalée. Elle avait franchi la ligne du cercle sans scrupules après s'être rendu compte que la vie valait la peine d'être vécue, après tout. Elle souriait en souriant, parlait en souriant, dormait en souriant, pleurait en souriant. Cette gaieté qui résidait continuellement sur son visage et son humour décalé faisait d'elle une personne hors normes. On l'affublait de noms d'oiseaux comme l'imbécile heureuse, l'hypocrite, certains allaient jusqu'à la comparer à une asiatique avec ses yeux plissés et son sourire constant. La belle affaire, oui.
« Vous, vous êtes le genre étrange énigmatique. Vous me fracassez le crâne, m'affublez d'un chapeau et m'emmenez dans un coin sombre pour boire une mixture inconnue. D'autres m'auraient emmené à l'hôpital par peur que l'hématome que je pourrait avoir au crâne s'étendent jusqu'à exploser embourber mon cerveau d'hémoglobine. »
Elle fit une pause, sur ses paroles morbides. Elle avait un petit penchant pour l'humour sadique, les descriptions bien gore, mais elle n'en était pas vraiment à son maximum, là.
« Enfin, je vais quand même vous remercier de m'éviter de passer la nuit aux urgences, attendre qu'un doc en blouse blanche me dise ; vous allez mourir. Parce que de toute façon, je sais que je vais mourir, ce que je ne sais pas c'est quand. Et j'aime les surprises. »
Elle dodelinait de la tête car elle se balançait de gauche à droite sur son tabouret. Depuis quand parlait-elle de mort à des inconnus ? Et surtout, depuis quand parlait-elle de mort tout court ? Elle ajouta à sa tirade un sourire rassurant, car le flic semblait un peu apeuré devant ses pensées aussi noires. Une bosse sur la tête n'avait jamais tué personne, c'est vrai, mais elle dramatisait toujours tout, de toute manière.
Elle finit par boire le verre qu'il lui avait donné, rependant dans ses veines une douce chaleur éthylique qui réconfortait sa soirée après un coup matraqué fendant son crâne en deux. Elle sourit, c'était pas si mauvais cette boisson dont il parlait. Ca faisait même du bien. Elle posa le verre et s'aperçut qu'elle avait malencontreusement bu tout d'un coup. L'alcoolique qui sommeillait en elle refit surface un soir inattendu. Elle regarda le verre vide tragiquement et le repoussa loin d'elle, de peur qu'il ne se remplisse à nouveau, et encore, et encore, et encore. Elle posa ses coudes sur la tables et se pencha un peu pour poser son buste sur le rebord de la planche en bois.
« Je suis sûre qu'on pourrait vous poser tout un tas de question, mais vous arriverez toujours à les détourner avec de grands discours, pour qu'on n'arrive jamais à vous cerner totalement. »
Déclara-t-elle, sur un ton enfantin, comme si elle se la jouait petite fille de cinq ans, qui elle même se prenait pour un psychanalyste de renommée. Elle laissa découvrir un de ses sourires espiègles qui se tenait sur son visage lorsqu'elle s'amusait à dire ce qu'elle pensait d'un seul coup. Elle leva un sourcil, se ballotant toujours sur sa chaise, la tête gigotant au même rythme.
« Pas vrai ? »
Lança-t-elle avec une petite voix défiante, le visage angélique, et les yeux perçants sous son chapeau. Il était énigmatique, peut-être un peu schizophrène, intriguant, sombre, mystérieux, et Axelle tenait devant elle une de ses nouvelles bête de foire. Paris regorgeait de type étrange, chacun avait son degré d'étrangeté. Et elle se débrouillait toujours pour tomber dessus. Etrangement.
_________________ ●● Axelle.
With her devious old smile She's the devil in disguise. |  |
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|  | | Sveina E. Adamsberg ADMINISTRATEUR*

 { AGE }: 17 { CONNEXIONS }: Sept jours sur Sept.
CHARACTER'S CARD PRENOM*: SVEINA EIRA AGE*: 30 ANS NATIONALITE*: HOLLANDAIS
 | Sujet: Re: Autumn in MontMartre. | | Sveina Ven 5 Fév - 2:18 | |
| - Je me demande si, à force d’être flic, je ne suis pas en train de devenir flic… Les mains enfoncées dans les poches, assis en travers sur le coin de son bureau où s’étalaient dossiers et paperasse, Adamsberg considérait d’un regard vague son adjoint, le lieutenant Blonsard qui classait méticuleusement les kilos de papiers que l’hémoglobine avait su faire naître. Des dossiers qui avaient fait couler parfois plus d’encre que de sang… C’étaient ceux-là même que Sveina laissait s’amonceler sur son bureau et les chaises avoisinantes, considérant avec beaucoup de respect et un peu de tristesse les types qui aimaient le papier ; ceux pour qui l’idée sans papier était inconcevable. Evidemment, l’intuition informe du commissaire Adamsberg était considérée comme suspecte aux yeux des collègues dont l’idée était issue de la pensée réfléchie et précise : on le considérait avec un peu de respect et beaucoup de tristesse. Blonsard émergea un instant du monticule de dossiers et considéra son supérieur qui promenait son regard et ses pensées à la surface des flots mousseux de la Seine, depuis la fenêtre de son bureau. Il regardait ce profil aquilin, un peu flou, dont il ne pouvait ni expliquer la grâce, ni son influence lénifiante ni les mécanismes. Il se sentait aussitôt entraîné dans des remous où il n’avait plus pied, et cela l’énervait. Plus il connaissait Adamsberg, plus il lui devenait indiscernable, aussi imprévisible qu’une noctuelle, dont le vol lourd, flou, et efficace, fatigue celui qui voudrait l’attraper. Mais il aurait aimé prendre cela à Adamsberg, cette imprécision, cette approximation et ses échappées où son regard semblait tout à tour agoniser ou brûler, donnant envie de s’écarter de lui ou de s’en rapprocher. Il pensait qu’avec le regard d’Adamsberg, il pourrait voir les choses osciller et perdre leurs contours raisonnables comme les fluctuations que produit une forte chaleur à la surface du bitume ou contre le tronc d’un cerisier. Alors le monde lui serait moins implacable, les fracas de la vie ne l’atteindraient pas de plein fouet mais couleraient contre lui ; il serait moins fatigué et lésinerait quelques verres de cognac. Mais il ne pouvait se saisir d’un esprit en constante liquéfaction, ne gardant qu’une fragrance de celui qui se perdait dans le flou, s’échappait dans l’inexplicable. On ne cernait pas un pelleteur de nuages. Alors sa brève irritation resterait et la bouteille de cognac aussi. Refermant son dossier, Blonsard conclut : - Ce serait peut-être une bonne chose au bout de douze ans de métier…
• • •
Douze ans de service dans la police criminelle de Paris. Crimes de Sang. Groupe homicide. Cette définition tranchante de sa fonction blessait comme une lame de rasoir et envasait sous quelques litres d’hémoglobine l’air vivifiant d’un délit mineur. Bien. Il l’avait cherché à force de dénouer des affaires criminelles à grands renforts de rêveries, à force de laisser aller au grès des errances de son esprit ses intuitions informes qui s’opposaient à la pensée précise et l’idée réfléchie de ses collègues et de se montrer contre toute attente diaboliquement bon : on l’avait placé là, sur cette ligne d’effroi, sur le chemin des tueurs. Et il se demandait encore s’il n’était pas en train de devenir flic, de subir l’érosion du calcaire : disparition des parties tendres, résistance des parties coriaces, insensibilisation, endurcissement. Au fond, une véritable déchéance. Duval, un chic type de sa brigade lui avait un jour répondu cela : « En ce qui concerne votre rocher personnel, je pense que l’érosion ne se comporte pas normalement. Disons que chez vous, le dur est mou et le mou est dur. Forcément, le résultat n’a rien à voir. » « Qu’est-ce que cela change ? » lui avait demandé Adamsberg. « Tout. Résistance des parties molles, c’est le monde à l’envers. »
Bien. Ceci expliquait cela. Son rocher personnel ne répondait pas plus aux lois de la physique que celles du psychisme. Ainsi l’hémoglobine qui avait jailli des paroles de la jeune femme n’altéra en rien l’expression flegmatique du commissaire et l’humour léger traînant autour de la mort lui évoqua dans une moindre mesure celui des médecins légistes qu’il était amené à côtoyer souvent. Boulot oblige. Sveina s’était d’ailleurs souvent demandé si leur humour était une tradition dans le métier, comme la bière dans le frigo mortuaire. Des amuseurs dans leur temps, des joueurs, des rieurs autant qu’on pouvait l’être dans la profession, assez paradoxalement. Le commissaire aurait pu emmener celle qui s’entrevoyait comme le nouveau Cyrano chez un médecin légiste qui l’aurait examiné tout en lui parlant d’histoires morbides qu’elle aurait peut-être partagé avec lui, tout en gardant son sourire d’enfant et ses yeux pétillants. Une autre sorte d’étrangeté que la jeune femme aurait peut-être qualifiée de morbide. Tiens, c’est la particule qu’elle aurait pu ajouter à « étrange énigmatique », flic de la criminelle qui pistait les cadavres bariolés avec un effroyable brio de froideur par leurs assassins ; les morts ne lui posaient pas de problème, non c’étaient les tueurs. Lui, il les laissait affluer, les court-circuitant sur le détail, les contournait, les désamorçait avant de leur faire mettre genoux à terre. Forcément, à force de remonter le courant, on vivait en décalage par rapport au reste de monde et lui, avec son rocher personnel, ne risquait pas de s’adapter. Et en vérité, il s’en foutait un peu de l’existence de ce cercle ainsi que de savoir s’il était dedans ou à l’extérieur.
« Et d’autres à votre place seraient toujours évanouis à l’heure qu’il est ou auraient eût un traumatisme crânien. Vous, vous venez de vider d’un trait le verre de blanc-cas’ dans une taverne en compagnie d’un flic étrange-énigmatique à qui vous adressez des sourires d’enfant en parlant d’hémoglobine. Et après cela vous imaginez que c’est un télescope jaune qui pourrait avoir raison de vous ? Vous vous sous-estimez… »
Ou elle dramatisait tout en jouant, comme en témoignait son sourire omniprésent. Une tête bien pensante dont le choc ne semblait avoir freiné en rien sa vivacité d’esprit et sa volubilité. Bon. Adamsberg ne se faisait pas de soucis pour elle, ni pour ses neurones. D’ailleurs, Adamsberg ne s’inquiétait jamais de rien. Il n’avait pas songé un seul instant à l’emmener aux urgences, cela ne lui était même pas passé par la tête. En même temps, Sveina et la médecine… Il préférait se traîner une fièvre toute la journée plutôt que de prendre une aspirine, très méfiant vis-à-vis de cela, comme si le médicament pouvait l’altérer. Sa sœur lui avait dit un jour qu’il ne perdrait pas forcément son identité au fond d’un tube d’aspirine ; ce que sa sœur pouvait l’emmerder, c’était à peine concevable !
Elle lui parlait de surprises qu’elle affectionnait. Un rire évasif franchit ses lèvres : « J’espère avoir été à la hauteur en matière de surprises. Vous vous contenterez de cela pour ce soir ? »
La tête un peu inclinée de côté, Sveina la regardait tranquillement, les lèvres tordues en un joli sourire. Mobiles, ses yeux ne s’attardèrent pas sur son visage et glissèrent vers le verre vide. Il promenait ses doigts sur la surface en chêne massif de la table, parcourant les rainures, songeant à ce qu’elle lui avait dit à son propos : le cerner, les longs discours… Il fût un petit peu surpris lorsqu’elle lui parla de longs discours pour se soustraire aux questions. L’expression indéchiffrable qui se coula un instant dans les traits de son visage traduisait un certain étonnement et quelque chose de plus lointain, un peu brumeux. Il ne voyait pas l’intérêt de détourner des questions par de longs discours. Il répondait à sa manière, voilà tout, d’une façon dénuée de manières et exempte de pouvoir. Posant à plat ses mains sur la table, il prit le temps de choisir la réponse la plus appropriée. Celle qui franchissait si souvent ses lèvres et froissait souvent ses collègues par sa pure franchise.
« Je ne sais pas… »
Si Adamsberg détournait les questions, ce devait être avec sa lente grâce, sa tête penchée de côté et ses yeux vagues. De même, le cerner relevait d'un exploit à peine concevable; c’eût été vouloir mettre une limite prédéfinie à quelque chose d’évanescent, dont les esquisses étaient à peines perceptibles, c’eût été vouloir se saisir de lèvres rêveuses, d’un front pur et mystérieux, d’un joli regard qui confondait les grands touts et les infimes éclats que produisent les éléments, des pensées éparpillées, mêlées, illusoires dans un constant mouvement… Non, il ne pouvait être ni traqué, ni saisi, car il échappait toujours par cette douceur ou cette indifférence soudaine.
« Peut-être bien. . Je suis fluctuant, toujours fluctuant. Je ne contourne pas avec de grands discours car je ne sais pas comment l’ont fait cela, mais je sais que les gens ont tendance à s’endormir quand j’explique. Alors ils renoncent à comprendre. Pourquoi voulez-vous me cerner ? »
Adamsberg avait toujours parlé lentement, prenant tout le temps d’énoncer l’important et le dérisoire, perdant parfois l’objectif en cours de route, et les braves types qui l’écoutaient enduraient avec difficulté cette manière de faire ou s’endormaient, bercés par les inflexions harmonieuses de la voix d’Adamsberg. Un foutu piège contre lequel on ne pouvait longtemps lutter. Cela produisait des effets miraculeux aux interrogatoires qui prenaient le double du temps avec le commissaire mais désarmaient puis neutralisaient les coupables. Il se demanda si la jeune femme dont les yeux illuminaient son visage par leur éclat espiègle et authentique serait du genre à lâcher prise : céder à sa voix enveloppante ou aux effets insoupçonnés du blanc-cas’.. ou bien du genre à le décortiquer jusqu’au bout, quitte à y passer la nuit et rentrer bredouille et fâchée. Pour la bosse et pour le phénomène hétéroclite et improbable qu’il représentait. En même temps, elle aimait les énigmes et les surprises..un bon point pour elle. Mais il ne fallait pas compter sur lui pour une explication de quelque chose qu’il ignorait . Il était bien ainsi voilà tout et il que cela plaise aux autres ou non l’indifférait royalement. [tssst, c'est le festival de la pauvreté et la médiocrité des RP'... Tragique^^] _________________  Solitaire . Doux . Mouvementé . Rêveur. Séduction insolite.Particulier.Insaisissable. Inexplicable : Tout est affaire d'intensité.
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